Le 5 décembre, les dockers amarrent les piquets de grève sur les quais, colère en bandoulière contre le projet de réforme qui doit accoucher d’un régime de retraite universel en lieu et place des 42 actuels, dont ceux dits spéciaux.

Le 17 février, soit plus de deux mois plus tard, les députés entament l’examen du projet de loi pour une session parlementaire qui doit, en théorie, durer 3 semaines mais que les 41 000 amendements déposés vont sans doute éterniser, à moins que le gouvernement décide de passer en force. La commission spéciale retraites n’étant pas parvenue à bout des quelque 22 000 amendements déposés, c’est la version du gouvernement qui a été présentée aux parlementaires.

Entre temps, les ports ont eu le temps de « mourir » plusieurs fois. Hors débrayages classiques, ils auront vécu quatorze jours d’opérations « ports morts » par session de 72 heures. Le concept, lancé par la Fédération nationale des ports et docks CGT (FNPD-CGT), a rencontré un certain succès au Havre, à Marseille, Nantes-Saint-Nazaire, La Rochelle ou encore à Rouen. Et ce faisant, il a laissé peu de répit au fret.

Les effets dominos se font assez vite sentir. Les armateurs ont déserté. Les suppressions d’escales se sont multipliées. Les marchandises en souffrance ont colonisé les quais. Les entreprises ont ralenti leur production en anticipation et faute d’approvisionnement en matières premières. À Anvers et à Zeebrugge, les cargaisons, initialement destinées au Havre, se sont échouées sur les terminaux à marée déjà saturés par l’activité naturelle des deux ports européens.

À plusieurs reprises, les fédérations professionnelles représentant la vaste communauté portuaire siffleront la fin de partie, réclamant de la fermeté. Pour désamorcer la gronde patronale, le gouvernement promettra des reports d’échéances sociales ou fiscales, des étalements de créances… Il y a quelques mois encore, il leur promettait le Grand Soir du fret ferroviaire, une ambitieuse stratégie portuaire et un engagement: revenir dans le top 10 de la logistique mondiale.

Alors que les pertes se chiffrant en centaines de millions d’euros vont grever leurs comptes, certains ports se lancent, sans plus tarder, dans la reconquête. Une tâche ardue: détacher un par un les clichés qui collent aux quais de ces ports décidément très français, « marqués grèves ». Ristournes et rabais pour récompenser les clients loyaux. Remises tarifaires pour faire revenir ceux qui ont déserté. L’ensemble portuaire de l’axe Seine – Haropa fut le premier à présenter son plan qui va lui coûter 3 M€. Est-ce que « les gestes commerciaux » suffiront cette fois?