Annick Girardin, ministre de la Mer ©DR

 

Au-delà des mesures applicables à l’ensemble des entreprises, comme la baisse des impôts de production à hauteur de 10 Md€ par an, deux volets du plan de relance sont présentées comme exclusivement maritimes et pilotés par le ministère de la Mer. Transformation durable des ports et modèle de pêche et d’aquaculture durable au programme.

Ainsi un plan à 100 Md€, qui fait peser la relance sur la dette et non sur l’impôt, vient-il relayer les mesures de soutien économique exceptionnellement généreuses de 460 Md€ qui ont permis à l’État de se substituer au marché le temps du confinement. La France y a laissé 4 à 5 % de son PIB.

Le premier Ministre Jean Castex a donc présenté ce 3 septembre le programme en trois axes qui a l’ambition d’amortir sur deux ans les impacts économiques et sociaux de l’épidémie mondiale à l’heure où elle reprend de la vigueur et alors que la France a accusé une chute historique de son PIB de 14 % au 2e trimestre. Sur cette « dette Covid » de 100 Md€, 40 Md€ sont alloués par l’Europe dans le cadre du plan de relance européen de 750 Md€ acté fin juillet. Les Vingt-Sept de l’UE se sont aussi, au prix d’âpres négociations, mis d’accord sur le principe d’un endettement commun, qui permettra à chacun de ses États membres de desserrer la contrainte d’endettement en utilisant l’Europe sur les marchés.

Ce n’est pas sans contrepartie. Bruxelles a deux exigences : faire du vert et mener des réformes structurelles. La France allouera donc 30 Md€ à des investissements verts, soit un tiers de son enveloppe. Au programme notamment de cet aggiornamento vert : la décarbonation de l’industrie.

Frédéric Moncany de Saint-Aignan - Philippe Louis-Dreyfus : « La filière maritime souffre, M. le Premier Ministre »

200 M€ pour « la transformation durable des ports ».

Étonnamment alors que le maritime est cité à peine une fois dans le document de 48 pages livré par Matignon – et ce, dans le chapitre consacré à l’hydrogène –, le tout nouveau ministère de la Mer s’est fendu d’un communiqué pour annoncer que « 650 M€ pourront être mobilisés pour le secteur maritime dans le plan de relance, en lien avec les ministères concernés. S’inscrivant dans un cadre résolument durable, le volet maritime du plan de relance permettra de mener des actions de soutien et de développement de l’économie portuaire, des filières pêche et aquaculture et des industries de la mer », indique Annick Girardin dans le communiqué. Concrètement, appuie la ministre de la Mer, 200 M€ seront destinés à « la transformation durable des ports ».

En tant que portes d’entrée des marchandises sur le territoire, les ports, qui ont sécurisé l’approvisionnement du pays, sont considérés comme ces investissements stratégiques dits « de souveraineté économique » que le président de la République veut réhabiliter. Les projets d’alimentation en énergie propre des navires à quai bénéficieront de cette manne. Autre enjeu souverain pour la sécurité alimentaire des Français, les filières de la pêche et de l’aquaculture pourront disposer d’une enveloppe de 50 M$ pour développer des modèles durables.

Un redémarrage économique vert dans le transport maritime ?

Navires moins polluants

Le plan de relance contribuera également au maintien de la compétitivité des filières des industries et services de la mer, indique encore le ministère de la Mer, « en particulier en soutenant l’innovation dans les domaines des navires non polluants et des systèmes autonomes d’exploration des océans ».

La relance dans le maritime passera en tout cas par l’hydrogène vert. La France a prévu une enveloppe de 7 Md€ en faveur de la technologie, intéressante en tant que source d’énergie mais aussi de stockage. L’énergie du futur est aussi jugée nécessaire par l’Allemagne pour tendre vers un avenir décarboné, 9 Md€ à l’appui. Il faudrait presque s’inquiéter d’avoir deux chefs d’État partager la même stratégie au sein de l’espace économique européen…

Mobilisation pour un redémarrage économique vert

Projets retenus présentés au Cimer en fin d’année

« Au cours des prochaines semaines, avec le concours des services déconcentrés de l’État dans les territoires, Annick Girardin s’appuiera sur les collectivités et les acteurs socioprofessionnels afin de recenser les projets prioritaires permettant une relance maritime inclusive et décarbonée », est-il aussi précisé. Les projets retenus seront dévoilés à l’occasion de prochaine édition du Comité interministériel de la mer (CIMer), au quatrième trimestre 2020.

Alors que le Covid a touché en plein cœur certains atouts de la France – le tourisme, l’hôtellerie, le transport et l’événementiel –, il n’est pas fait mention de mesures spécifiques pour que les opérateurs de ferry et de paquebots sortent du tunnel, armés et plus compétitifs. Conformément à la rhétorique générale de ce plan de relance. Plusieurs élus et parlementaires bretons ont appelé le 26 août l'État à intervenir en faveur de la compagnie maritime Brittany Ferries, qui doit désarmer toujours plus de navires et supprimer des services pour surmonter l’épreuve. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a assuré les députés ce 3 septembre, à l’occasion d’une audition sur le plan de relance, que le gouvernement était « prêt à soutenir l'entreprise dès que le diagnostic aura été établi pour bâtir un modèle qui soit économiquement viable sur le long terme ».

Le gouvernement s’est aussi bien gardé d’évoquer un avenir où le carbone coûtera cher, un monde dans lequel il faudra payer pour émettre du CO2 et ne pas en générer sera fiscalement récompensé… 

Adeline Descamps

*35 Md€ pour la compétitivité des entreprises, 30 Md€ pour la transition écologique et 35 Md€ pour la cohésion sociale et des territoires

 

France Relance : La cacophonie des chiffres entre ministères 

Le ministère des Transports annonce pour sa part une enveloppe de 400 M€ pour le secteur portuaire, maritime et fluvial dont 

- 175 M€ pour la rénovation des canaux et voies navigables sur 2 ans ;

- 200 M€ pour des investissements stratégiques dans les grands ports et leur verdissement ;

- 25 M€ pour le renforcement des infrastructures de sécurité maritime (modernisation des CROSS …);

Plus gobalement, le minstère de Jean-Baptiste Djebbari a capté 10 % du plan de relance français, soit 11,5 Md€. C’est le ferroviaire qui est le mieux servi, avec 4,7 Md€ de crédits « en soutien aux pertes de la SNCF liées à la crise sanitaire et pour permettre la poursuite des investissements sur le réseau ferré, pour la régénération des voies, le fret ferroviaire, la sécurisation des passages à niveau, l’accessibilité des gares, la remise en service de deux lignes de trains de nuit, la généralisation des plans régionaux de sauvetage des petites lignes ferroviaires.

 Le désenclavement routier aborbe 500 M€. Les travaux du Lyon –Turin font partie des projets listés mais sans qu’aucun montant ne soit notifié, le seul point qui ne le soit pas... 

Enfin, l’avion vert accapare 1,9 milliard sur les 100 milliards alloués par l’État pour que la France sorte de la tempète économique, plus verte...