©Marine Orange

Exceptionnellement cette année, Armateurs de France a remis son Trophée de la Charte Bleue à Nolwenn Cazé, second capitaine chez Orange marine, représentant la communauté des marins. L’organisation professionnelle, qui fédère les compagnies maritimes françaises, a voulu ainsi témoigner sa reconnaissance aux gens de mer alors que certains opèrent en mer sans avoir été relevés depuis deux ans. Et ce, pour assurer des services essentiels.

C’est un trophée qui vaut une pluie d’applaudissements, ceux qu’ils devraient sans doute recevoir mais qu’ils n’essuient pas alors qu’ils opèrent des services essentiels et permettent à 90 % des marchandises mondiales d’être acheminées. Au contraire, cela fait plus d’un an que leur service en mer est compliqué par de nombreuses restrictions sanitaires émises par les États et des procédures administratives qui s’encombrent peu du sort des marins, dont les services ont largement dépassé, et pour beaucoup d’entre eux, le temps légal en mer au regard du droit du travail.

Las, ils sont abandonnés sans ménagement à l'autre bout de la planète et l’« histoire » dure, sans grande avancée, quand bien même l’ONU a édicté de façon tardive une résolution dans les derniers jours de l’année 2020, affirmant leur statut de « travailleurs essentiels ». Armateurs de France veut rompre avec cette indifférence sourde en détournant le Trophée de la Charte Bleue que l’organisation professionnelle remet en principe à une compagnie maritime pour saluer son engagement environnemental et le remettre aux équipages.

Abnégation

« C’est un symbole de notre soutien et de notre reconnaissance », a expliqué Jean-Emmanuel Sauvée, président d’Armateurs de France, le 13 janvier, à l’issue de l’assemblée générale de l’organisation professionnelle. « Les marins sont confrontés à des conditions de travail très difficiles. Efficacement structurée en temps normal, l’organisation des relèves d’équipage est fortement perturbée par les contraintes sanitaires. Au final, cela se traduit par l’allongement des temps d’embarquement d’un grand nombre d’entre eux. Ils ont été jusqu’à 400 000 à être bloqués ! Malgré de lourdes conséquences sur leur vie privée et professionnelle, ils continuent à servir la logistique et l’économie mondiale », justifie l’ancien navigant. 

Les trophées n’ont souvent de valeur que pour ceux qui les reçoivent. Nolwenn Cazé, 28 ans, chef mécanicienne et second capitaine d’Orange marine, l’accueille avec tout son sens au nom de tous les marins qui n’ont pas tous eu « [sa] chance ». « Personnellement j’ai eu beaucoup de chance, mais de nombreux marins ont vu leurs relèves repoussées de plusieurs semaines, de plusieurs mois voire totalement annulées », témoigne-t-elle, profitant de la tribune qui lui est offerte pour assurer les armateurs présents de « l’engagement intact des équipages en dépit des conditions difficiles » et « d’absence de visibilité ».

Relève d'équipage : la nouvelle problématique du vaccin

Droit prioritaire aux vaccins

Dans la foulée, Armateurs de France a fait un don à la Fédération Nationale des Associations d'Accueil des Marins (FNAAM) en offrant 500 cartes de téléphone qui seront remises aux marins par les Seamen's club français. Marie-Christine Le Nay, présidente de la FNAAM, a témoigné à cette occasion de la détresse psychologique dans laquelle se trouvent certains marins. La fédération, qui avait plutôt l’habitude de traiter des cas de marins « mal payés », « malmenés », « mal traités » et bafoués dans leurs droits, ne pensait sans doute pas un jour devoir gérer une crise humanitaire d’un genre nouveau. Elle accueille avec reconnaissance ce geste symbolique qui permettra aux gens de mer de briser leur solitude et de maintenir les liens avec leurs proches.

Armateurs de France, qui s’est jusqu’à présent joint aux initiatives internationales pour proposer des solutions à la relève d’équipage, défend aujourd’hui le droit prioritaire aux vaccins. « Concernant cette question, la France doit ouvrir la voie afin d’entraîner les pays du monde entier car la résolution de cette crise ne peut être qu’internationale », indique AdF.

Adeline Descamps