Guillaume Bouquant, directeur du site de Michelin à Bassens, spécialisée dans la fabrication de l'élastomère, un caoutchouc de synthèse qui sert à réparer les pneus, vient d’être élu à la présidence des entreprises de la zone portuaire de Bordeaux qu’il partage avec Patrick Brzokewicz, PDG de Docks et Pétroles d’Ambés, renouvelé. Entretien avec un dirigeant d’ordinaire discret…

Pourquoi avez-vous souhaité vous impliquer au sein de l’Union maritime et portuaire de Bordeaux ?

Guillaume Bouquant : Le groupe Michelin est un acteur de taille importante de la zone Industrialo-portuaire. Nous employons 400 personnes et avons recours à une centaine de sous-traitants. Nous sommes au cœur de cet écosystème interdépendant qui représente près de 8 000 emplois et nous constatons qu’il peine à se développer, contrairement à la métropole qui est en pleine expansion. Il pourrait être dynamisé entre autres par l’implantation de nouvelles filières liées à l’hydrogène ou autour des énergies vertes. On doit créer les conditions qui incitent à cela.

Dans quelle mesure les entreprises de la zone portuaire, dont la vôtre, ont-elles été impactées par la baisse de production et de consommation liée au confinement ?

G.B. : Toutes ont souffert à des degrés divers selon les secteurs. L’agroalimentaire a été moins touché par exemple que l’aéronautique particulièrement impacté. Peu y ont échappé et, pour beaucoup, la reprise reste très progressive. Pour Michelin, qui travaille pour le secteur automobile et du tourisme, les pertes sont conséquentes. Les voitures ont moins roulé et ont donc moins usé les pneus. Le site a été à l’arrêt dès le 16 mars avec une reprise partielle depuis la mi-mai. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore retrouvé la pleine cadence, mais heureusement, nous appartenons à un groupe solide, ce qui permettra de traverser la crise sereinement. Au niveau maritime, cela s’est traduit par un arrêt, pendant cette période, de nos imports sur Bordeaux de butadiène, un produit dérivé du pétrole, et de charbon, qui représentent environ 50 000 à 60 000 t par an.

Dans ce contexte particulier, que souhaite défendre prioritairement l’UMPB ?

G.B. : La baisse d’activité et le maintien des frais fixes pèsent sur les coûts de revient des entreprises. À l’UMPB, notre point de vigilance est donc la stabilité des coûts des escales. Une augmentation de ces tarifs, pour chercher à équilibrer les comptes de résultats, pourrait provoquer un effet boule de neige et impacter ces fragiles coûts de revient. Il faut que les collectivités et l’État jouent leur rôle. C’est fondamental pour la pérennité des entreprises. Le financement des moyens de dragage est un autre point clé. L’État, pour des raisons budgétaires, pourrait être tenté d’économiser. Nous avons d’autres attentes sur la problématique des accès routiers souvent congestionnés vers Bassens et Ambarès. À plus long temps, nous attendons la tenue du conseil de développement pour l’élaboration du projet stratégique du Grand Port Maritime de Bordeaux. Notre volonté est de travailler avec tous les acteurs en vue de favoriser des trafics – et notamment celui des conteneurs, un autre acteur ou une seconde ligne feeder seraient bienvenus –  et de promouvoir le développement de la filière hydrogène.

Bordeaux vient de vivre un bouleversement politique. Comment percevez-vous cette percée verte, ici et ailleurs ?

G.B. : C’est une opportunité pour créer de nouvelles conditions de développer cette zone industrialo-portuaire. Le trafic fluvial est positif en termes environnemental par rapport aux camions. Il y a des moyens de se retrouver sur des objectifs communs. Il n’y a pas de crainte particulière de la part des industriels, soucieux de développement durable et de leur bilan carbone.

Propos recueillis par Marianne Peyri