La compagnie britannique pétrolière a tardé. BP Marine vient de faire part de son offre de carburants à faible teneur en soufre conformes à la nouvelle réglementation Marpol. Progressivement, les fournisseurs de carburants dévoilent leurs solutions... à quelques mois de l'échéance réglementaire sur le plafond de soufre.

Le nouveau fioul VLSFO de BP a été testé « à l’issue d’une vaste campagne d'essais à bord de nos navires » sur ses plateformes d’Amsterdam, de Rotterdam, d’Anvers et de Singapour, indique la major britannique, précisant en outre que son offre de carburants marins sera globale et comprendra aussi du gazole marin et du fuel à haute teneur en soufre (3,5 %) pour les navires équipés de scrubbers. Le nouveau fioul soufré à hauteur de 0,5 % sera disponible à l’échelle de la planète (cf. carte). 

 

Branle-le-bas le soufre 

Progressivement, les fournisseurs de carburants révèlent leur offre. L'une des plus grandes raffineries de pétrole chinoises Sinopec a annoncé récemment qu'elle sera en mesure de fournir des carburants peu soufrés dès cette année, avec un approvisionnement complet à partir de janvier 2020. Deux de ses usines y sont dédiées. En plus d'un avitaillement des ports du pays, Sinopec prévoit de vendre le carburant à des ports-clefs, dont Singapour.

L'anglo-néerlandaise Shell aurait signé, selon Reuters, avec la société néerlandaise HES International (société détenue par le fonds d'investissement Riverstone et le groupe Carlyle) pour réactiver une raffinerie de pétrole allemande en sommeil depuis 2011, afin de produire des carburants à faible teneur en soufre. L'installation avait une capacité de raffinage de 260 000 barils par jour lorsque HES l'a achetée à ConocoPhillips il y a huit ans.

La compagnie pétrolière américaine ExxonMobil a annoncé que les carburants à faible teneur en soufre conformes seront disponibles d'ici le troisième trimestre de 2019, date à laquelle la société estime que ses clients en feront la demande, explique Luca Volta, directeur du secteur des combustibles marins, qui considère l'environnement commercial à faible teneur en soufre comme une nouvelle opportunité et non un problème opérationnel. Le groupe américain s'y prépare depuis 2015 et entend concentrer ses premiers investissements dans les ports à proximité de ses propres installations, notamment à Anvers, Rotterdam, Gênes, Marseille, Singapour (dont la capacité de production est appelée à croître), Laem Chabang et Hong Kong. « Aujourd'hui, la consommation de combustibles de soute est d'environ 5 millions de barils par jour (b/j) et nous constatons qu'elle passera à plus de 8 millions de b/j d'ici 2040 ».

Dans la perspective de ses futurs navires au GNL, Total et CMA CGM avaient contracté dès 2017, le groupe pétrolier français s’engageant à fournir à l'armateur français, via Total Marine Fuels, « une gamme complète de solutions conformes à la réglementation sur le soufre avec du fioul à 0,5 %, à 3,5 % pour les navires équipés d’un scrubber et du GNL ». Total Marine Fuels a également signé des contrats d’approvisionnement en GNL avec Brittany Ferries ainsi que l’affrètement long terme auprès de Mitsui O.S.K. Lines d’un navire avitailleur en Europe du Nord.

En octobre 2016, Pavilion Gas avait été désigné par l’autorité du Marché de l’Energie de Singapour (EMA) comme l’un des deux importateurs de GNL pour fournir la cité-État. En avril 2017, Total a signé avec la filiale de Pavilion Energy un protocole d’accord selon lequel il fournira au groupe français du GNL sur le port de Singapour. Sur un marché de 250 Mt/an, tous carburants de soute confondus, la consommation de GNL pourrait représenter 10 Mt d’ici à 2025, soutient Total qui vise 10 % de ce marché.

Liste de fournisseurs agréés

L’Autorité maritime et portuaire de Singapour (MPA), plus grand centre mondial de ravitaillement en carburant marin (50,6 Mt en 2017), a également fait savoir qu'elle mettra à disposition une liste des fournisseurs de soute agréés pour les carburants à faible teneur en soufre d’ici mi 2019. Premier port du Moyen-Orient à le faire, l’Autorité de la zone économique du canal de Suez vient de rejoindre le groupe de réflexion créé en 2014 par les autorités portuaires de Singapour, Anvers et Rotterdam (12 ports-membres) pour renforcer les capacités de soutage du GNL dans les principaux ports mondiaux.

L'AIE, Agence internationale de l'énergie, vient de publier ses projections selon lesquelles les nouveaux combustibles à 0,5 % ne domineront le marché que dans cinq ans tandis que le fuel lourd persistera...

A.D