L’Astor devait connaître un destin français sous le nom de Jules Verne à compter de 2021. Il fait partie de la vente aux enchères. ©Bahnfrend

 

Sept semaines après sa cessation de paiement, la compagnie de croisières britanniques Cruise and Maritime Voyages se voit condamnée à vendre ses paquebots. La juridiction britannique a donné corps à la demande des créanciers. 

Une nouvelle victime dans le monde de la croisière qu’un simple virus aura dévasté en à peine sept mois. Faillites, insolvabilité, navires gagés, cessions d’actifs, levées de fonds, recapitalisation, annulations de commandes, reports de livraisons, envois à la casse… À défaut d’activités opérationnelles, les compagnies de croisières sont particulièrement actives sur un plan financier. Aucune n’est épargnée, les leaders comme les plus fragiles.

Pour Cruise and Maritime Voyages, connue sous le nom de CMV, la Haute Cour britannique a donc accepté la requête des créanciers et ordonné la vente, dans le cadre d’une mise aux enchères, de cinq des six paquebots que la compagnie, possédait et exploitait. Les offres pour le Vasco de Gama, construit en 1993 sous le nom de Statendam, devront être présentées le 8 octobre, pour le Columbus, datant de 1988 et mis à l’eau sous l’appellation de Star Princess, le 12 octobre, et pour le Magellan, mis en service en 1985 (Holiday), le 19 octobre. Le sort de l’Astor (1988) doit être décidé le 15 octobre et celui du Marco Polo, construit en 1965, le 22 octobre. 

L’Astor devait connaître un destin français sous le nom de Jules Verne à compter de 2021. Aux premiers jours de janvier, la britannique avait hissé le pavillon de sa filiale à Marseille, au boulevard des Dames, siège de la Transat. Un projet porté par Cédric Rivoire-Perrochat et Clément Mousset. Le navire devait être positionné à Marseille en automne et hiver et au Havre en été. Pour la saison inaugurale, pas moins de vingt itinéraires devaient être proposés en Méditerranée. Et à compter de 2022 était prévu un tour du monde au départ de Marseille avec une arrivée au Havre, en 124 jours.

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Déboires en cumulé

Depuis ses premières alertes sur son état financier, les déboires se sont accumulés pour l’entreprise. Mi-juin, l'Agence britannique des gardes maritimes et côtiers (MCA) immobilisait cinq de ses six paquebots en raison de violations à la Convention du travail maritime (CTM) – contrats de travail expirés et/ou non valides, retards de paiement des salaires – alors que les marins étaient à bord depuis plus de 12 mois. Comme des centaines de milliers de marins dans le monde, les membres d'équipage ont été pris au piège des restrictions de voyage consécutives à la fermeture des frontières. Certains des ressortissants indiens présents à bord des navires de CMV avaient alerté la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) quant à leur condition de reclus. 

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Vente des actifs commerciaux 

En juillet, la compagnie se démenait pour obtenir des liquidités. À défaut, elle a été placée sous administration judiciaire. En août, elle se délestait de quelques actifs notamment dans ses activités d’agence de voyage. Faute de repreneurs, l’administrateur a finalement recommandé la vente de tous les actifs commerciaux, y compris les systèmes d’informations, base de données, portail de réservation et propriété intellectuelle et autres à une nouvelle société fondée par Christian Verhounig, son ex-dirigeant. « La pandémie mondiale a eu un impact dévastateur sur l'activité de CMV, autrefois florissante, en croissance et rentable », a déclaré l’acquéreur. « L'acquisition des actifs commerciaux constitue une première étape positive et démontre notre ferme engagement à revenir beaucoup plus fort. »

Liste des créanciers

Selon les rapports, la liste des créanciers est longue, allant des impayés de factures de carburant et arriérés de salaires aux détenteurs d'hypothèques, dont Carnival Corp. Ce qui fait dire à certains que le leader américain de la croisière, qui a été contraint lui-même de se recapitaliser, pourrait soumissionner pour trois navires, Vasco da Gama, Columbus et Magellan.

Le « vétéran » émérite de la compagnie, l'Astoria, construit en 1948, attire l’attention pour sa valeur historique. Exclu des prochaines ventes aux enchères, l'Astoria était le seul navire affrété par CMV. Il appartient à une banque portugaise suite à la faillite de son propriétaire. L’Astoria, employé depuis 2016 par le groupe britannique en France en saison estivale avec le parisien Rivages du Monde, devait être restitué en 2021. 

Cruise Maritime Voyages emploie quelque 4 000 personnes et a transporté près de 150 000 passagers pour un chiffre d’affaires de 280 M€ en 2019. La flotte devait s’étoffer de deux nouvelles unité en 2021 – Pacific Dawn et Pacific Ariar (rebaptisés Amy Johnson et Ida Pfeiffer) – acquis auprès de P&O Cruises Australia, et accroître ainsi sa capacité de 30 % pour atteindre 9 000 passagers.

CMV, qui se décrit comme la plus grande compagnie de croisières indépendante du Royaume-Uni, opérait depuis 2009 des itinéraires dits « no fly » pour les passagers nationaux au départ exclusif des ports britanniques. Spécialisée dans les itinéraires thématiques à prix compétitifs pour les seniors, elle avait fait état d’un taux de réservation de 90 % pour 2020 avant que la pandémie ne frappe.

Adeline Descamps