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À l’occasion de son assemblée générale annuelle le 23 juin, l’armateur nippon a acté plusieurs décisions. Le fleuron national envisage de réduire sa flotte de 40 navires, de réévaluer ses investissements et compte se concentrer sur quelques segments stratégiques. Mitsui OSK Lines s'attend à une baisse de 25 % de son activité « conteneurs » en 2020. 

Le groupe de transport maritime, aux activités diversifiées dans le domaine des conteneurs, du vrac sec et des pétroliers, ajuste ses ressources et revoit ses plans à la lumière d’un impact covid manifestement plus important qu’anticipé. L’armateur nippon a fait valider un certain nombre de grands principes stratégiques par le conseil d’administration à l’occasion de son assemblée générale le 23 juin. L’appellation du document présenté est sans équivoque : « Return to a growth trajectory » et il fait part de mesures défensives qui ne trompent pas non plus.

« Partant de l'idée que nous devons avant tout prendre des mesures défensives, nous allons immédiatement réduire notre exposition au marché et revoir nos plans d'investissement », indique le document d’une vingtaine de pages dans lequel le transporteur, qui se prépare à traverser l'une des périodes les plus difficiles de ses 136 ans d'existence, se projette à dix ans.

Pour réduire son exposition au marché, Mol va réduire sa flotte d’au moins 40 navires – conteneurs et navires-citernes parmi les plus touchés – soit 5 % de la flotte totale. Il va se délester d’actifs non stratégiques (biens immobiliers, actions cotées en bourse). Il va réévaluer ses investissements, ramenant les montants de 200 (1,8 Md$) à 100 milliards de yens pour les exercices 2020 à 2022 et en se resserrant sur certains segments. Parmi ceux-ci figure notamment le GNL, mais sans le limiter au seul transport : la compagnie vise les FSRU, le soutage… Elle compte aussi développer de nouvelles activités liées à l'énergie, comme l’éolien. Car, dans la vision post-covid du transporteur japonais, le monde actuellement bleu profond deviendra vert émeraude. Mais cela va bien au-delà. L’armateur semble épouser la vision du premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui défend l’idée d’une grande industrie nationale et de l’autosuffisance énergétique. Ce qui se traduit dans le transport par une mobilité plus réduite et un sourcing à circuit court.

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Sombres perspectives

Fin mars, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel 2019, la compagnie la plus impliquée dans la coentreprise One, détenue conjointement avec K Line et Nippon Yusen (31 % du capital chacun, 38 % pour Mol), avait prévenu, alors qu’elle digérait à peine la fusion à l’amorçage compliqué :  l’année 2020 serait douloureuse. Elle anticipait alors un déficit de 10 à 40 milliards de yens en 2020, en grande partie lié à son activité dans les conteneurs (de 13 à 24 milliards de yens), tandis que le vrac sec devait générer une perte de 2 à 10 milliards de yens.

En revanche, son implication dans le transport d'énergie (qui couvre les pétroliers, le GNL et l’offshore) devait, selon le japonais, être bénéficiaire de 12 à 15 milliards de yens. Ses projections avaient été établies sur la base de deux scénarios : une épidémie à effets maîtrisés en six mois ou au long cours sur un an.

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« Fournir des services sans stress »

Mol est donc plus défaitiste aujourd’hui. La société estime que pour que le transport maritime d’automobiles, de conteneurs, de produits énergétiques et de matières premières retrouve ses niveaux de 2019, il faudra attendre au mieux 2022 et au pis 2023-2024. Seules les céréales semblent échapper aux sombres perspectives. Dans le conteneur, le groupe s'attend à ce que le marché diminue de 25 % en 2020 par rapport à l'année dernière. Avec son nouveau plan d’affaires, le groupe espère être rentable dès 2021.

« Toutes les décisions d'investissement doivent être prises de manière sélective et les ressources doivent être concentrées dans les domaines d'activité où Mol a des atouts. Les investissements liés à l'environnement dans les secteurs de l'énergie et de l'offshore vont ralentir temporairement selon nos prévisions macroéconomiques, mais ils sont toujours reconnus comme des domaines en croissance sur le long terme », indique la présentation. 

Sur un plan commercial, avec pour claim « fournir des services sans stress » (stress-free services), la compagnie veut accélérer son marketing digital grâce à de nouvelles technologies « pour répondre aux différents besoins des clients et ce avec un seul interlocuteur ». Il entend pour cela « rafraîchir » son organisation pour favoriser une « collaboration inter-organisationnelle » en « rassemblant l'expertise et les ressources dispersées dans les sociétés du groupe » et ayant recours davantage à des équipes de projet, sans tenir compte des frontières des métiers ou des périmètres des sociétés du groupe. La société en attend notamment une augmentation de la productivité de 15 % au cours des trois prochaines années.

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« Vision environnementale 2.0 » 

Quant à sa contribution pour que le transport maritime soit neutre en carbone d’ici à 2050, Mol l’a enveloppée dans un autre slogan : « vision environnementale 2.0 du groupe Mol ». Il prévoit de déployer des navires « à émissions nettes de gaz à effet de serre nulles » d'ici 2030 et de réduire les émissions annuelles totales de GES des navires de 50 % en 2050 par rapport à 2008 (en soi, l’objectif de l’OMI).

Dans sa précédente vision, établie au cours de l'exercice 2017, le groupe visait une réduction des émissions de GES par unité de charge de 25 % d'ici 2030 et de 50 % d'ici 2050 par rapport à l'exercice 2014, soit un objectif d'amélioration de l'efficacité. Il a donc revu sa copie.

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Cap sur l’hydrogène

Pour atteindre ses objectifs affinés, il entend avoir davantage recours au GNL et introduire des carburants à émission zéro avec de nouvelles technologies comme la voile. Il compte également améliorer le rendement énergétique des navires existants et réduire les coûts d'exploitation grâce à un suivi en temps réel. Enfin, il s’engage à participer activement à l’élaboration de réglementations et de règles par l'intermédiaire des associations industrielles et des ministères concernés et encourager le développement d’entreprises dans les domaines d'activité liés aux carburants de la prochaine génération, tel l'hydrogène. En cela, dans le sillage et la lignée de ses homologues.

Adeline Descamps