À l’heure où nous mettions sous presse, il n’avait pas encore été décidé de la suite donnée au mouvement portuaire, la FNPD-CGT ayant prévu de se réunir le vendredi 17 janvier. L’organisation syndicale, qui comme la CGT, reste inflexible sur sa ligne – « seul le retrait du projet de loi de cette réforme des retraites permettra aux ports de retrouver un climat plus serein » – entendait toutefois amplifier la mobilisation à cette fin. En guise d’arguments, elle fait observer que les travailleurs portuaires et dockers ne bénéficient pas d’un régime spécifique, mais d’un « accord conventionnel sur la pénibilité calé sur l’âge légal de départ à la retraite ». Le retrait de l’âge pivot, annoncé par le Premier ministre Édouard Philippe, a donc eu peu d’effet auprès des travailleurs portuaires syndiqués. Sur le plan interprofessionnel, l’intersyndicale appelle, elle aussi, à une nouvelle « journée massive » le 24 janvier, jour de l’examen du projet de loi en Conseil des ministres. Sur le front patronal, la saturation atteint son point éclair. La situation génère des difficultés immédiates : suppressions d’escales, détournements de navires, blocages des terminaux, transports routiers entravés, conteneurs déroutés hors de France, cumul des frais de stationnement, gardiennage, branchement des conteneurs reefers, détentions et surestaries… Mais les angoisses sont surtout structurelles : « l’image exécrable » laissée par les ports et « la crainte que les chargeurs ne prennent l’habitude de travailler avec les ports concurrents d’Europe du Nord ». « Les trafics ne vont pas revenir au Havre d’un simple coup de baguette magique surtout si les chargeurs perdent confiance », témoigne un commercial d’une agence maritime havraise. « Je pense aussi aux petites entreprises de taille modeste pour lesquelles les impacts sur l’emploi seront inévitables ». Une inquiétude relayée par Philippe Bonneau, le représentant normand de l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), qui évoque « une forme de sabotage de l’économie portuaire ». « Certaines entreprises sont proches du dépôt de bilan avec des pertes de chiffre d’affaires, de 18 à 45 % ».

« La perte de trafic est estimée à 40 % pour le port de Fos, le double pour Le Havre », assurent TLF, TLF Overseas et la FNTR dans un communiqué commun. Les organisations représentant la supply chain avaient, dès le 17 décembre, sifflé les arrêts de jeu. Elles partagent à nouveau leur sentiment de grand gâchis : « Depuis plusieurs mois, tous les acteurs de la filière française du transport maritime, publics et privés, sont engagés dans un vaste plan de reconquête de nos parts de marcheì. La situation que nous vivons en ce moment ruine ces efforts et décrédibilise une fois de plus nos places portuaires au profit de nos concurrents », alerte Herbert de Saint Simon, président de TLF Overseas. « Il faudra du temps pour remettre le malade. Alors qu’on tente de relancer l’axe Seine, on se retrouve à gérer une crise que l’on ne maîtrise pas », se désole Véronique Lépine, présidente du Groupement havrais des armateurs et agents maritimes du port du Havre (Ghaam). Le calendrier d’annonce des grandes lignes de la fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris devrait être en effet contrarié. La patience des usagers des ports atteint aussi ses limites. « Nos clients dans l’automobile et l’informatique abandonnent le roll pour les conteneurs et passent désormais par les ports du Nord », se désole Marc Grolleau, président de l’Aftri. Fondateur de l’entreprise de transport routier Transcargo à Vitrolles, il songe à délocaliser son activité à Barcelone.

Tous s’interrogent sur « l’absence de signal et de soutien du gouvernement » alors même qu’une stratégie de relance portuaire avait été actée il y a quelques mois.

– 6 %

L’exploitant privé du tunnel sous la Manche Getlink a enregistré une baisse de 6 % du trafic de navettes chargées de camions de marchandises (à 1,6 million de poids lourds).