La société française de services maritimes va pouvoir tester la technologie de pilotage à distance qu’elle entend commercialiser, à partir de 2023, pour des navires électriques spécialisés dans le support aux parcs éoliens notamment.

La France entre à son tour dans la course des navires sans équipage pilotés à terre. Ce marché occupé jusqu’à présent par des acteurs scandinaves, britannique et asiatiques compte Seaowl désormais. Sur le campus de l’école Polytechnique à Saclay dans l’Essonne, la société française de services maritimes offshores (1 400 salariés, 92 M€ de chiffre d'affaires). a installé les 10 et 11 septembre un centre de commandement pour télé-opérer son remorqueur VN Rebel de type AHTS long de 80 m, amarré dans la rade de Toulon. Soit à plus de 800 km. Par trois fois, elle a fait la démonstration de la faisabilité opérationnelle de sa technologie de pilotage à distance au moyen de satellites. À l’issue de ces tests, Seaowl a reçu des mains d’Annick Girardin, ministre de la Mer, un permis de navigation l’autorisant à poursuivre son aventure. 

4 M€ en R&D 

Plusieurs étapes et partenaires ont été nécessaires pour décrocher ce sésame. Pour cette première phase, 4 M€ ont été investis en R&D depuis 2015. La moitié de cette somme a été financée par l’Ademe dans le cadre du Programme des investissements d’avenir (PIA). Pour s’assurer de la conformité réglementaire du projet baptisé Ross (Remotely Operated Services at Sea), la Direction des affaires maritimes a été associée dès le départ. De son côté, Bureau Veritas a conduit l’analyse de risques et a certifié la sécurité numérique du système de communication par satellites et des composants nécessaires au pilotage des navires télé-opérés

La technologie de communication satellitaire est fournie par Marlink chargée de sa fiabilité et de limiter les temps de latence. Ceux-ci sont de six dixième de seconde pour transmettre les commandes et d’une seconde environ pour la retransmission visuelle et sonore au commandant de bord dont le poste de pilotage à distance est composé d’une dizaine d’écrans. Cette vision renvoie les mouvements du navire et son environnement maritime à l’aide de capteurs et caméras ainsi que de logiciels de traitement de données spécifiques conçus par Sofresud, filiale de Seaowl. 

Prochaines étapes

Cette phase pilot  achevée et le permis de navigation délivré, Seaowl s’attaque à la deuxième phase de son projet : construire des navires d’assistance offshore sans équipage conçus pour être télé-opérés à distance et équipés de robots de type ROV, également télécommandés, pour mener des opérations sous-marines. Avec le soutien de Total et de Naval Group notamment, Seaowl prévoit la mise à l’eau des premières unités à compter de 2023. Selon Allied Market Research, le marché de l’assistance maritime au moyen de navires autonomes ou télécommandés est estimé à 135 Md$ d’ici 2030.

Érick Demangeon