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Un nouvel eldorado pour les transporteurs après le bienfaisant marché transpacifique ? Les taux au comptant ont plus que doublé depuis la mi-mars et l'indice du fret conteneurisé de Shanghai grimpe. Les armateurs y déploient services et capacités. Le vrac sec ne peut pas en dire autant.

De nouvelles routes sont tour à tour gagnées par l’embellie. Alors que tous les intérêts se portent actuellement sur le marché transpacifique, où la forte reprise de la demande fait flamber les taux de fret, le corridor entre Extrême-Orient et Australie accroche les regards. La haute saison sur cette route, qui devrait durer au moins jusqu'en novembre, n’explique pas elle seule la situation. Le marché est porté par le rebond de l'économie australienne et l'augmentation du transbordement à destination et en provenance d'autres régions.

Sur cette route, les taux au comptant ont plus que doublé depuis la mi-mars et le Shanghai Containerized Freight Index (SFCI), thermomètre du secteur conteneurisé composé des taux spot pour les conteneurs au départ de la Chine, s’élevait à 1 648 $/EVP de Shanghai à Melbourne le 9 octobre. Une valeur en hausse de 117 % par rapport aux 758 $/EVP enregistrés le 20 mars dernier. Les taux entre l’Asie et l’Australie sont maintenant à leur plus haut niveau depuis dix ans, atteignant un seuil qui n'avait plus été observé depuis le début de l'année 2010, lorsque l'indice avait culminé à environ 1 600 $/EVP (données Alphaliner).

Déploiement de capacités

En conséquence, les transporteurs ont renforcé leurs capacités par l'introduction de nouveaux services réguliers et navires supplémentaires, tandis que les départs hebdomadaires sur les services existants ont été réinitialisés, effaçant les blank sailing.

Ainsi ANL (groupe CMA CGM) et Cosco/OOCL, partenaires du consortium A3, ont lancé conjointement en août un service saisonnier Chine-Australie commercialisé sous le nom de XTRANL/PSL, annoncé jusqu'à fin novembre. La boucle emploie quatre navires de 1 700 à 2 800 EVP.

ZIM, qui avait quitté le marché en janvier 2014 après y avoir maintenu une présence de près de 20 ans, a annoncé son retour avec le lancement d’un service Chine-Australie commercialisé sous la marque CAX avec six reefers d'environ 2 500 EVP.

Cosco a organisé deux nouvelles boucles en septembre. La première, commercialisée sous le nom de ASAX/AWX, exploitée conjointement avec OOCL, relie le détroit et l'Australie occidentale avec deux navires de 1 700 EVP. La seconde (CAP) connecte la Chine, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'Australie du Nord et Brisbane, avec un transit-time de dix jours et trois navires de 1 000 à 1 700 EVP.

MSC a ajouté des navires supplémentaires sur le parcours entre le détroit et Sydney en septembre. La capacité hebdomadaire moyenne des services établis sur la ligne s'élève désormais à 91 000 EVP. Les nouvelles boucles introduites récemment ont ajouté quelque 7 200 EVP (7,9 % de la capacité hebdomadaire existante de la ligne).

Surcharge de 350 $

Fin septembre, les transporteurs ont annoncé leur intention de prélever une surcharge de 300 à 350 $ pour l'encombrement des ports australiens. Cette mesure est censée compenser les effets de l'aggravation des retards causés par une combinaison de facteurs, dont des mouvements sociaux. Le syndicat des travailleurs portuaires (Maritime Union of Australia) a accepté de suspendre ses actions à Sydney, Melbourne et Brisbane jusqu'en novembre, échéance fixée le temps de la négociation. Une courte fenêtre de répit ?

Le secteur du vrac sec ne profiteront pas de ce boom : les acteurs de la filière s'attendent à ce que les prix des capesize et des panamax chutent à la suite des décisions de Pékin de limiter ses achats de charbon australien, signe des tensions politiques grandissantes entre les deux pays d'Asie et du Pacifique. Les relations se détériorant ces derniers mois, la Chine a déjà imposé des restrictions sur d'autres produits australiens tels que l'orge.

Adeline Descamps