La France, orpheline d’une vision maritime et portuaire au goût spumescent de l’inachevé, l’était-elle encore à l’issue d’un discours gonflé à l’hélium et d’une présence scénique de près de deux heures ?

À l’avenir de l’entériner. Mais dans l’immédiateté de l’instant, il ne pourra pas être reproché au président de la République d’avoir déserté un rendez-vous qu’il aurait pu aisément « diffracter » au motif d’une situation friable dans la rue et de quelques départs de feu catégoriels à éteindre.

Emmanuel Macron n’a pas désancré et plutôt réglé son cerveau sur la fréquence maritime la plus juste, à en juger par les réactions et les commentaires saisis à vif après son intervention théâtralisée sur la scène du Corum de Montpellier à l’occasion des Assises de l’Économie de la mer.

Le réformateur intrépide n’était pas non plus, face à la communauté maritime, dans des lieux à la rudesse atmosphérique. Il avait même devant lui un océan. Plus que républicain, l’accueil fut royal. « Je salue la disponibilité et l’écoute de votre gouvernement à l’endroit du secteur maritime. Et cette attention particulière a trouvé sa traduction dans les efforts mis en œuvre par votre gouvernement », le cueillera à son arrivée Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français.

Emmanuel Macron aura donc tenu un discours qui s’ancrera sans doute dans les mémoires pour la topographie d’un secteur dressée avec une grande maîtrise. « En même temps », rares sont les domaines d’activité offrant une telle vitrine pour exposer une vision qui soit à la fois régalienne, économique, écologique, géopolitique… et à la lisière de divers héritages politiques (mélange de néobonapartisme, de tradition gaullienne, avec une touche d’orléanisme) et de convictions (« Si on veut fracturer la mondialisation, c’est par la mer qu’il faut le faire »).

Il s’y est aventuré, une fois évacué un long développement sur les sciences de la mer (l’océan, « sanctuaire de biodiversité » « réservoir absolu de trésors », « formidable source d’énergies renouvelables ») et un cours de géographie sur les territoires d’Outre-mer (on échappera néanmoins à la relecture de Braudel sur la Méditerranée).

Le premier dirigeant à ne pas voir la France à travers une vision « maritimiste » étriquée dans ses frontières, aura livré un manuel de fonctionnement du shipping qui tranche avec ce qui a été fourni jusqu’à présent et qui a séduit. Les mots trompent. Ils sont gonflés d’ambitions. Mais ils cognent rhétoriquement. Il leur a déroulé une vision maritime ambitieuse. Ils lui ont offert un grand moment de répit…