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Dans un communiqué laconique, Bourbon indique avoir reçu une offre de restructuration financière de la part de ses principaux créanciers et crédit-bailleurs. À la manoeuvre, un pool d'entreprises et d'institutions françaises – BNP Paribas, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Natixis et Société Générale –, chinoises et internationales, qui totaliseraient 75 % de la dette du groupe.

Dans un communiqué en date du 5 juin, l'opérateur de navires de services indique avoir reçu une offre de restructuration émise par ses principaux créanciers et crédit-bailleurs, prévoyant notamment de nouveaux financements et une réduction de la dette avec, pour certaines d'entre elles, une conversion d'une partie de la dette en capital. « L'offre reçue ce jour est soumise à un certain nombre de conditions suspensives. D’autres offres pourraient être formulées dans les semaines qui viennent. Le conseil d'administration ne se prononcera qu'après en avoir soigneusement étudié tous les termes ».

Le groupe de services maritimes a donc débuté sa journée en bourse avec un gain de 18 % de son titre à 2,1 euros, réagissant à l'offre de restructuration qui s'apparente à une prise de contrôle en provenance d’un pool « d'entreprises et d'institutions françaises » (BNP Paribas, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Natixis et Société Générale) chinoises et internationales, qui totalisent ensemble 75 % de la dette du groupe. L'offre prévoit un apport de liquidités à hauteur de 120 M€, ainsi qu'une conversion en capital de plus de 1,4 Md€ de dette sur 2,7 milliards de dette totale. À l'issue de cette restructuration, les créanciers et loueurs disposeraient alors de 93 % du capital.

Si cette offre est acceptée, l’endettement serait réduit de moitié. Et surtout, selon les créanciers, seraient préservés l'emploi, l'outil industriel et le plan stratégique du groupe pour retrouver le cap (baptisé pompeusement #BourbonInmotion. Le groupe s’est réorganisé en trois sociétés distinctes : Bourbon Marine & Logistics, Bourbon Subsea Services et Bourbon Mobility. Il mise notamment sur sa diversification dans l'éolien flottant.

Environnement contraignant 

Le spécialiste des services offshore traverse une situation financière difficile et qui s’étire déjà depuis quelques années, ayant même frôlé la cessation d'exploitation. Bourbon opère dans un environnement contraignant depuis 4 ans en lien avec les difficultés des compagnies pétrolières, qui face à l'effondrement des cours du brut, ont taillé dans leurs dépenses d’investissement. Le marché des services maritimes est en outre affecté par des tarifs d’affrètement qui tardent à remonter et une surcapacité persistante de navires de services sur le marché même si l’envoi à la casse doit apporter ces prochaines années un certain soulagement à un marché excédentaire.  

2017 avait sonné l’alerte. Face à l’ampleur de ses dettes (plus de 1,3 Md€ alors), le groupe marseillais, présidé par Jacques de Chateauvieux et dirigée par Gaël Bodénès, se trouvait dans une situation telle qu’il n’était plus en mesure de respecter plusieurs de ses engagements financiers vis-à-vis de ses créanciers et propriétaires des navires si bien qu’il avait dû engager des discussions afin qu’ils acceptent de ne pas exiger le remboursement de leurs crédits immédiatement Dans l’attente, il avait néanmoins obtenu de pouvoir continuer à exploiter. En janvier, il annonçait avoir renouvelé le "waiver général" avec ses crédit-bailleurs, cette dispense lui permettant de suspendre ses paiements et ainsi préserver sa capacité à financer ses besoins.

À l’issue du premier trimestre de cette année, Bourbon présentait un chiffre d’affaires consolidé de 162,3 M€ (157,6 M€ en année glissante). La rationalisation de ses navires (477 fin du premier trimestre contre 507 il y a un an) commence à payer, au vu de la hausse (+ 2,8 %) des taux d’utilisation de ses navires (54,5 % contre 53 %) même si les tarifs d’affrètement journaliers ne décollent toujours pas, à 8 172 $ (8179 $ il y a un an, même période). Fin 2018, tous les indicateurs étaient dans le rouge, son chiffre d’affaires à 689 M€ était en baisse de près de 20 % et son Ebitda ajusté, en chute libre de 104,9 %, à 4,3 M€.

Adeline Descamps

Un environnement de marché difficile 

Bourbon n'est pas la seule entreprise du secteur des services pétroliers (études sismiques, forage de puits, construction de plates-formes, fourniture de personnel et matériel spécialisés) à connaître des difficultés en France, où persistent encore quelques « grands » opérant à l'international (Schlumberger, le franco-américain TechnipFMC, présidé et dirigé par l'Américain Doug Pferdehirt, CGC). Toutes ont souffert de la chute brutale des cours du pétrole en 2014. L'industrie parapétrolière française aurait perdu 10 000 emplois au cours des dernières années, qui ont alors annulé quelques projets. CGG a été également, comme Bourbon, contraint à une restructuration financière. TechnipFMC a enregistré une perte de près de 2 Md$ en 2018.