Le transporteur maritime danois, qui avait déjà créé un département de « trade finance » offrant aux importateurs et aux exportateurs la possibilité de financer leurs frais d’expédition, vient d'investir dans une plateforme de financement des PME à l'export, Modifi. Une initiative à replacer dans un contexte plus global où les lignes entre les métiers explosent...

Maersk, via Maersk Growth, la société de capital risque du groupe, devient l'un des principaux actionnaires de Modifi, une start-up allemande qui vient de lever 5,5 M€ auprès de la compagnie maritime  à l'occasion de sa seconde levée de fonds. Fondée en novembre 2018 par trois Allemands, qui étaient de l'aventure de Billpay, révolutionnant le règlement des factures, revendu il y a deux ans à son homologue suédois Klarna, la plateforme Modifi (Modern Digital Finance) offre aux PME la possibilité de préfinancer des biens à l'étranger d'une valeur comprise entre 5 000 et 75 000 €.

Les fondateurs de la start-up estiment à 30 % la part du volume du commerce mondial réalisée par les petites et moyennes entreprises. Or, les banques rejetteraient plus de 50 % des demandes de financement formulées par les PME. Les dirigeants estiment donc le de financement de 1,5 Md$. 

Il faut replacer cet investissement dans un contexte de grand chamboulement dans le transport maritime où les frontières entre les différents métiers se brouillent voire disparaissent sous l'effet de la sophistication des technologies numériques (cf. dans le magazine en date de juin, le JMM consacre une enquête à ce sujet). La pression concurrentielle s’intensifie. Les « digital freight forwarders », start-up numériques aux solutions automatisées faciles à utiliser, marchent sur les plates-bandes des transitaires. Les géants du e-commerce, devenus des pivots du commerce international, internalisent la logistique. Amazon est devenu un transitaire agréé. Alibaba propose un service de réservation en ligne des conteneurs sans intermédiaires. Et voilà que les transporteurs maritimes, aspirant à maîtriser l'expédition de bout en bout, font des incursions dans la logistique (CMA CGM en mettant la main sur Ceva Logistics, Maersk avec sa filiale Damco).

« L’enjeu, ce sont les PME », estime Xavier Le Corre, auteur chez Xerfi d'une étude sur les mouvements de consolidation dans la logistique (interrogé dans le cadre du dossier). L'économiste voit dans l’évolution du secteur une opportunité pour les transporteurs de « remettre la main sur les petits chargeurs ». Et l’accélération digitale, dont ils font preuve ces derniers temps, est un cheval de Troie. « Le numérique leur permet d’accès accès à elles en leur offrant des outils qui leur simplifient la vie, leur permettent de gérer directement leurs fret, de suivre la marchandise de bout en bout, estimer le retard, etc. ».

À qui le client va-t-il s'adresser ?

Marché délaissé par les géants du transport maritime au profit des commissionnaires et transitaires, les PME semblent en effet redevenir une cible de choix pour les armements, qui ces dernières semaines ont mulitplié les gestes à leur égard.

Maersk fut le premier à ouvrir le bal numérique en présentant une offre de réservation de conteneurs « aussi facile que pour réserver un billet d'avion ». L’outil permet aux chargeurs de connaître de façon instantanée les capacités disponibles sur les navires et ainsi de garantir que « leur réservation ne sera pas annulée lors des étapes suivantes ». Le tout gérable depuis une application mobile et pour toutes les marques du groupe. 

À son tour, CMA CGM vient de dévoiler un package d’outils dit « eSolutions ». Grâce à cette plateforme complètement numérisée, les expéditeurs peuvent désormais accéder en temps réel et en quelques clics à diverses fonctionnalités : devis instantanés, réservations de conteneurs en ligne avec confirmation immédiate, connaissement électronique, tracing et tracking des conteneurs (grâce à Traxens), paiement en ligne des factures, simulateur de détention et surestaries. Le 4e transporteur mondial de conteneurs envisage d’autres fonctions, notamment des produits d'assurance et une appli mobile. 

Y aura-t-il des chargeurs pour tout le monde ?

La numérisation, une pierre angulaire pour fournir une offre de bout en bout adaptée aux besoins de nos clients ? Pour s’adresser directement aux clients ? Pour récupérer des flux d’informations confisqués par les logisticiens ? Pour mettre la main sur le marché des PME ? Quoi qu'il en soit, ces derniers jours, la numérisation apparait comme l'un des principaux sujets à l'ordre du jour des transporteurs maritimes, érigée en grande cause du shipping pour maximiser l'efficacité opérationnelle.

Adeline Descamps 

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