La chaudière est la première de ce type en Normandie. Portée par le groupe Suez, BioSynErgy 76fonctionnera à partir de bois d’ameublement, de panneaux et de la fraction non valorisable de plastiques ou de papiers aujourd’hui gérés par des centres de stockage. Les combustibles utilisés pour alimenter la chaudière seront préalablement préparés sur une plateforme située à 5 km, sur l’ancien site industriel Citron, friche en cours de dépollution. « Ce projet prévoit la création de quinze emplois directs. Le chantier, lui, devrait employer 110 personnes », explique Sabine Fostyko, directrice du projet BioSynErgie 76. Quarante emplois indirects seront également liés à la préparation du combustible. La chaudière sera en mesure de fournir de la vapeur et de l’eau chaude alimentant un double réseau, l’un à destination des industriels de la zone portuaire havraise et l’autre pour fournir en chaleur un quartier situé au sud de la ville du Havre. Le groupe Suez assure que les fumées issues de la combustion seront épurées à travers un procédé de traitement sec « aux bonnes performances environnementales », selon le groupe français de gestion de l’eau et des déchets. Les résidus aqueux provenant de la chaudière et les eaux de voiries devraient pour leur part faire l’objet d’un traitement spécifique avant leur rejet en milieu naturel.

Impact réglementaire

« Depuis 2016, les combustibles solides de récupération font l’objet d’une réglementation. Et le cadre réglementaire évolue sans cesse. Il faut donc anticiper, explique Anthony Ramoni, le directeur des activités de valorisation énergétique de Suez sur le Nord-Ouest de la France. L’État entend diviser par deux les déchets enfouis à l’horizon 2025. Il prévoit d’ailleurs de fortes hausses de la taxe applicable à l’enfouissement et à l’incinération des déchets. Il faut trouver d’autres moyens de les traiter. Mais développer de nouvelles filières suppose de les rendre compétitives. L’Ademe a lancé des appels d’offres pour soutenir des projets de type BioSynErgie ». En attendant, 15 millions de tonnes de déchets ménagers par an sont enfouies en France. « Avec ce projet, notre démarche n’est pas leur élimination, mais leur valorisation. Et nous n’utilisons pas de chaudière fonctionnant à l’énergie fossile pour produire de la chaleur ». Pour l’industriel, le prérequis demeure : avoir un ou plusieurs clients prêts à acheter l’énergie produite. « Le contexte havrais est spécifique car il y a à la fois un besoin de chauffage urbain identifié et de réseau de chaleur pour des industriels ». ByoSynErgie 76 fournira de la vapeur pour l’usine d’engrais Yara et pour l’équipementier aéronautique Safran Nacelles. La chaudière produira au total de 120 à 220 GWh par an destinés au réseau vapeur et eau chaude des industriels et près de 150 GWh pour le quartier sud havrais, dont la facture de chauffage va s’alléger, la TVA applicable étant de 5 % pour les énergies renouvelables. Le coût total du projet s’élève à 65 M€, réseaux inclus. Les travaux devraient démarrer en 2021 pour une mise en service en avril 2022.