Le roulier Golden Ray de Hyundai Glovis a gîté sur bâbord en septembre 2019 alors qu’il venait de quitter le port de Brunswick en direction de Baltimore avec un chargement composé de véhicules Kia et Hyundai. ©US Coast Guard

 

Les pertes de navires ont diminué de 20 % en 2019 par rapport à l’année précédente, soit une année record pour son faible nombre, indique l’assureur allemand. L’état des lieux annuel décrypte les effets long terme de la crise sanitaire sur la sécurité du secteur maritime.

« Le nombre de sinistres maritimes n’a jamais été aussi bas », indique Allianz, qui a rendu public le 15 juillet son rapport annuel. En 2019, il y a eu 41 pertes de grands navires dans le monde, soit 20 % de moins que l’année précédente et de près de 70 % sur dix ans. L’assureur en a décompté 951 au cours de la décennie écoulée. 2019 fait donc figure d’année record par le faible nombre de pertes. Les incidents de navigation (2 815) sont en revanche en hausse de 5 %, les pannes de machines étant la cause la plus fréquente.

Pour les pertes de navires, c’est l’Asie du sud-est qui arrive en tête avec 12 grands navires concernés, soit plus du tiers du total. Allianz attribue ce chiffre élevé à « l’importance du commerce maritime local et international, la congestion des ports, la forte fréquentation des voies de navigation, l’âge de la flotte, l’exposition aux typhons, ainsi que des problèmes permanents de sécurité sur certaines liaisons locales de ferry. » Sur une période de dix ans, c’est aussi la zone de la Chine méridionale qui arrive en tête de cette forme totale de sinistralité, suivie de la Méditerranée orientale, et du triangle Japon, Corée et Chine du nord.

Allianz : une décennie de risques maritimes analysés 

Pertes en baisse, mais incidents en hausse

Parmi les dix plus grands navires perdus en 2019, six l’ont été en Asie : quatre cargos de plus de 2 000 à 3 000 tpl, un vraquier de 39 000 tpl et un porte-conteneurs de 657 EVP. Les autres avaries concernent un cargo de 2 500 tpl en mer Noire, un roulier de 71 000 tpl au large des États-Unis, une barge de 5 000 tpl en mer Baltique, et enfin le médiatique Grande America, roulier de 57 000 tpl dans le golfe de Gascogne.« Le nombre de pertes totales a diminué de plus de 50 % au cours des deux dernières années, résultant notamment d’années d’efforts soutenus en matière de réglementation, de formation et progrès technologique, indique Ulrich Kadow, directeur de la branche marine d’Allianz, qui insiste sur le caractère fragile de ces avancées si « les normes ne sont pas respectées. » « Alors que les pertes totales ont considérablement diminué, le nombre d’incidents a en fait augmenté d’une année sur l’autre. Les incendies de grands porte-conteneurs continuent de poser problème, tandis que l’augmentation du nombre et de la gravité des déclarations concernant les rouliers constitue une préoccupation grandissante. »  Grimaldi, dont deux rouliers – Grande America et Grande Europa – ont été classés en pertes suite à des incendies en 2019, a tiré la sonnette d’alarme il y a quelques semaines

Avec 605 incidents, l’Europe occidentale (golfe de Gascogne, Manche, îles britanniques et mer du Nord) concentre 20 % des sinistres de navires, ravissant pour la première fois depuis 2011 la tête de ce sombre classement à la Méditerranée orientale. Allianz l’attribue, comme de nombreuses parties prenantes à commencer par les transporteurs, aux irrégularités dans les déclarations de cargaison en lien avec l’augmentation de la conteneurisation des produits chimiques et des batteries.

Alerte d'Allianz sur les risques des navires désarmés

L’effet Covid 

Le transport maritime, s’il a plutôt bien résisté à la crise de la covid-19, va cependant être confronté à des conditions d’exploitation plus difficiles, alerte Allianz. En mai dernier, l’assureur avait déjà alerté sur les risques engendrés par le désarmement de centaines de navires, la relève des équipages et les retards pris dans les opérations d’inspection et d’entretien, qui mettent à rude épreuve la sécurité.

Pour l’assureur, l’impossibilité pour les armateurs de relever les équipages ne sera pas sans conséquences. Les causes sont connues, la problématique a été identifiée dès le début de l’épidémie. Les mesures de confinement ont provoqué la fermeture des frontières et l’arrêt du trafic aérien. « Des périodes prolongées de travail à bord d’un navire entraînent de la fatigue, connue pour contribuer dans 75 % à 96 % des incidents maritimes », indique Allianz.

L’assureur pointe aussi un « impact majeur » sur l’assurance maritime, causé par la mise à l’arrêt de centaines de navires, en particulier de paquebots dont toutes les opérations ont été suspendues dès le 15 mars. Le rapport s’intéresse par ailleurs à la baisse des échanges générée par la crise économique, avec des baisses de trafic mondial estimées à 25 % pour le premier semestre et 10 % pour l’ensemble de l’année.

Des effets de plus long terme sont aussi attendus : « Les perturbations dans les opérations d’entretien et de maintenance essentielles accroissent le risque de bris de machines, qui forment une bonne part de la demande d’indemnisation en assurance. En raison de la réduction et du report des visites réglementaires et des inspections portuaires, il est possible que des pratiques dangereuses ou des équipements défectueux ne soient pas détectés. Les avaries de cargaison et les retards de livraison pourraient augmenter, compte tenu des tensions sur les chaînes d’approvisionnement»

L’assureur allemand estime que la capacité de réaction en cas d’urgence pourrait être ainsi compromise. La mise à l’arrêt d’un nombre croissant de paquebots et de pétroliers dans le monde l’inquiète aussi dans la mesure où ils sont exposés « à des événements météorologiques, actes de piraterie et tensions politiques. »

Étienne Berrier