©Eric Houri

 

Élue en novembre dernier à la présidence du Groupement havrais des armateurs et agents maritimes (Ghaam), Véronique Lépine aura vécu deux baptêmes du feu, les grèves portuaires qui ont coûté quelques points de croissance aux ports français, et une crise sanitaire improbable. Elle craint que les deux événements accentuent le déclassement du premier port français de conteneurs.

Le port du Havre vient de traverser, comme tant d’autres en Europe, des temps difficiles. Y-a-t-il un risque plus prononcé pour le port normand d’être déclassé par rapport à ses concurrents nord européens ?

Véronique Lépine : Il est clair que Le Havre est à ce jour un port secondaire. Actuellement, il tourne sur son seul fonds de commerce mais a minima grâce à ses clients de la grande distribution et à des trafics à destination de l’Île de France. Par mesure d’économie imposées par la crise sanitaire et économique, les armateurs ont revu leurs programmes et supprimé des escales au Havre. Le transbordement a littéralement disparu alors qu’il est indispensable aux volumes du port. L’activité ro-ro est en forte baisse. On ne peut pas ne pas réagir. Il y a urgence à réamorcer la pompe car les choses s’installent de manière larvée. Et si on ne fait rien, ce statut de port secondaire risque de s’installer durablement. Or, les acteurs de la place portuaire sont amorphes. 

La crise sanitaire porte-t-elle le coup de trop ?

V.L. : Il y a évidemment l’effet Covid-19 que l’on ne peut pas nier mais il ne faut surtout pas oublier les répercussions des trois mois de grève contre la réforme des retraites. Ces grèves ont impacté durement et durablement le port. Anvers en a largement profité en récupérant des volumes si bien qu’il a abordé la crise sanitaire en meilleure posture. Ce qui n’est pas le cas du Havre.

Que proposent les professionnels que vous représentez pour inverser la tendance ?

V.L. : Récupérer les clients français partis ailleurs ! Seuls les volumes à transporter sont en mesure de faire revenir les navires au Havre. Il faut rétablir la confiance. Il faut aussi améliorer l’évacuation des flux de marchandises, élargir par exemple les amplitudes horaires sur le port, optimiser les terminaux et ne pas attendre la mise en service des futurs postes 11 et 12 à Port 2000. Autre problème que nous pointons du doigt, les droits de port rapportés au volume en EVP restent plus chers au Havre qu’ailleurs. Je pense que Le Havre en tant que port de Paris est une idée qu’il faut réactiver [faire du Havre la porte maritime du Grand Paris est une idée qui remonte à la présidence de Nicolas Sarkozy, qui en avait fait un des éléments de son discours sur la politique maritime de la France, NDLR]. Nous espérons d’Édouard Philippe nous aidera à aller dans ce sens.

Quant aux webinaires organisés par Haropa, même si nous trouvons qu’il s’agit d’une bonne initiative, ils donnent l’impression que ce c’est la première fois qu’Haropa s’adresse directement à ses clients ! L’important, c’est justement l’approche commerciale. Là est toute la puissance des ports du Nord. Il nous faut trouver des solutions pour inverser la tendance. Nous avons envoyé un courrier à toutes les organisations professionnelles. Le Ghaam a déjà établi un pont avec TLF [Union des entreprises de transport et de logistique de France, NDLR]. Il faut que nos structures respectives soient plus ouvertes les unes aux autres de façon à être plus percutantes en tant que forces de propositions. Nous avons souhaité maintenir nos élections en juin. L’Umep au Havre, elle, a décidé de reporter son assemblée générale en septembre. À mon sens, c’est une erreur dans ce contexte de crise.

Propos recueillis par Jacques Laurent