©Jennifer Neisse pour JMM

 

Après trois éditions organisées de façon bisannuelle à Paris Porte de Versailles, le salon de la « croissance bleue » se pose à Marseille. Parce que le port phocéen a un rôle économique évident le long de la façade méditerranéenne.

  « Marseille sera la capitale de l'économie bleue du 4 au 6 février 2020 », lancent les organisateurs de la 4e édition de ce rendez-vous d'affaires qui adresse l'industrie maritime dans sa grande communauté (transport maritime, offshore, énergies marines renouvelables, construction et réparation navale, pêche, valorisation et protection des océans …). Après trois éditions parisiennes, le salon, créé par le Groupement des industries de construction et activités Navales (Gican), en partenariat avec le groupe Ouest France-Le Marin, et organisé par la Sogena, la filiale événementielle du Gican, se pose en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il sera présidé pour l’occasion par Christine Cabau-Woehrel, l’ex-présidente du directoire du Grand Port Maritime de Marseille-Fos et aujourd’hui à la tête des actifs portuaires de l’armement tricolore de porte-conteneurs CMA CGM, dont le quartier général est à Marseille.

« Plus de 200 entreprises françaises et étrangères ont d'ores et déjà confirmé leur participation », introduit Hugues d'Argentré, commissaire général d'Euromaritime. L’édition 2017 avait engrangé 250 réservations d’espaces et 5 000 visiteurs de 41 pays, selon les organisateurs.

Pourquoi Marseille cette fois ?

« Parce que l’économie bleue se décide à Paris mais se vit dans les territoires », pose Paul Tourret, directeur de l’Isemar, invité lors de la présentation du salon au Palais des Arts de Marseille, à restituer la façade maritime méditerranéenne. « Parce Marseille est la capitale de l’armement français, il n’y a pas à en douter. Nonobstant quelques compagnies, en Bretagne et à Paris, elle représente une grande partie de la valeur ajoutée nationale ». Selon l’économiste, CMA CGM, Ponant, Marfret, Corsica Linea, Méridionale, Bourbon, Gazocean… emploieraient quelque 6 000 salariés. La Méditerranée, dans son grand ensemble, loge aussi de grands armements (MSC, Grimaldi

Costa…). « La présence de cette communauté économique est déterminante à l’échelle des enjeux environnementaux de la Méditerranée car elle doit être à la pointe de l’innovation. Et nous avons compagnies qui le sont, CMA CGM et Corsica Linea avec le GNL, La Méridionale avec les filtres à particules ».  

Quand l'Histoire s'en mêle

Déployant son panorama avec empathie, le directeur de l’Isemar achoppe sur la douloureuse construction navale, contraint de concéder que « l’Histoire a fait mourir les grands chantiers de la Seyne et de La Ciotat » si bien que le « cœur battant » selon son expression, de la construction des grands navires est plutôt italo-espagnole. « En France, il est à Saint-Nazaire » (avec un contrôle éventuel italien si la fusion avec Fincantieri se concrétise, NDLR) mais « le pôle méditerranéen s’est repositionné sur de la réparation XXL. On voit ici comment les choix d’État de la France maritime des années 60 (se positionner sur la réparation des supertankers) réussit à porter aujourd’hui un héritage intéressant ».

Outre le poids de Naval Group avec ses activités duales au Sud, de la grande plaisance (attractivité de la Riviera), de l’éolien offshore en émergence, il y a son port vieux de 2 600 ans. « Il reste secondaire à l’échelle des grands ports méditerranéens, favorisés par leur fonction de hub. Mais ses 1,4 million de conteneurs sont des boîtes pleines et d’hinterland. Il n’y a pas de meilleure valorisation économique. Il a un rôle économique à jouer dans la façade méditerranéenne. La fonction conteneurisation est son combat essentiel. L’axe Rhône est son arme », signifie Paul Tourret. Moins guerrier, il s’incline devant la performance de la croisière (1,75 million de passagers) qui a permis à la place phocéenne de se hisser en deux petites décennies dans le cénacle du Top 5 méditerranéen.

« Euromaritime ambitionne d'être Le Bourget du maritime », conclue François Lambert, le délégué général du Gican. De là à ancrer le salon de la « croissance bleue » au sein de la capitale de la Méditerranée française comme Le Bourget l'est à...

Adeline Descamps