La crise sanitaire a permis de renouer ou renforcer le dialogue social dans les compagnies. Le syndicat CFE-CGC Marine va plus loin encore et fait des propositions pour un plan de relance post-Covid prenant mieux en compte les navigants. Il demande notamment des mesures pour lutter contre le dumping social et renforcer la formation.

« Pendant les deux derniers mois, nous avons eu une oreille beaucoup plus attentive de nos interlocuteurs, députés, administration, compagnies ». Pierre Maupoint de Vandeul, président du syndicat CFE-CGC, profite maintenant de cette écoute pour poser une contribution sur le sujet des enjeux sociaux de la politique de transports maritimes post-covid. Il a été transmis à l'administration en espérant une prise en compte dans le plan de relance maritime en préparation.

Les principales demandes portent sur les enjeux environnementaux, la CFE-CGC demandant que les aides attribuées aux armateurs soient assujetties à des conditions sur la transition écologique des navires et la réduction de leurs émissions, ainsi qu'à « une politique ambitieuse en termes d'emplois maritimes ». « Il faut que les aides de l'État aillent aux bons destinataires. La crise doit servir de filtre vis-à-vis des compagnies low cost sans emplois ni production de richesse en France », plaide Pierre Maupoint de Vandeul.

Interdire certains registres

Sur ce dernier point, il appelle à une révision des politiques sociales au niveau européen. Il s'appuie sur les propos tenus récemment par Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État chargé des Transports, qui, interrogé par des journalistes sur le contentieux Ryanair, reconnaissait que la politique sociale de la compagnie aérienne irlandaise ne constituait pas un modèle et que l'Europe de demain devait reposer sur une autre logique sociale, avec des règles du jeu communes à tous.

Le président de la CFE-CGC pointe du doigt les compagnies qui appliquent le droit social du pays dans lequel elles sont implantées mais ont leur activité en France. Suivez son regard vers Corsica Ferries... « Il n'est pas normal qu'elles bénéficient d'aides de l'État alors qu'elles n'ont aucun emploi en France. » Parmi les suggestions, le représentant syndical évoque la possibilité d'interdire purement et simplement certains registres.

Un fonds pour compenser le coût du RIF

La formation aussi est au cœur des préoccupations du syndicat. « Nous avons beaucoup d'officiers, mais peu de sous-officiers, d'électriciens... », souligne-t-il. « Il y a beaucoup de gens bilingues qui travaillent à la grande plaisance. Il faudrait les faire travailler sous RIF. »

Toujours pour renforcer le RIF, le syndicat propose que soit mis en place un dispositif destiné à soutenir les pétroliers sous pavillon français. Les compagnies étrangères assurant des services que pourraient fournir les françaises « pourraient alimenter un fonds qui redistribuerait une compensation financière aux armements français pour rééquilibrer le coût du RIF ». Les taxes pourraient ainsi éviter le dumping social et aider armateurs et État à financer la formation.

Myriam Guillemaud Silenko

 

Prolonger l'activité partielle

Les compagnies de ferries ont maintenu ces deux derniers mois leur activité de fret. Celle de transport de passagers devrait reprendre, mais progressivement. En attendant le retour à un rythme plus soutenu, la CFE-CGC Marine a demandé à la Direction des affaires maritimes le maintien du dispositif d’activité partielle « pour les secteurs sujets à interdiction ou réduction d’activité par décisions réglementaires. L’arrêt des lignes à passagers hors espace Schengen, où effectuer des relèves de navigants est impossible à cause des réglementations des différents États, nous semblent être des motifs justifiant une considération particulière de l’État. »