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Les inspecteurs de l'UE ont visité plusieurs chantiers de démantèlement de navires dans la baie d'Alang en Inde en octobre et janvier. Aucun ne satisfaisait à la réglementation européenne sur le recyclage des navires. 

Dans le monde d’avant épidemie, le sujet était clivant. Un règlement européen, entré en vigueur depuis le 1er janvier 2019, rend obligatoire le recyclage des navires battant pavillon européen dans des sites agréés par l'UE. Les armateurs soutiennent que l’Europe ne serait pas en capacité de garantir le recyclage au vu du faible nombre de chantiers disponibles dans la mesure où les installations et/ou cales sèches agréés par l’Europe ont une forte activité dans la réparation navale et les travaux en mer. À l'heure actuelle, 41 chantiers sont agréés, dont 34 dans l'UE et sept en dehors de l'Europe : six en Turquie et un aux États-Unis. 

L'Association européenne des armateurs (ECSA) demande pour cette raison une extension de la liste des chantiers à agréer avec notamment la possibilité d’intégrer des installations non communautaires conformes aux exigences. Aujourd’hui, si l’Europe possède des infrastructures respectant les conventions internationales, elles absorbent tout au plus 3 % des bateaux en fin de vie, faute de compétitivité tarifaire. Les pays asiatiques détiennent à l’inverse, pour cette même raison, 80 à 90 % de parts du marché de la démolition. Là, les armateurs et/ou propriétaires de navires peuvent espérer y récupérer entre 350 et 400 € par tonne de ferraille, contre à peine 100 € sur les rares chantiers européens.

Six visites non probantes

Pour les armateurs, la solution réside dans la convention de Hong Kong. Le traité, réglementant le démantèlement des navires, est toujours lettres mortes deux décennies après son adoption, faute du quorum de ratification atteint fixé à 15 États représentant au moins 40 % de la flotte mondiale de navires de commerce. L'OMI considère que si la Chine ou le Bangladesh (47,2 % de parts de marché mondiales dans le démantèlement) adhéraient au traité, il entrerait de facto en vigueur à l'échelle mondiale. En décembre, l'Inde a rejoint la liste des pays signataires. Une décision importante car le pays fait partie des cinq plus grands États recycleurs au monde en volume. 

Manifestement, la nouvelle série de visites des inspecteurs européens dans les installations de la côte indienne n’a pas été probante. En octobre 2019 et janvier 2020, les inspecteurs ont visité six chantiers (Shree Ram, Investissement au Y.S., R.K. Industries, Bleu Priya, JRD Industries, Recyclage des navires Leela). Aucun d’entre eux ne satisfait aux exigences européennes. Ils étaient en défaut sur 34 points de la réglementation européenne. Certains avaient déjà fait l’objet d’un premier audit en 2018, comme le Shree Ram, qui a été le théâtre d’un accident mortel suite à une explosion en septembre dernier.

A.D.