Alors qu'il était à la tête depuis 2009 des chantiers navals cofondés en 1965 par son père Guy et son oncle Michel Piriou, Pascal Piriou a passé la main à Vincent Faujour. ​Du changement dans la continuité puisque le nouveau patron (53 ans), entré dans le groupe concarnois en 2010, assurait la direction générale du groupe depuis 2015. Si les chantiers ont suspendu temporairement, le 17 mars, leurs activités pour respecter les mesures de confinement nationales, la stratégie demeure. Vincent Faujour avait reçu le JMM avant le couvre-feu. Entretien.

 

Vous étiez déjà à la direction générale depuis 2015. Au sein du groupe, vous avez notamment géré Piriou Naval Services et le développement à l'international. C’est finalement un changement dans la continuité mais pourquoi maintenant ?

Vincent Faujour : Après 35 ans passés dans l'entreprise, Pascal Piriou a exprimé le désir de passer la main. Jacques, son frère, était déjà en retrait depuis plusieurs années. D'autre part cette disposition permettra d'harmoniser les responsabilités des dirigeants avec celles des actionnaires.

En quoi ces changements vont-ils impacter la politique du groupe ?

V.F. : Le groupe continuera de s'appuyer sur le plan stratégique élaboré dès 2017 et qui reste le fil conducteur jusqu'en 2023. Il s'appuie sur plusieurs volets : les services, l’action de l’État en mer et la construction civile. Les services englobent l'entretien, la maintenance et la réparation, des éléments majeurs de notre dispositif. Nous allons créer un réseau mondial de maintenance autour d’une dizaine de sites, dans des régions où le niveau de services est faible. Alors que nous sommes déjà présents à La Réunion, en Côte d'Ivoire, au Sénégal et au Maroc, nous allons étoffer ce réseau grâce à des partenariats dans des régions-cibles, et notamment le Moyen Orient, l’Amérique centrale et d'autres pays africains. Piriou Services sera alors à la disposition des flottes de chalutiers, des remorqueurs et des navires de l’Action de l’État en mer [les navires de l’AEM assurent des missions de sécurité maritime et de sauvetage, de sûreté maritime et portuaire, de lutte contre les trafics illicites et les rejets illicites, de lutte contre l’immigration illégale, de surveillance et contrôle des pêches, NLDR].

Piriou, associé à Naval Group au sein de Kership, veut développer cette activité au profit de la marine française mais également de marines étrangères.

Pour ce qui est l’action de l’État en mer, vous êtes déjà bien investi sur ce segment. Comment pouvez-vous intervenir davantage ?

V.F. : Oui, ce domaine représente environ 60 % du chiffre d'affaire du groupe. Piriou, associé à Naval Group au sein de Kership, veut développer cette activité au service de la marine française ainsi que de marines étrangères. Nous avons décroché une commande record de 1,6 Md€ pour la construction et la maintenance de douze chasseurs de mines pour les marines belge (six bâtiments) et néerlandaise (six autres), dont les premiers doivent être livrés en 2023 2023 [le contrat a été attribué au consortium Naval Group / ECA Robotics face au consortium français STX/Thales et au chantier néerlandais Damen, NDLR].

En matière de construction civile, activité qui est à l’origine du groupe, quels sont vos objectifs ?

V.F. : Notre chantier au Vietnam nous permet de produire des unités de qualité occidentale à des prix compétitifs. Nous avons la capacité de construire aussi bien des navires de service pour l'éolien offshore que des chalutiers, comme ce thonier pour Saupiquet actuellement en cours de finition mais aussi des barges ou des unités spécifiques à l'activité gazière au Nigeria.

Que faites-vous valoir auprès de vos clients ?

V.F. : Très actif sur le plan commercial, le groupe est également très réactif et souple en ce qui concerne la construction et la maintenance. Il a la capacité de mobiliser un effectif de 2 000 personnes en fonction de la demande. Quant à la taille des navires construits, nous nous en tenons à un principe de bon sens : à chacun son métier. En ce qui nous concerne, la longueur maximale est de 120 m. Il faut s'en tenir aux choses que l'on sait faire et bien les faire.

Propos recueillis par Gérard Le Brigand

* Le groupe emploie 1 000 salariés et a réalisé près de 200 M€ de chiffre d’affaires en 2019

Vincent Faujour, bio express

Vincent Faujour, Alain Le Berre et Patrick de Leffe et dix autres cadres dirigeants détiennent désormais la majorité du capital (60 %) aux côtés de Arkea Capital Managers, qui était déjà actionnaire, et d'IDIA Capital Investissements du Crédit Agricole, Bpifrance et AfricInvest qui font leur entrée au capital. Pascal Piriou, faute de successeur, a ouvert le capital de l’entreprise dès 2006.

2015-2020 : Chantiers Piriou, directeur général du groupe

2015 : Chantiers Piriou, directeur département réparation et services

2013-2015 : Piriou, directeur de la division services

2010-2013 : Piriou, directeur de Piriou naval services puis directeur de Chantiers Piriou

1994-2010 : Ateliers normands, directeur

ACTUALISATION AU 17 MARS

Le groupe Piriou a annoncé, via un communiqué, qu’il avait suspendu l’activité sur ses sites de production en France (Concarneau, Lorient, Brest) « afin de respecter le confinement indispensable à la lutte contre la propagation du coronavirus ». Dans ses filiales, notamment Kership à Lanester, le groupe explique avoir mis en place « des cellules de maintien d’activité qui permettent d’assurer les fonctions vitales du groupe » (50 personnes) et mettre en œuvre le télétravail quand il est possible. « Le carnet de commandes fermes du groupe, l’engagement de nos salariés, clients et fournisseurs, et le soutien de nos partenaires financiers, permettent au groupe Piriou d’aborder cette crise avec sérénité », indique le communiqué.