La présentation des résultats financiers de A.P. Møller – Maersk serait presque passée inaperçue, éclipsée par la sortie quasi théâtrale de Søren Toft. Le départ du responsable mondial de l’exploitation de Maersk aura provoqué un remaniement de gouvernance, éclaboussant même son partenaire italo-suisse dans l’alliance maritime 2M. Quelques jours à peine après l’annonce, Søren Toft était en effet confirmé au poste du CEO chez MSC. Dans la foulée, MSC faisait savoir que Gianluigi Aponte, 79 ans, président du conseil d’administration, allait laisser les rênes à son fils, Diego Aponte, PDG depuis 2014.

Hors ce tohu-bohu, A.P. Møller – Maersk avance dans sa transformation en recouvrant un peu de souffle opérationnel. L’acquisition de Hamburg Süd et l’intégration de ses activités de transport et de logistique lui auraient d’ores et déjà permis de dépasser son objectif de 1 Md$ d’économies tirées des synergies.

Le 3e trimestre du groupe danois se caractérise surtout par une amélioration de ses ratios de rentabilité pour l’ensemble de ses activités en dépit d’un chiffre d’affaires en retrait de 0,9 %, à 10,1 Md$, reflétant l’affaiblissement des échanges conteneurisés.

Le résultat d’exploitation du groupe avant intérêts, impôts et amortissements (Ebitda) s’est amélioré de 14 % à 1,7 Md$. Encore dans des sphères élevées (15 Md$ fin 2018), la dette nette a légèrement diminué, à 12,1 Md$ (effet de la vente de Maersk Oil).

Discipline

La division Ocean (CA de 7,3 Md$), qui comprend les marques Maersk Line, Hamburg Süd, Aliança et Sealand, voit son Ebitda s’améliorer de 13 %, à 1,268 Md$, résultant, selon la direction, d’une plus grande discipline dans ses capacités. Elle a permis de compenser la baisse des taux de fret (de 3,6 % p/r au 3e trimestre de 2018). Cette baisse a été un peu aidée par la baisse des prix du pétrole lui ayant permis de réduire la facture de carburant d’environ 200 M$. En hausse de 2,1 %, les flux transportés ont été tirés par la croissance de 10 % sur les marchés intra-régionaux (et plus particulièrement intra-asiatiques). Les volumes Nord-Sud ont augmenté de 2,3 % (en lien avec la hausse des importations africaines en provenance d’Asie). Les flux Est-Ouest ont diminué de 3 % (en phase avec les restrictions commerciales). L’exploitation des terminaux (CA de 986 M$) a vu son bénéfice opérationnel s’envoler de 33 %, à 313 M$. L’activité logistique est toujours à la traîne.

L’austérité est à l’heure danoise. L’exercice 2019 devrait contenir les dépenses à 2,2 Md$, après avoir investi 3,2 Md$ en 2018. Et elles se limiteront entre 3 et 4 Md$ pour 2020 et 2021. Cela place le groupe en position de faiblesse, estime Alphaliner. L’expert y voit en effet une brèche dans laquelle ses proches concurrents vont s’engouffrer pour rafler quelques parts de marché (il voit d’ailleurs dans le départ de Søren Toft un signal fort des ambitions du concurrent direct de Maersk). MSC et Cosco ont gagné 1,1 % et 1 % du marché mondial au cours des deux dernières années, tandis que Maersk a perdu 1,5 % sur la même période. MSC, le n° 2 mondial par la capacité conteneurisée (3,7 MEVP), dispose à ce jour de 15,9 % du marché mondial et 303 668 EVP sont à livrer. Avec 4,2 MEVP et près de 18 % de PDM, Maersk n’a pour sa part que 40 000 EVP en commande. Le n° 3 Cosco est encore loin, à 12,5 % de PDM avec 2,9 MEVP, mais avec des grandes ambitions…