Le AHS Hamburg devenu le Bomar Rebecca est l'un des trois navires qui assurent la nouvelle route Mexique, Jamaïque, Porto Rico de CMA CGM.

 

CMA CGM vient de créer une ligne régulière qui relie le Mexique à Porto Rico et la Jamaïque. La compagnie française n'est pas la seule à accentuer sa présence dans la Caraïbe. Le mexicain Griver se lance aussi dans le cabotage sur la même zone, ralliant également Cuba. Et des projets voient le jour pour améliorer la desserte du golfe du Mexique jusqu'en Floride, où les services actuels sont très coûteux.

La nouvelle route de CMA CGM porte le nom d'Altamira Express et relie désormais les ports mexicains d'Altamira et Veracruz sur le golfe du Mexique, Kingston en Jamaïque et San Juan à Puerto Rico. Le service, hebdomadaire, est assuré par trois porte-conteneurs de 700 EVP de capacité. Les escales se faisant à jour fixe, la compagnie compte sur cette fréquence hebdomadaire pour réduire les coûts d'opération et améliorer le temps de transit : 1 jour entre Altamira et Veracruz, 8 pour rallier Kingston, 5 entre Kingston et San Juan et 3 autres pour revenir à Altamira. Avec les temps de chargement-déchargement, la route est bouclée en 21 jours.

Beaucoup moins puissant logistiquement que l'armement français, le mexicain Griver (Grupo Inversor Veracruzano, Groupe d'investissement de Veracruz) se lance lui aussi dans l'aventure des connexions maritimes en Amérique Centrale et Caraïbe. Une première route, mise en service début juin et assurée par le BF Caloosa (350 EVP), relie différents ports de la côte atlantique du Mexique et se prolonge jusqu'au Guatemala voisin. Par la route, le trajet nécessite sept jours, une durée allongée par les formalités aux frontières, les vols, les blocages de route, ou encore les ouragans et les tempêtes tropicales.

Les premiers pas du Caloosa servent de test. Un second navire est déjà prévu, dont le profil s'adaptera aux besoins en volumes et en type de chargement. Griver prévoit aussi de relier Cuba dès son deuxième navire en service, puis, avec les troisième et quatrième, d'inclure aussi dans ses boucles la République Dominicaine et les îles.

60 % de coûts de transport en plus

Un autre test, non programmé celui-ci mais contraint par les circonstances, s'est aussi mis en place fin mai. Curieusement, c'est le covid qui a suscité un regain d'intérêt pour le maritime. À la mi-mai, le Costa Rica a en effet décidé de ne plus accepter le transit des camions d'une frontière à l'autre, celle avec le Nicaragua au nord, avec le Panama au sud, ceci afin d'empêcher la propagation de l'épidémie. Seule échappatoire pour les entreprises qui avaient besoin de matières premières ou des clients à fournir : passer par la mer.

L'essai grandeur nature de la voie des mers n'a pas suscité grande satisfaction pour ses cobayes. Faute d'organisation et d'infrastructures, ils ont vu leurs coûts de transport s'accroître de 60 % par rapport à l'habituel transport routier pour des acheminements de port à port et jusqu'à110 % pour relier deux villes éloignées des côtes. Pourtant, là aussi, une réflexion est à nouveau engagée sur le transport maritime, avec une ligne qui relierait les différents pays d'Amérique Centrale.

Le Mexique, d'où partent les nouvelles lignes de CMA CGM et de Griver, a quant à lui une ambition sur le maritime clairement affichée par son actuel gouvernement. Il compte occuper le créneau et favoriser cabotage et lignes de courte distance sans se limiter aux eaux territoriales. Il vise aussi les pays voisins d'Amérique Centrale et, plus au large, les îles caribéennes et même le sud des États-Unis. Des discussions ont été engagées sur le sujet avec le Conseil des ports de Floride afin de développer de nouvelles routes maritimes.

Des alliances faute de marine marchande nationale

Mais le chemin sera long et semé d’embûches. Avant l’initiative de Griver, les échanges maritimes intra-Mexique étaient réduits à leur plus simple expression et ne concernaient guère que le secteur pétrolier. Pour toute autre marchandise, difficile de dépasser les nombreux obstacles : là encore, manque d'infrastructures capables de recevoir les flux domestiques, système douanier qui contrôle tout chargement ou déchargement sans faire le distinguo entre commerce international et trafic local, taxes portuaires identiques pour les deux types de flux. Et aussi, tout simplement l'absence d'une marine marchande nationale.

Pour aplanir les difficultés, la Coordination générale des ports et de la marine marchande du Mexique a proposé des alliances entre les usagers du transport, les compagnies maritimes et les administrations portuaires. Ces coopérations auraient déjà permis à Griver de réduire de 30 % les coûts de transport et d'économiser 75 % de carburant et de temps de trajet.

Myriam Guillemaud Silenko