« Une grève dans les ports allemands? Vous voulez parler de la grève de 1896 ou de celle de 1978? », interroge un brin espiègle Christian Schadow, le Coordinateur pour les ports maritimes allemands du grand syndicat des services Verdi: « Soyons clairs, une grève des salariés des ports pour stopper une réforme des retraites, c’est-à-dire une grève considérée ici comme politique et ne concernant ni le salaire ni les conditions de travail des grévistes, c’est impossible et même illégal en Allemagne. Vous pouvez toujours tenter de vous mettre en grève. Mais c’est alors une faute professionnelle qui conduira à votre licenciement », précise-t-il.

En 1896-97, les dockers de Hambourg avaient lutté pendant onze semaines pour une augmentation de 0,5 mark de l’heure. Le mouvement avait finalement été brisé et s’était conclu par un échec pour les dockers. Pour prévenir de telles grèves, la ville et les patrons du port ont ensuite développé un système d’embauche et d’emploi corporatiste et paternaliste, plus acceptable, mais complètement verrouillé. Deux guerres mondiales et un miracle économique plus tard, c’est le choc pétrolier de 1973. La situation des ports allemands est dépressionnaire. Mais le pays s’est depuis doté d’un solide Code du travail et de lois sur la cogestion du monde du travail par les partenaires sociaux. Le 25 janvier 1978, la deuxième grande grève de l’histoire des ports allemands est déclenchée par le syndicat ÖTV. Elle mobilise 16 000 salariés qui demandent une augmentation salariale de 6 % à 7 %. Il ne leur faudra qu’une semaine pour obtenir gain de cause.

« La constitution allemande autorise bien sûr le droit de rassemblement et les actions pour “défendre et promouvoir le travail”. Mais ce n’est pas un véritable droit de grève », détaille le représentant syndical.

Obligation de trêve

Le droit à la grève s’insère en fait dans un cadre très précis lié à la négociation des accords collectifs. Quand un accord arrive à son terme, les partenaires le renégocient en se rencontrant autant de fois que nécessaire. Si les négociations bloquent, un seul et unique syndicat, celui de la branche ou de l’entreprise concernées, peut appeler à la grève, à condition toutefois que soit échue « l’obligation de trêve » (Friedenpflicht) durant le mois qui suit la fin du précédent accord collectif. Les premières actions sont en général des grèves d’avertissement et des débrayages (Warnstreik). Ce n’est qu’ensuite que vient la grève dure. Même à ce stade, il arrive que des syndicats optent pour des grèves tournantes afin de ne pas affecter un secteur tout entier.

« Cela ne signifie pas qu’il n’y a jamais de conflits du travail. Actuellement, notre problème est qu’un certain nombre d’entreprises travaillant sur les ports dans la préparation des colis et la logistique refusent de s’aligner sur les salaires de branche négociés par Verdi et l’Union centrale des entreprises portuaires », se plaint Christian Schadow. C’est le cas dans le port de Brême (Weserport) où les salariés du logisticien Rhenus Weserport Bremen organisent des grèves d’avertissement depuis des semaines. Ils ne sont cependant que 160 à se battre, soit une proportion sans commune mesure avec la situation en France.