Mozambique, Kenya et Tanzanie. Tous ont des velléités d’existence sur la scène portuaire mondiale. En accélération, le Mozambique rivalise de faire jeu égal avec les complexes portuaires voisins. Outre ses investissements dans ses installations de Maputo, le pays porte le projet de port en eaux profondes de Techobanine, dans le district de Matutuíne (province de Maputo). En avril 2016, un consortium international, comprenant notamment China Harbour Engineering Co (CHEC), annonçait un investissement de 1 Md$ dans un nouveau port pour desservir le Mozambique et les pays voisins. Peu de temps après, les gouvernements du Botswana, du Mozambique et du Zimbabwe s’engageaient à y adjoindre une ligne de chemin de fer de 1 700 km traversant leur pays respectif.

Au Kenya, les revendications portuaires ont pris l’eau. Très controversé parce que sis dans un site classé Unesco, le pays, bordé à ses points cardinaux par le Soudan du Sud, l’Éthiopie, la Somalie, l’Ouganda et la Tanzanie au sud-ouest, porte le méga-complexe portuaire, ferroviaire et pétrolier de Lamu, terminus du Lapsset (Lamu Port Southern Sudan-Ethiopia Transport Corridor), un pipeline de plus de 1 500 km, doublé d’une autoroute, d’un chemin de fer et d’une usine de gaz naturel liquéfié, d’une raffinerie et d’une centrale de désalinisation. À terme, il est prévu que le port de Lamu (un trafic de 23 Mt estimé à horizon 2030) soulage celui de Mombasa où importateurs et exportateurs subissent de longs délais d’attente. Il est également prévu qu’il serve de débouché aux champs pétroliers éthiopiens, ougandais et du Soudan du Sud. Mais le projet (et surtout le tracé du pipeline) est otage de la lutte entre clans rivaux et au cœur d’une bataille entre les compagnies pétrolières (Total compris).

Quant à la Tanzanie, le projet est encore plus ambitieux. À 70 km au nord du port de Dar es-Salaam, face à l’île de Zanzibar, Bagamoyo doit soulager ce dernier, sous-dimensionné pour accueillir les porte-conteneurs excédant 2 500 EVP et devenir le hub de la façade orientale africaine pour les importations depuis l’Asie et pour les exportations de ses voisins enclavés (Ouganda, Rwanda, Burundi, Zambie, Malawi et même Zimbabwe). China Merchants Holdings International (CMHI) – la société holding chinoise contrôlée par l’État et le Fonds de réserve général du sultanat d’Oman (SGRF) – contribuerait à hauteur de plus de la moitié aux 7,6 Md€ nécessaires.