Le Jacques Cartier, qui vient d'être réceptionné dans les temps par le chantier norvégien Vard, est le 11e navire de la gamme Explorer. ©Laure Patricot

 

La compagnie de croisière française est sans doute l’une des premières au monde à « reprendre la route » avec autant de hardiesse, certes sur des croisières courtes, en petit comité et dans un protocole ultra strict. Mais avec toute la symbolique de l’aplomb. Huit paquebots ont pris la mer le 11 juillet au départ de la France, de l’Islande et de la Polynésie française. Deux unités ont été francisées ce 14 juillet. Un autre signe de confiance.

Elle pensait faire partir, dès le 4 juillet, cinq paquebots* au départ de Bordeaux, Le Havre, Saint-Malo, Marseille et Nice à la découverte de 65 itinéraires autour de la Bretagne, dans le golfe de Gascogne, au large de la Provence et vers la Corse. Elle avait fait l’annonce en avril. C’est dire sa confiance. Car à l’époque, l’étau du confinement ne s’était pas desserré. Il était encore interdit à tout navire de croisière de faire escale, de s'arrêter ou de mouiller dans les eaux intérieures et la mer territoriale françaises. Ponant a dû attendre le 11 juillet, date à laquelle la France a levé les barrières, excepté là où l'état d'urgence sanitaire est maintenu (Guyane et Mayotte), moyennant certaines jauges de passagers (moins de 250 passagers à bord) et certaines conditions (embarquements et escales dans des ports situés dans l'Union européenne ou dans l'Espace économique européen).

Ponant est sans doute l’une des premières compagnies de croisière mondiales à « reprendre la route » avec autant de hardiesse. Épargné par les cas de contamination à bord, le parangon de la croisière « à la française » n’a pas lésiné sur les conditions médicales embarquées, allant au-delà de ce que les réglementations internationales exigent en termes de normes sanitaires et touristiques. Elle y était déjà à vrai dire, disposant depuis plusieurs années de véritables hôpitaux embarqués, avec des appareils de radiologie, de biologie ou de réanimation et une équipe médicale composée d’au moins un médecin et un infirmier.

Étanchéité totale

Dans la perspective de la relance de son activité, elle a resserré ses protocoles de plusieurs crans encore. Pour les préparer, elle a fait appel aux services de Méditerranée Infection, un institut hospitalo-universitaire reconnu pour les maladies infectieuses, que le professeur Raoult a placé sous les feux follets de l’actualité, ainsi qu’au Bataillon des marins-pompiers de Marseille. Bureau Veritas a certifié ses process avec son label « Safeguard », attestant que les normes sanitaires couvrent toutes les situations possibles. Zone anti-covid », bulle sanitaire étanche, trois niveaux de barrières, mesures de filtrage et de décontamination à l’embarquement, le parcours client a été intégralement repensé « avant », « pendant » et « après » la croisière.

Pour la réalisation de tests de contrôles réguliers à bord, la société a fait appel à la biotech marseillaise C4Diagnostics, qui développe des tests de diagnostic in vitro innovants dans le domaine des maladies infectieuses, particulièrement bien adaptés à la détection dans des environnements confinés et difficiles d’accès. Tous les voyageurs et équipages doivent par ailleurs effectuer un test PCR au maximum 48 heures avant l’embarquement et 72 h pour les longs voyages. Des bornes de prise de température automatisée ont été installées dans des zones stratégiques, permettant un contrôle continu plusieurs fois par jour à chaque passage.

Deux navires francisés le 14 Juillet

Sur le plan commercial, les conditions générales de vente ont été assouplies. Seul un acompte de 10 % est versé à la réservation et le solde 7 jours avant le départ. L’annulation de la croisière est possible sans frais et sans justificatif jusqu’à 72 h avant le départ. Dans ce cas, un avoir de l’intégralité des sommes versées est valable sur une nouvelle réservation, dans les 24 mois suivants le départ initial, ou un remboursement conformément au droit européen du passager.

Autres témoins de sa confiance dans un « après », certes en pointillé mais sans point final, la société marseillaise vient de réceptionner de ses chantiers de prédilection, ceux du norvégien Vard (Fincantieri), son 6e navire livré en 24 mois. Le Jacques Cartier, de la gamme luxueuse Explorer, devrait partir le 18 juillet pour sa saison inaugurale au départ de Saint-Malo. Il a été francisé au registre de Wallis et Futuna ce 14 Juillet, jour de la fête nationale de la République française. Le même jour, à Papeete, le Paul Gauguin, acquis il y a 9 mois par la compagnie, est également passé sous pavillon français, juste avant de reprendre son exploitation dans les îles de la Société, les Tuamotu et les Marquises. L’ensemble de la flotte est en réalité exploité sous le registre national. « Ce sont des petits signes d’espoir que nous adressons ainsi. Cela s’inscrit aussi dans la dynamique du pavillon français que nous avons constatée l’an dernier », confie Jean-Emmanuel Sauvée, par ailleurs président d’Armateurs de France. 

Le Commandant Charcot, à Nantes, le 18 juillet

Le Bellot, livré officiellement en mars, démarre sa saison inaugurale en Islande avec un itinéraire de 8 jours. Avec le Bougainville, le Lapérouse, le Champlain, le Dumont-d’Urville, le Bellot et le Jacques Cartier, la classe Explorer, composée de yachts d’expédition de 131 m de long pour 18 m de large avec 92 cabines dotées de balcons, est désormais complète. Il reste à livrer le Commandant Charcot, paquebot brise-glace de 150 m avec 135 cabines, qui sera équipé d'une motorisation hybride électrique et propulsé au GNL. Il sera à Nantes - Saint-Nazaire le 18 juillet pour recevoir ses pods avant de regagner le site norvégien Søviknes de Vard pour les finitions. La livraison est maintenue pour mai 2021. La compagnie de croisière disposera alors d’une flotte de 13 navires. Elle n'en avait que trois en 2013.

Adeline Descamps

* Le Lyrial, l’Austral, le Champlain, le Dumont d’Urville et le Bougainville