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La saison estivale achevée, les compagnies maritimes desservant la Corse, les Baléares et l’Italie depuis le continent français navigueront à vue cet automne. Compte tenu de la dégradation du contexte sanitaire et des réglementations hétérogènes selon les États, les réservations se font au dernier moment obligeant les armateurs à une réactivité de chaque instant afin d’ajuster leur flotte en fonction de la demande. Les rebondissements autour de la desserte maritime de la Corse en DSP n’aident pas. 

Depuis le 14 septembre, la Sardaigne a serré la vis. Tout voyageur désireux de se rendre sur l’île italienne doit présenter un test PCR négatif. Instantanément après l’annonce, les ventes de billets de Corsica Ferries sur la Sardaigne se sont effondrées.

« En trois jours, nos réservations ont chuté de 50 %. Ce sont des tests barrières, au lieu de rassurer les clients, ils fuient. Ces mesures nuisent aux déplacements car les passagers sont pragmatiques et ne veulent pas se retrouver en quarantaine au retour des vacances », commente Pierre Mattei, président de Lota Maritime, qui exploite la compagnie Corsica Ferries. La compagnie basée à Bastia dessert Porto Torres et Golfo Aranci depuis Toulon, Nice et Livourne et s’inquiète des conséquences de cette initiative de la région Sarde. « Cette décision suscite la polémique en Italie. Le trafic international s’est effondré en septembre et compte tenu de la situation nous avons désarmé deux navires un peu plus tôt », complète l’armateur. Ainsi, les Corsica Marina et Corsica Express Three sont sortis de flotte. « Nous examinons quotidiennement l’état de nos réservations. Nous sommes très réactifs, nous avons l’habitude d’adapter notre flotte en permanence en fonction des grèves, des blocages...», ajoute Pierre Mattei. L’international pèse 40 % de l’activité de la compagnie.

« C’est la parole publique qui conditionne la situation car les voyageurs sont pragmatiques » Pierre Mattei, Corsica Ferries

Recul annuel estimé à 15 % chez Corsica

« C’est la parole publique qui conditionne la situation car les voyageurs sont pragmatiques. Lorsque le 15 mai le premier ministre a pris la parole en précisant que les Français pourraient de nouveau voyager, nos réservations sont reparties à la hausse », commente Pierre Mattei. Tout comme Corsica Ferries, Méridionale et Corisca Linea se trouvent aussi en difficulté pour élaborer un plan de flotte pérenne, condamnées à ajuster la navigation au gré des annonces gouvernementales et à faire preuve d’une flexibilité maximale. 

« Nous n’avons aucune visibilité, nous nous adaptons de semaine en semaine. Habituellement en septembre, nous transportons une clientèle senior. Cette année, ces voyageurs ne seront pas là. Le climat est certes morose mais pas dramatique », tempère le directeur général de Corsica Linea. Pierre-Antoine Villanova table sur un recul annuel de 15 % du trafic passagers et anticipe une chute de 10 % du fret. « Le trafic de marchandises dépendra de l’activité économique », explique-t-il.

Grandes manoeuvres pour pallier la pénurie de voitures de location en Corse

Opérations spot sur le fret 

Quant au fret en repli de 10 à 15 %, les compagnies sont restées à flots malgré tout et ont réalisé quelques opérations spot de transport de déchets et de véhicules. En raison des incertitudes planant sur la sortie du confinement, les loueurs de voitures en Corse n’ont pas anticipé le retour massif des touristes sur l’île de Beauté si bien qu’ils ont été contraints, en catastrophe, d’organiser l’acheminement de véhicules. Corsica Linea a géré cette opération.

Corsica Ferries a également organisé en collaboration avec le Groupe Charles André des acheminements de véhicules neufs entre Toulon et l’Algérie. Quelques voyages réussis qui pourraient être les prémisses d’une ligne maritime régulière… De son côté, La Méridionale écartée d’Ajaccio, Bastia et Porto Vecchio regarde pour la première fois de son histoire vers le Maroc avec en projet l’ouverture d’une ligne ro-pax en octobre.   

Conflit Corsica Linea/La Méridionale : les compagnies envisagent une réponse conjointe sur la Corse

« C’est très difficile d’investir sans perspective à long terme. Nous avons commandé un navire actuellement en construction et qui sera livré en 2023 » Pierre-Antoine Villanova, Corsica Linea

Besoin de cohérence européenne

Invitées le 10 septembre dernier par le secrétaire d’État au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, aux côtés des acteurs du tourisme dans le cadre de la visite présidentielle en Corse, les compagnies maritimes ont réclamé davantage de visibilité et de cohérence dans les prises de décisions. En ce sens, la Commission européenne a adopté une proposition de recommandation visant à garantir que toutes les mesures prises par les États membres qui restreignent la libre circulation soient coordonnées et clairement communiquées au niveau de l'UE.

Autre aléa qui s’est invité ces derniers jours. Délégataire du service public maritime (DSP) sur la Corse, Corsica Linea voit sa visibilité réduite non seulement sur court terme mais également à plus longue échéance. « C’est très difficile d’investir sans perspective à long terme. Nous avons commandé un navire actuellement en construction et qui sera livré en 2023 », ajoute Pierre-Antoine Villanova.

L’ouverture d’une enquête approfondie de la Commission européenne en février 2020 vient de donner lieu à un rapport qui condamne à nouveau le système. Elle a fini par doucher les ardeurs de la collectivité corse qui projetait un nouveau mode de fonctionnement à compter du 1er janvier 2021 (cf. point à date sur la situation plus bas)

L’Assemblée devrait, les 24 et 25 septembre, examiner un nouveau format de DSP d’une durée de trois ans seulement. Reste également à savoir si les contrats actuels censés s’arrêter le 31 décembre 2020 seront prolongés l’année prochaine.

Nathalie Bureau du Colombier

 

DSP Corse : un nouveau pavé dans la mare

Bruxelles vient en effet de rendre son rapport suite à l’ouverture d’une enquête approfondie lancée fin février portant sur la conformité au droit européen de la concurrence des contrats attribués par la puissance publique à Corsica linea. Les contrats en question concernent les lignes depuis Marseille sur Bastia, Ajaccio et L’Île-Rousse du 1er octobre 2019 au 31 décembre 2020. Sachant qu’à cette échéance – le 1er janvier 2021 – devait se substituer un nouveau dispositif pour sept ans avec un seul candidat. Après moult passe d’armes entre La Méridionale et Corsica Linea, les deux compagnies avaient fini par s’entendre et présenter une candidature commune.  

Le rapport confirme ce que, dès février, la Commission estimait à titre préliminaire : les trois contrats constituent bien des aides d'État. Plus ennuyeux, elle considère aussi que le port de Toulon, d’où opère Corsica Ferries (et dont le combat militant pour dénoncer le système est connu) n’avait pas à être écarté de la consultation des liaisons subventionnées, laquelle n’a retenu que Marseille. 

Ce nouveau contretemps est embarrassant pour la Collectivité territoriale de Corse, qui projetait un nouveau mode de fonctionnement en créant une société d’économie mixte à partir de janvier 2021 et pour sept ans. À compter de cette date, en effet, la future desserte devait s’exerccer dans le cadre d’une compagnie maritime régionale fondée sur un partenariat public-privé avec un statut de société d’économie mixte à opération unique (Semop). Elle sera détenue à 50,1 % par la collectivité de Corse et 49,9 % par un actionnaire privé, opérateur ou groupement, sélectionné à l’issue d’un appel public à la concurrence.

Adeline Descamps