Le port de Barranquilla est trop souvent confronté à des fluctuations de niveaux du fleuve qui le relie à la mer. Les dragages fréquents y suffisent d'autant moins que la compagnie chinoise censée les réaliser n'a pas honoré sa part du contrat. Les acteurs portuaires se lancent dans un nouveau projet : aménager un port en eaux profondes.

Barranquilla, troisième port de l'Atlantique colombien, est posé sur la rive du Magdalena. Le fleuve a une fâcheuse tendance à charrier des sédiments et à les déposer entre la mer et Barranquilla, lui ôtant de la hauteur d'eau et limitant le tirant d'eau des navires qui peuvent y accéder. Le dragage est ici plus qu'ailleurs une tâche digne de Sisyphe. Et un gouffre financier pour maintenir les 10,20 m nécessaires pour accéder au port et à ses onze quais.

Le gouvernement colombien prévoit un aménagement du fleuve qui le rendrait navigable sur 650 km, ceci afin d'offrir une alternative au mauvais réseau routier et faciliter l'acheminement des marchandises depuis et vers la capitale Bogota. La première tranche de ce projet pharaonique porte sur la partie aval du fleuve qui englobe Barranquilla.

Le port est en effet primordial pour le commerce extérieur du pays. Avec 11,5 Mt, il représente 7 % de ses trafics, parmi lesquels 25 % des exportations d'huile de palme et 65 % de celles de coke utilisé par la métallurgie, ainsi que 70 % des importations d'acier.

870 M$ pour un port en eaux profondes

Mais la promesse du gouvernement tarde à se concrétiser. En attendant, le port fait draguer la portion de fleuve d'une vingtaine de kilomètres qui le relie à la mer. Au cours des quatre dernières années, ce sont près de 11 M$ qui y ont été investis, dont la moitié dans un contrat avec le consortium Shanghai Dredging – Ingecon pour le retrait de près de 2 millions de m3 de sédiments et le maintien du tirant d'eau à 10,20 m. Le contrat court jusqu'au 31 décembre de cette année.

Mais au bout de trois mois, l'efficacité du dragage n'est pas à la hauteur des espérances : seuls 300 000 m3 ont été retirés, à peine 15 % du total attendu pour la fin de l'année. L'entreprise chinoise invoque des problèmes liés à la météo qui laissent ses contractants sceptiques. Surtout, le tirant d'eau est toujours de 9,6 m, loin des 10,20 m promis, ce qui oblige le port à maintenir des restrictions sur son accès et à refuser parfois des navires pour les renvoyer sur les ports voisins de Carthagène des Indes ou de Santa Marta. Sur les trois derniers mois, cela représente une perte de plus de 130 000 t et de 1,5 M€.

Après les attentes déçues du dragage par l'entreprise chinoise, les actionnaires du port ont réactivé un projet ancien qu'ils gardent précieusement dans leurs tiroirs : celui d'un port en eaux profondes qui leur permettrait de se libérer des caprices du fleuve. Un accord a été signé avec l'entreprise chinoise PowerChina, filiale de Power Construction Corporation of China. Le projet, qui représente un investissement de 870 M€, porte sur un port aménagé sur la mer à l'embouchure du fleuve. Et préservé des dépôts de sédiments.

M.G.S