Symbolique, le MSC Grandiosa est le premier navire de la flotte MSC Croisières à avoir repris la mer au départ d’un port italien ce dimanche 16 août après près de six mois d’arrêt. Une relance aux enjeux multiples. 

Le premier grand navire de croisière à reprendre la mer en Méditerranée est parti ce dimanche 16 août de Gênes, en Italie, pour une croisière de 7 jours. Pour cette première phase de reprise des opérations, les deux fleurons de MSC Croisières, initialement prévus pour opérer en Méditerranée cet été – le MSC Grandiosa et MSC Magnifica en Méditerranée orientale –, n'accueilleront que des passagers résidant dans les pays de l’espace Schengen.

L’évenement n’est pas anodin. L’enjeu est multiple pour les acteurs européens de la croisière. Il s’agira de faire la démonstration que la croisière peut reprendre du service sans fracas alors que l’armateur norvégien Hurtigruten, qui avait défriché la voie, a déjà dû renoncer après avoir détecté des premières contaminations au coronavirus sur des dizaines de passagers et  membres d’équipage.

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Spectre d’une année blanche

Il faudra par ailleurs restaurer la confiance du passager alors que la crise sanitaire a placé le paquebot dans un statut de nid à virus et fait de la croisière une destination mortelle. Les images relayées par tous les médias montrant les navires errer en mer parce qu’aucun port ne voulait les accueillir ont été dévastatrices pour cette jeune industrie, qui avec 25 millions de croisiéristes gagnés en 25 ans, était promise à un avenir radieux il y a encore quelques mois.

L’enjeu est aussi économique et financier alors que le secteur doit déjà déplorer la faillite de deux compagnies, l’Espagnole Pullmantur et la Britannique CMV. Aux États-Unis, où la quasi-totalité des paquebots est à quai, le spectre d’une année blanche hypothèque un demi-million d’emplois directs et indirects et coûterait quelque 50 Md$.

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Perte de 25 Md€ pour le secteur européen

En Europe, si la Méditerranée reste le deuxième marché mondial, l’industrie ne pourra compter que sur les croisiéristes européens dans un premier temps, lesquels ne composent qu’un quart du marché mondial. Et les premiers marchés émetteurs, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ne vont sans doute dans les premiers temps fournir un bataillon conséquent de voyageurs. A fortiori le Royaume-Uni où les restrictions de voyage imposées aux ressortissants sont pour le moins dissuasives (quarantaine).

Le secteur des croisières en Europe représente un chiffre d'affaires de 14,5 Md€ par an et près de 53 000 emplois selon l'Association internationale des compagnies de croisières (CLIA). L'association estime que la crise sanitaire pourrait coûter au secteur pourrait jusqu'à 25,5 Md€ de revenus du fait de l’interruption des opérations pendant plusieurs mois.

Protocoles dissuasifs

Contrairement à son concurrent, Costa Croisières (groupe Carnival, leader mondial), qui a choisi de reprendre partiellement une partie de ses activités en septembre, MSC croisières a fait le choix de se jeter à l’eau.

La compagnie basée à Genève a fait de cette reprise un marqueur de procédures strictement encadrées : contrôle de la température, examen d’un questionnaire de santé et test de dépistage par écouvillon pour chaque passager avant l'embarquement. « Une fois ces étapes effectuées et après avoir patienté dans le terminal pour recevoir les résultats du test, les passagers aptes à voyager ont embarqué sur le navire en respectant les nouvelles procédures qui comprennent notamment l'assainissement des bagages à main et des bagages en soute. Tous les passagers ont reçu un bracelet MSC for Me gratuit afin de limiter les contacts à bord du navire. Le bracelet leur permet notamment l'ouverture de la cabine ou les transactions, et contribue également à faciliter la recherche de contact en cas d’infection », indique-t-elle. 

Au cours des dernières semaines, les membres d’équipage ont subi des contrôles de santé tout aussi stricts, « qui comprenaient trois tests ainsi qu'une période d'isolement avant de pouvoir prendre leurs fonctions. Chaque membre d'équipage sera régulièrement testé et son état de santé surveillé ».

De nouveaux embarquements ont eu lieu le lundi 17 août à Civitavecchia, puis dans les ports de Naples et de Palerme. Le navire fera ensuite escale à La Valette, Malte avant de revenir à Gênes dimanche. Tout au long de cet itinéraire, les passagers ne pourront descendre en escale que dans le cadre d'une excursion organisée par MSC.

Selon la CLIA, 3 047 cas et 73 décès ont été recensés après des contaminations à bord des navires de croisière affiliés à l'association.

A.D.