En mars dernier, le Costa Rica inaugurait le port de Moín, tout proche de Limón sur la côte caraïbe. Le projet – la plus grosse infrastructure aménagée dans le pays depuis des dizaines d’années – avait été lancé plus de dix ans auparavant. Mais elle s’est heurtée à maintes difficultés : retards de chantiers pour des raisons techniques, opposition des travailleurs portuaires employés par l’État, recours de mouvements écologistes devant les tribunaux… Les premiers navires ont cependant pu y accoster dès l’an dernier, à la fin de la première phase des travaux. Depuis, le port est monté progressivement en puissance. Considéré comme l’un des ports les plus modernes d’Amérique latine, le port greenfields a nécessité un investissement global de plus de 1 Md$, assumé par APM Terminals.

Aménagé sur une île artificielle de 40 ha à 500 m du littoral, il est doté de deux quais d’une longueur totale de 650 m, dont le premier est entré en service en octobre 2018, le second en mars de cette année. Il compte 29 grues dont 6 portiques qui permettent d’opérer des navires de 8 500 EVP. Sur les 40 ha entre les deux quais peuvent être stockés jusqu’à 4 000 conteneurs, dont la majorité réfrigérés. La concession, attribuée à APM Terminals pour 33 ans, comprend 430 m de quais avec une souille de 14,50 m. Dans les phases suivantes d’aménagement, il est prévu de passer le tirant d’eau à 16 m afin de traiter des navires jusqu’à 15 000 EVP. Avec en vue, une partie des trafics transitant par le canal de Panama. Une fois le cap de 1,5 MEVP franchi, un nouveau quai de 250 m, équipé de deux portiques post-panamax, sera construit, visant un objectif de 2,5 MEVP par an. Quand il sera atteint, APM Terminals passera alors à une 3e tranche de travaux avec 600 m supplémentaires de quais et de nouvelles grues.

Prédominance des reefers

Les trafics envisagés sont d’abord les produits locaux, en particulier de bananes et d’ananas, dont le Costa Rica est respectivement 4e et 1er exportateur mondial. 15 % de la capacité de Moín concerne précisément les reefers. Les premiers mois de d’exploitation ont donné toute satisfaction à APM Terminals, avec une productivité moyenne de 10 heures pour traiter chaque navire, un chiffre inférieur à ce qui avait été estimé initialement. Ce temps gagné sur les opérations portuaires a déjà permis de mettre en place une nouvelle ligne avec Shanghai fin septembre, avec un transit-time de 22 jours. Lors de l’inauguration en mars dernier, le directeur général d’APM Terminals au Costa Rica, Kenneth Waugh, avait glissé que Moín connecte directement le Costa Rica avec l’Asie et l’Europe. Pour le président costaricien, « cette infrastructure ouvre une étape historique pour le pays », a-t-il rappelé, alors que l’économie de son pays est essentiellement tournée vers le tourisme. Le port emploie déjà 650 personnes et promet 147 000 emplois indirects dans les dix prochaines années.