Hydrogène de France et ABB travaillent de concert pour fabriquer des piles à combustible de forte puissance capables d'alimenter des navires. ©ABB

 

La pandémie en elle-même ne changera peut-être pas l’industrie du transport maritime, mais elle en accélérera sans doute certaines tendances qui étaient déjà en cours. C’est vrai de la digitalisation maritime et portuaire mais aussi de la transition énergétique. L’hydrogène fait partie de ces carburants neutres en carbone dont les développements intéressent tout particulièrement le secteur maritime.

Carburant neutre en carbone, renouvelable et stockable, la star des carburants de demain a connu ces dernières jours quelques avancées. Un consensus s’est créé autour de la technologie depuis un certain temps pour lui reconnaître le potentiel de réconcilier industrie et climat à condition d’être d’origine renouvelable, ce qu’il n’est pas aujourd’hui. Mais en offrant un stockage à grande échelle de l'électricité et en garantissant une meilleure autonomie que les batteries, il porte tous les espoirs de la société décarbonée

Les sept pays, dont la France, qui viennent de publier une déclaration commune pour presser la Commission européenne de fournir sa feuille de route sur l'hydrogène, attendue pour le 8 juillet, survient quelques jours à peine après que Berlin a annoncé, à la faveur d’un effort budgétaire post-coronavirus de 130 Md€, un investissement de 9 Md€ pour accélérer les développements autour de cette énergie. Non sans tractations politiques de dernière minute et après six mois de débats interministériels intenses. L’Allemagne, qui ambitionne de devenir « fournisseur et producteur numéro 1 d'hydrogène au niveau mondial » est pour rappel ce pays européen qui a acté la fin du nucléaire, programmé la mort du charbon et développé de façon plus marquée que ses pairs européens les énergies renouvelables. « L’objectif de la neutralité climatique d’ici à 2050 ne pourra être atteint qu’avec un hydrogène obtenu à des prix compétitifs, grâce à une production nationale et via les importations », a déclaré Holger Lösch, le vice-président de la fédération des industries allemandes, à l’occasion de l’adoption de la stratégie hydrogène. Outre-Rhin, il est envisagé une capacité de fabrication d’hydrogène vert de 5 gigawatts (GW) d’ici à 2030 et de 10 GW d’ici à 2040. Un « marché domestique » doit être constitué d’ici à 2023, mais ce sont les perspectives d’exportation qui intéressent les industriels.

Nouvelle étape vers l'alimentation en hydrogène des navires ?

1,5 Md€ sur trois ans

L’Allemagne fait aussi partie du club des six, avec les Pays-Bas, l’Autriche, la France, la Belgique, le Luxembourg (ainsi que la Suisse) des signataires de cette déclaration commune en amont d'une visioconférence des ministres de l'Énergie de l'UE. « Pour atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, nous devons décarboner le système énergétique. L'hydrogène propre est un vecteur énergétique indispensable à la neutralité climatique », a commenté le ministre de l'Économie et de la Politique climatique néerlandais, Eric Wiebes, dans un communiqué.

La part de l'hydrogène dans le bouquet européen pourrait passer de moins de 2 % actuellement à 10 % voire 16 % d'ici 2050, selon la commissaire à l'Énergie Kadri Simson. « Nous nous concentrerons bien sûr sur l'hydrogène produit à partir d'électricité renouvelable, mais dans la phase de transition, il peut aussi y avoir un rôle pour d'autres formes d'hydrogène à faible teneur en carbone de façon à créer l'offre nécessaire à mesure que nous augmentons l'hydrogène verte ». a-t-elle avancé à l’AFP.

La méthode pour rendre l’hydrogène verte est l’électrolyse : grâce à un courant électrique passé entre deux électrodes dans une cuve d’eau, on décompose les molécules d’eau pour produire de l’hydrogène d’un côté, de l’oxygène de l’autre. C’est ce gaz que Berlin ambitionne de produire en grande quantité, par opposition à l’hydrogène « gris » produit à partir de gaz ou de méthane, qui émet beaucoup de CO2 et donc de gaz à effet de serre.

De son côté, la France a annoncé consacrer 1,5 Md€ sur trois ans pour « parvenir à un avion neutre en carbone en 2035 » grâce notamment à l'hydrogène. En 2018, le pays avait lancé un plan hydrogène doté… de 100 M€.

Adeline Descamps