Loin d’un hypothétique retour à la normale rapide, le pétrole montre des signes de meilleure santé. La baisse de la production décidée par les membres de l’OPEP+ commence à produire ses effets tant et si bien que le cartel a décidé de se serrer la ceinture un mois supplémentaire. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a publié le 10 juin son rapport annuel consacré au gaz naturel, fait état d’une chute de 7 % de la consommation européenne de gaz naturel entre janvier et mai.

Au regard des « signes provisoires de reprise du marché pétrolier », l’OPEP+* a annoncé lors de sa dernière réunion que sa baisse de production prévue en mai-juin 2020 serait reconduite d’un mois (soit en juillet 2020). Les réductions supplémentaires de l'offre mises en œuvre au mois de juin par l’Arabie saoudite (- 1 Mb/j par rapport à ses engagements), les Émirats arabes unis (- 100 000 b/j), le Koweït (- 80 000 b/j) et Oman (- 10 000 à - 15 000 b/j) ont par ailleurs été saluées lors de cette vidéoconférence.

Depuis le 12 avril, non sans mal, faute d’accord au sein du cartel élargi des producteurs de pétrole, notamment entre Moscou et Ryad, l’organisation avait convenu de réduire leur production cumulée de 9,7 millions de barils par jour (Mbj) entre le 1er mai et le 30 juin 2020 par rapport au niveau d'octobre 2018 (sauf pour l'Arabie saoudite et la Russie, pays pour lesquels la production de référence était fixée à 11 Mb/j). Le niveau de production de l'OPEP+ devrait être modifié au second semestre 2020, avec une baisse globale revue à 7,7 Mb/j par rapport au niveau de référence. Ce qui signifiait en soi une nouvelle ouverture de robinet par rapport à l’état de la production de ces deux derniers mois avec 2 Mbj.

C’est reparti à la hausse

La demande mondiale de pétrole sur les marchés pourrait être supérieure de 5 Mbj à la production au 3etrimestre, indique IFP Énergies nouvelles. Les cours du pétrole semblent repartir à la hausse : le prix spot du Brent a augmenté de 13,8 % au cours de la première semaine de juin, atteignant en moyenne 38,3 $/baril. Un niveau équivalent aux prix constatés début mars avant la chute brutale liée au confinement d’une grande partie de la population mondiale. Le niveau des prix reste toutefois encore faible, alors que les marchés peuvent avoir recours à d'importants stocks de pétrole. La prochaine réunion de l’OPEP+ est prévue à Vienne le 1er décembre 2020.

Une baisse historique de la consommation mondiale de gaz naturel

Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a publié le 10 juin son rapport annuel consacré au gaz naturel,  estime que la consommation mondiale pourrait connaître une baisse historique de 4 % en 2020, par rapport au niveau de 2019. Cette situation, qui ne s’explique pas uniquement par le verrouillage économique des pays mais tient aussi à un hiver doux dans l’hémisphère nord, serait alors deux fois plus importante que celle de 2009 (après la crise financière). Le repli concernera tous les secteurs et toutes les régions, précise l'AIE.

En 2019, la consommation mondiale de gaz naturel avait progressé de 1,8 % par rapport au niveau de 2018, correspondant en cela à la hausse annuelle moyenne de la demande gazière sur la période 2010-2017. Les États-Unis et la Chine avaient compté à eux seuls pour les deux tiers de la hausse de la demande l'an dernier.

L’agence fait état d’une chute de 7 % de la consommation européenne de janvier à mai 2020 par rapport à la même période en 2019, en raison « des températures douces, de la forte production éolienne et des mesures de confinement », indique-t-elle. Aux États-Unis, elle s’est réduire de « seulement » 2,8 % de janvier à mai grâce à la hausse de la production des centrales à gaz au détriment de celles à charbon. Les marchés gaziers asiatiques résistent mieux malgré le ralentissement économique.

Perspectives

L'AIE prévoit une « remontée progressive » de la demande gazière dans les deux prochaines années. D'après les dernières prévisions de l'Agence, la consommation mondiale de gaz pourrait en moyenne augmenter de 1,5 % par an sur la période 2019-2025, tiré pour moitié par la région Asie-Pacifique, sous l’impulsion notable de la Chine et de l’Inde.

L’AIE considère par ailleurs que les principaux facteurs de hausse de l’offre – le schiste américain et les projets conventionnels au Moyen-Orient et en Russie – sont « sous pression » avec la chute des prix et les incertitudes liées à la demande à court et moyen terme.

Quant au transport maritime de gaz naturel liquéfié (GNL), il n’a pas été épargné par l’épidémie durant le premier trimestre. En janvier, les taux de fret des chartes à temps avoisinaient les 80 000 $/jour. Les revenus se situent davantage autour de 16 000 $/jour, indique VesselValue.

Les grands navires de gaz de pétrole liquéfié (GPL) ont également souffert depuis le début de l'année avec une baisse des valeurs. Les tarifs des grands transporteurs de GPL ont baissé de 35 %. Les prix du brut ont chuté tout au long du mois de mars, rendant le GPL moins compétitif pour les industries pétrochimiques et réduisant la demande globale de GPL, poursuit l’analyste. « Cependant, nous constatons une demande accrue de propane de la part des usines chinoises, où les choses commencent à revenir à la normale ».

La rédaction

* les 13 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont l’Iran, le Venezuela et la Libye exemptés de réduction compte tenu de leur faible production par rapport à leur capacité historique, et 10 pays partenaires dont le chef de file est la Russie, deuxième producteur mondial de pétrole derrière les États-Unis.