Actuellement, il n'existe pas de norme mondiale pour le nettoyage des coques des navires. L’encrassement nuit aux écosystèmes aquatiques, augmente la consommation de carburant et génère de facto des émissions de CO2 plus importantes.

Depuis plusieurs années, la puissante organisation internationale d’armateurs, le BIMCO, milite pour créer une norme mondiale reconnue par l'Organisation maritime internationale (OMI), qui régit le transport maritime mondial. Cette norme assurerait que la coque a été nettoyée conformément à une certaine procédure, de manière sûre et durable sur le plan environnemental, sans dégradation de l’écosystème marin. En cours d'élaboration, il faudra encore deux à trois ans avant qu’elle ne soit adoptée par l’OMI.

« Nous avons fait un pas de plus vers l'achèvement d'un ensemble de directives mondiales visant à protéger l'environnement marin contre les espèces envahissantes et à réduire les émissions de CO2 », entonne Aron Sørensen, responsable de l'environnement marin chez BIMCO, où un groupe de travail composé d'armateurs, de fabricants de peinture et d'entreprises de nettoyage de coques planche sur le sujet. Le groupe a récemment envoyé une première ébauche à un groupement de scientifiques et de responsables gouvernementaux de la réglementation. L'étape suivante consistera à valider techniquement la norme dans le courant de l'année 2020.

Un nettoyage à enjeux

Chaque fois qu'un des 80 000 navires marchands du monde fait escale dans un port, il embarque des espèces aquatiques étrangères sur les parties submergées du navire, ce qu'on appelle l'encrassement. Or, si les coques ne sont pas bien nettoyées, des organismes peuvent se déplacer d'un continent à l'autre, transférant des espèces envahissantes entre les milieux marins. L’encrassement est aussi responsable de coûts cachés pour les compagnies. La réduction de la traînée affecte le rendement énergétique du navire jusqu'à 35 %, engendrant des consommations plus élevées et des émissions de CO2 plus importantes.

Le BIMCO estime que le nettoyage doit être effectué dans l'eau, car la disponibilité des cales sèches est limitée pour les très grands navires, notamment pour ceux qui transportent du minerai de fer ou du pétrole brut. En outre, les coûts du trajet vers les cales en Asie et du déchargement du navire sont extrêmement élevés, augmentant les émissions de gaz à effet de serre, ce qui peut être évité si le nettoyage est effectué in situ. 

Pour les armateurs, l'absence d'un corpus commun au niveau mondial est un véritable casse-tête administratif. Des pays comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que des régions comme Hawaï et la Californie, disposent de leurs propres réglementations sur les encrassements biologiques ou sont en train de légiférer. « Sans norme mondiale, l'armateur ne peut pas savoir si un fournisseur dans un pays a réalisé le travail dans les règles. En outre, les autorités portuaires ne disposent pas d'une méthode commune pour évaluer ces entreprises », ajoute Aron Sørensen. 

A.D.