Nouvel épisode dans le milieu des grands opérateurs de logistique mondiaux ©DR

 

Alors que CMA CGM doit lancer son OPA volontaire sur le logisticien suisse Ceva Logistics du 12 février au 12 mars au prix de 30 francs suisses le titre, le conseil d'administration de celle-ci vient de recommander à ses actionnaires de les conserver au motif que l'entreprise vaut bien mieux que cela mais dans une formulation maladroite qui a prêté à grande confusion. Chose plus avérée : les manoeuvres sont à l'oeuvre au sein des grands opérateurs mondiaux de logistique.

Depuis la formalisation en fin d'année dernière d'une offre d'achat non sollicitée du groupe de logistique danois DSV sur son homologue suisse Ceva, l'un et l'autre actuellement n°7 et 8 mondiaux, les grands opérateurs du secteur se prêtent tour à tour au jeu des intentions de vouloir acheter l'autre. 

Alors que Panalpina, n°6 mondial de la logistique, avait annoncé il y a quelques jours avoir reçu une proposition de rachat non sollicitée de DSV au prix de 170 francs suisses (150 €) par action, le n°2 mondial, Kuehne & Nagel, qui avait pourtant approché en novembre la bâloise, a mis un terme aux spéculations lui prêtant la volonté de surenchérir, l’actionnaire majoritaire du groupe, Klaus-Michael Kuehne estimant dans une interview au  Handelszeitung la société trop chère au prix où elle est valorisée par l’offre de DSV.

Cette fois, c'est l'épisode Ceva/CMA CGM qui rebondit. Et une lecture un peu rapide des communiqués, indiquent les consultants de Publicis qui s'occupent de la communication corporate de CMA CGM, ont conduit à de mauvaises interprétations.  

Pour rappel, DSV avait été contraint en octobre de renoncer à son projet de rachat de Ceva Logistics face à la réticence du conseil d’administration de cette dernière en dépit d’une offre évaluant l’entreprise à 1,53 milliard de francs suisses (1,34 Md€). L’offensive DSV avait contraint CMA CGM, actionnaire de référence avec 24,99 % du capital de Ceva Logistics acquis à l'occasion de l'introduction à la Bourse de cette dernière, à précipiter une montée au capital (à 33 %) avant d'annoncer peu de temps après qu'il exercerait une offre publique d'achat (OPA) volontaire moyennant une proposition à 30 francs suisses par action (26,47 €) « afin d’obtenir la majorité du capital ». Une opération valorisant Ceva Logistics à 1,65 milliard de francs suisses (1,45 M€) et justifiée sur le plan stratégique par le 4e transporteur maritime mondial de conteneurs par la volonté d'offrir des solutions de bout en bout de la chaîne logistique, prochaine étape d'intégration à mener pour les armateurs.

Raisonnable mais pas suffisante 

CMA CGM doit lancer son offre du 12 février au 12 mars. Il l'a signalé le 28 janvier par un communiqué. Dans la même journée, le conseil d'administration du groupe suisse faisait parvenir une autre communiqué dans lequel il recommandait à ses actionnaires de ne pas lui apporter leurs titres, estimant que Ceva vaut plus que cela.

Le conseil d'administration juge l'offre « raisonnable du point de vue des perspectives financières » et « présentant une opportunité de sortie correcte pour les actionnaires », mais il met en avant le « potentiel de croissance », et estime que « les actionnaires pourraient obtenir davantage de valeur en conservant leur investissement », est-il indiqué dans un communiqué, le conseil d'administration notifiant une valeur médiane de 40 francs par action (35,29 €). Un communiqué qui peut être perçu comme une attaque oblique dans un premier temps dans la mesure où le projet stratégique que porte CMA CGM pour Ceva a été écrit de concert, avait-il été bien appuyé lors de sa présentation.

C'est ce qui s'appelle un effet contre-productif ou une mauvaise communication financière. Le board de Ceva voulait ainsi signifier, explique Publicis Consultants, qu'il croit au potentiel de création de valeur du projet industriel et aux synergies entre les deux groupes. Á relire le communiqué, la formulation peut en effet prêter à confusion. Et l'on peut alors lire et comprendre que le conseil d'administration conseille de rester au capital car il y aura de bien meilleures opportunités de sortie, plus tard, le projet stratégique se concrétisant. 

Reste à savoir si cette nouvelle donne peut réinitialiser un jeu des surenchères...

Présent dans 160 pays, Ceva (44 000 personnes) a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires de 7 Md$ pour un excédent brut d'exploitation ajusté de 280 M$ (245 M€). Sur la base d'une croissance annuelle organique de 5 % de son activité et l'apport de 360 M$ (315 M€) de CMA CGM, il gage sur un chiffre d'affaire de 9 Md$ (7,8 Md€) d'ici 2021.

--- A.D. ---