MSC Virtuosa, le deuxième navire de la classe Meraviglia-plus, a été mis à flot le 1er décembre. Sa livraison pourrait être retardé ©MSC

 

Elles avancent tour à tour des dates pour un retour à la vie, mais avec une extrême prudence, certaines plus optimistes que d’autres. Les Américaines paraissent moins fébriles à l’idée d’une reprise rapide. Mais l’horizon reste incertain.

Les dates énoncées par les compagnies pour une remise à flot s’apparentent à un indicateur de la confiance dans la capacité des différents pays à neutraliser le risque sanitaire. Selon les compagnies, le retour à la mer est envisagé au plus tôt mi-juin et au plus tard en 2021 (Adventure Canada). Certaines ne s’aventurent pas à émettre une date fixe (Fred Olsen, Paul Gauguin). D’autres sont pressées de redémarrer (Croisières et voyages maritimes, Ponant en mai). Mais la plupart de celles qui se sont prononcées prévoient un retour à la vie en juin (une quinzaine de compagnies, dont Hapag-Lloyd Cruises, Princess, Siversea, etc.) et juillet (une dizaine, dont MSC Cruises, Norwegian, Oceania Cruises, P&O Cruises, Regent Seven Seas, Virgin Voyages...). Cunard n’y songe pas avant août.

Toutes partagent les mêmes convictions : la réintroduction des navires sera progressive, les zones géographiques seront finement sélectionnées. « Il y a encore beaucoup d'incertitude quant à ce qui nous attend dans les prochains jours. Notre redémarrage dépend de la levée des restrictions nationales et internationales et d'autres facteurs externes échappant à notre contrôle. Toutefois, nous voyons les barrières progressivement être levées. Étape par étape, la pandémie est maîtrisée. Les entreprises rouvrent leurs portes et la vie quotidienne retrouve peu à peu un certain degré de normalité », constate Daniel Skjeldam, le PDG du croisiériste norvégien Hurtigruten, qui a toutefois prolongé la période de suspension de toutes ses activités, excepté pour deux de ses navires, le MS Richard With et le MS Vesterålen alloués au transport de fret essentiel pour les communautés locales norvégiennes.

Le dirigeant espère naviguer à nouveau à partir de la mi-juin, d’abord en réactivant la ligne de l’Express côtier de Norvège. Le MS Finnmarken​, positionné sur l’historique ligne qui relie Bergen à Kirkenes, pourrait accompagner le mouvement. Mais les croisières d'expédition dans l'Arctique devront attendre cet été. « Au total, nous allons mettre en œuvre une centaine de mesures pour assurer la sécurité et la santé de nos invités et de notre équipage. Certaines d'entre elles sont transitoires, d'autres seront permanentes ».

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Reprise a minima

Costa Croisières et sa filiale allemande AIDA, du groupe Carnival, ont également reporté leur grand moment à fin juin-début juillet. Carnival Cruise Line a indiqué que toutes ses croisières nord-américaines et australiennes seraient annulées jusqu'au 31 juillet, bien qu'elle ait déclaré ensuite « qu'il n'y avait aucune garantie » à ce qu’elle recommence à naviguer à cette date. La compagnie, épinglée pour n’avoir pas pu contenir la propagation du virus à bord de ses navires au point de faire l'objet d'une enquête de la police australienne et du Congrès aux États-Unis, envisagerait une reprise partielle à partir du 1er août, soit environ une semaine après l'expiration d'un décret gouvernemental interdisant les croisières aux États-Unis. En avril, le Center for Disease Control and Prevention a prolongé leur interdiction de naviguer jusqu’au 24 juillet.

Seuls trois ports des États-Unis seraient initialement concernés, Miami et Port Canaveral en Floride et Galveston au Texas. Huit paquebots sur les 28 que compte la flotte de Carnival seraient alors mobilisés. Deux voyages, prévus en septembre et en octobre entre Vancouver (Canada) et Honolulu (Hawaï) et entre Honolulu et Brisbane (Australie) sont également annulés.

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Nouvelle politique de réservation

Royal Caribbean, le principal rival de Carnival, n'a pas fixé de date précise pour la reprise de ses croisières mais a étendu sa politique d'annulation « Cruise with Confidence » jusqu'en avril 2022. Pour les réservations faites avant le 1er août, les clients ont la possibilité d'annuler leur croisière jusqu'à 48 heures avant le départ et de bénéficier d’un crédit équivalent au prix de la croisière pour un nouveau voyage, et ce jusqu'en avril 2022. La compagnie de croisières propose également de nouvelles options de « re-réservation » qui « permettent de mieux gérer des plans de voyage, compliqués en cette période d'incertitude sans précédent », a indiqué Richard Fain, président et directeur général de RCL, persuadé que cette politique renforcera la confiance des consommateurs et misant sur le fait que les ajustements de dernière minute sont autorisés. Cette politique s'applique à toutes les croisières dont la date de départ est antérieure à avril 2022 et à toutes ses marques : Royal Caribbean International, Celebrity Cruises et Azamara.

Renforcer les liquidités 

Pour sa part, Norwegian Cruise Line Holdings, la maison mère de Norwegian Cruise Line, Oceania Cruises et Regent Seven Seas Cruises, a dû passer par la case du renfort en liquidités pour faire face à la crise. Le groupe devrait désormais disposer de 3,5 Md$ de liquidités. Le croisiériste, qui vise une remise en service le 1er juillet 2020, a néanmoins fait valoir que sa position financière renforcée lui permettrait de résister à une suspension de ses activités pendant plus d’un an.

Holland America Line a préféré prolonger sa pause et annuler toutes les croisières en Alaska, en Europe et au Canada/Nouvelle-Angleterre pour la saison 2020. Même l'Amsterdam, qui devait partir le 3 octobre, n'effectuera pas son Grand Africa Voyage de 79 jours.

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Condamnation des paquebots vétérans

Parmi les premières compagnies de croisière à annoncer la suspension de ses activités à la mi-mars 2020, envisageant de réactiver ses service en juin 2020, Princess a également annulé ses voyages au Japon, à Hawaï et en Polynésie française jusqu'à l'automne 2020. 

Symbolique, le Marella Celebration, paquebot de Marella Cruises (groupe TUI) construit en 1984, pourrait être le premier vétéran sanctionné par le Covid. Dans un communiqué, la compagnie britannique avait déclaré qu'elle surveillait la situation et ajustait ses plans en conséquence. « S'il est possible de prendre la mer en toute sécurité, Marella Cruises commencera son programme estival en juillet 2020, avec trois de ses cinq navires », tandis que deux autres – le Marella Dream et le Marella Discovery 2 – ne devraient naviguer à nouveau qu’à l'hiver 2020 et l'été 2021.

Leurs paquebots étant devenus des nids à contagion mortelle, toutes les compagnies savent désormais qu’une partie de leur devenir repose sur leur capacité à gérer une crise sanitaire à bord, dont dépend le pacte de réassurance avec la clientèle. 

Adeline Descamps