©Boskalis

 

L’un des quatre leaders mondiaux du dragage a engrangé les contrats de transport à haute valeur ajoutée ces dernières semaines. Il compte être plus actif dans le transport offshore et éolien et promet de présenter son business plan au cours du premier trimestre 2020.

Quelles sont vos ambitions dans le secteur heavy lift ?

Martijn Schuttevâer : Nous dévoilerons un business plan en mars prochain mais je peux déjà dire que notre stratégie vise le segment haut du marché. Il va s’agir pour nous d’être actifs dans deux domaines offshore. Le premier concerne les transports d’éléments destinés à des installations pour l’industrie pétrolière et gazière, notamment vers le Moyen- Orient. L’autre vise les énergies renouvelables, comme par exemple l’acheminement de composants pour des éoliennes en pleine mer.

Peut-on s’attendre à une vague consolidation ou à une exacerbation de la concurrence dans le transport conventionnel ?
M. S. :
Ces dernières années ont en effet été marquées par un regain de tension entre les acteurs du marché. Notre priorité est pour l’heure d’améliorer notre rentabilité. Mais il est difficile de pré- voir ce qui va se passer à court terme. Cette conjoncture nous incite à la prudence.

Au sein de votre portefeuille d’activités diversifiées, quelles sont celles qui apparaissent les plus prometteuses pour les prochaines années ?
M. S. :
Le transport offshore. En témoignent les récentes commandes que nous avons enregistrées auprès de clients que nous ne pouvons pas nommer pour des raisons de confidentialité. Nous tablons sur un regain d’activité avec les compagnies pétrolières et gazières et un développement de l’éolien.

Propos recueillis par Didier Burg

Boskalis drague l’offshore

Une fin d’année profitable pour le néerlandais Boskalis, société de services maritimes (construction et maintenance d’infrastructures, transport de colis lourds, dragage portuaire...) opérant notamment auprès des installations pétrolières et gazières (55 % de son activité). Les derniers contrats décrochés par l’armateur basé à Papendrecht, au Nord-ouest de Rotterdam, totalisent 120 M$ garnissant son carnet de commandes pour 2021 et 2022. Après avoir livré l’an dernier, avec son semi submersible emblématique Boka Vanguard, une unité flottante de production, de stockage et de déchargement (Floating Production Storage and Offloading, FPSO), il engrange des contrats similaires. À la fin de l’année, le Boka Vanguard, dont la feuille de route est impressionnante en termes de transport hors normes, doit amener une structure flottante de son unité de fabrication chinoise au Brésil.
En 2021-2022, les White Marlin et Blue Marlin chargeront trois autres unités flottantes, l’une de Chine vers la mer du Nord en 2021 et les deux autres de Singapour au Golfe du Mexique en 2021-2022. Boskalis a également décroché un contrat pour le transport de divers grands modules GNL de fabrication chinoise vers la Russie.

Le contrat va mobiliser le Blue Marlin (connu pour avoir transporté l’USS Cole, le destroyer américain endommagé par un attentat terroriste) et son sistership Black Marlin à partir du deuxième trimestre 2021. À l’issue du premier semestre de l’année, son carnet de commandes totalisait 4,2 Md€, dont 0,5 milliard empochés au cours du 3e trimestre. « Le marché des transports à forte valeur ajoutée commence à montrer des signes de reprise prudente, avançait la société lors de la publication de ses résultats du 3e trimestre, après un certain nombre d’années calmes au cours desquelles le transport était totalement dépendant du marché spot. »

Emplettes offshore

À cette occasion, la société cotée sur Euronext Amsterdam déclarait que, « sauf circonstances imprévues, elle prévoyait une forte amélioration de son résultat au second semestre 2019 par rapport aux 350 M€ enregistrés mi-2018 ». À l’issue du 3e trimestre, la Néerlandaise, positionnée sur trois segments de marché – prestations de services offshore; construction et maintenance d’in- frastructures maritimes (40%) et prestations de transport et de services portuaires (5,1%) – avait amé- lioré tous ses ratios : son endettement (hors IFRS16) s’élevait à environ 150 M€.

L’armement, qui veut être plus offensif sur « l’acheminement de composants pour des éoliennes en pleine mer » (cf. entretien), a été retenu récemment pour le transport et l’implantation de 62 fondations dans le cadre d’un projet éolien offshore à Taïwan. Pour ce contrat, il va transformer une coque existante en un nouveau navire-grue, Bokalift 2, d’une surface de pont de 7 500 m2 avec une grue d’une capacité de levage de 4000t et de plus de  10 m de haut. Enfin, l’acquisition en novembre des 37,5 % du groupe Horizon (100 M$ de CA prévu en 2019) vise certes « à optimiser sa position sur ce marché en plein essor des relevés géophysiques et géotechniques marins », mais aussi à accroître son rayonne- ment géographique auprès de ses clientèles cibles. Créé en 2004 à Sharjah dans les Émirats Arabes Unis, Horizon compte parmi ses clients des socié- tés pétrolières et des opérateurs de parcs éoliens offshore implantés dans le golfe Persique et en Asie. Ce qui la rend très complémentaire de la position déjà détenue par Boskalis via Gardline en Europe du Nord-Ouest et sur la côte Est des États-Unis.

Adeline Descamps

Une drague 100 % biocarburant

Après avoir testé en 2018 un mélange de biodiesel à hau- teur de 30 % pour alimenter sa drague Prins der Nerderelanden, Boskalis s’est associé à GoodFuels, fournisseur de biocarburants, pour que le Willem van Oranje soit le
« premier navire de dragage au monde (14 000 kW de puissance de moteur, capacité de dragage jusqu’à 62 m) à fonctionner avec 100 % de biocarburant issu d’huiles alimentaires recyclées ». Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un programme pilote « Boskalis on Bio » lancé en 2015 en coopération avec le motoriste Wärtsilä et GoodFuels. Dans le dragage, il est l’un des seuls à avoir opté pour cette solution.