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Le 26 octobre, l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain a imposé des sanctions à la National Iranian Tanker Company (NITC), à la National Iranian Oil Company (NIOC) et au ministère iranien du pétrole. « Un dernier avertissement », a tonné le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Il y a à peine quelques jours, l’Amérique de Donald Trump annonçait avoir placé sur liste noire six entités chinoises et deux personnes physiques pour avoir traité avec la compagnie maritime iranienne Islamic Republic of Iran Shipping Lines (IRISL) et, dans certains cas, l'avoir aidée à se soustraire aux sanctions américaines. « Aujourd'hui, nous réitérons un avertissement : si vous faites des affaires avec IRISL, vous risquez des sanctions américaines », avait menacé le secrétaire d'État Mike Pompeo.

En pleine campagne présidentielle, alors qu’il enfile les meeting comme des perles, l’éxécutif de l’actuel président des États-Unis a encore de l’énergie pour serrer la vis à Téhéran, visant à nouveau son secteur pétrolier et ses ventes à la Syrie et au Venezuela. Le 26 octobre, le Trésor américain a complété sa liste noire de bannis avec lesquels il est interdit de commercer quand on a des intérêts américains. Il s’agit du ministère du Pétrole (sic), de la compagnie pétrolière nationale iranienne National Iranian Oil Company (NIOC) et de la National Iranian Tanker Company, déjà ostracisées par ailleurs pour leurs activités présumées en lien avec des organisations terroristes.

Retour des sanctions américaines contre des compagnies chinoises

Imbrication d’intérêts

Cette fois, l’administration américaine a dans le viseur les liens de ces intérêts pétroliers avec la Force Qods, une des branches chargées des opérations extérieures du Corps des gardiens de la révolution - Force QDs (IRGC-QF), l’armée idéologique de la République islamique.

Les sociétés iraniennes sont accusées d'avoir fait partir d'Iran plus d'une dizaine de pétroliers de brut au printemps 2019, essentiellement vers la Syrie. L’OFAC a aussi imposé des sanctions à l’homme d'affaires iranien installé au Royaume-Uni, Mahmoud Madanipour, et à quelques-unes de ses sociétés pour avoir organisé le transport de carburant au Venezuela. La société Mobin International, basée aux Émirats arabes unis, est accusée d’avoir contracté avec la société publique vénézuélienne Petroleos de Venezuela (PDVSA) et d’avoir expédié du pétrole de la NIOC au pays du vénézuelien Nicolas Maduro, également dans l’œil du cyclone américain. Les sociétés Madanipour, Mobin Holding et Oman Fuel Trading, toutes basées en Grande-Bretagne, ont également été mises sur liste noire. Ces deux dernières ont reconnu être les propriétaires des cargaisons à bord de plusieurs pétroliers confisqués par les autorités américaines en août.

2,5 millions de barils par jour en moins

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a évoqué un ultime avertissement à « la poignée de derniers acheteurs de brut iranien ». En réalité, le secrétaire d’État n’a jamais cessé d’accroître la pression. Les tensions entre Washington et Téhéran sont vives depuis que le président Donald Trump a décidé de retirer son pays unilatéralement en 2018 de l’accord multilatéral conclu en 2015 entre l’Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). L’accord dit historique devait progressivement assouplir les sanctions internationales économiques à l’égard de la République islamique en contrepartie d’engagements sur la non-prolifération nucléaire.

Les exportations ont diminué de plus de 2,5 millions de barils par jour (Mb/j) depuis que les États-Unis se sont retirés de l'accord nucléaire. Néanmoins, l'Iran s'efforce de contourner les mesures et de maintenir ses exportations. Selon la Lloyd's List, pas moins de 120 tankers opèrent actuellement sous le couvert de sanctions et utilisant diverses pratiques pour échapper à la détection. Les îles Cook, le Cameroun, le Gabon, Sao Tomé & Principe, le Honduras, Samoa, Palou, la Sierra Leone, Cormoros, Dijibouti et Belize, ont notamment retiré ces navires de leurs registres cette année.

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Des navires subterfuges

Dans un tweet, le ministre iranien du Pétrole Bijan Zanganeh, personnellement visé, ne s’est manifestement pas laissé intimidé : « Imposer des sanctions à mes collègues et à moi-même est une réaction passive à l'échec de la politique de Washington visant à réduire à zéro les exportations de pétrole brut [de l'Iran]. L'ère de l'unilatéralisme est terminée dans le monde. L'industrie pétrolière iranienne ne sera pas paralysée. »

Dans le même temps, la Tanzanie a annoncé avoir retiré son pavillon à quatre VLCC – AnahiXenia S, Elisa et le transporteur de produits pétroliers Simba –, impliqués pour « transferts illicites » de brut iranien. Ils avaient rejoint le registre africain il y a peu, après avoir changé de nom, de pavillon et de propriétaire au moins trois ou quatre fois cette année, selon les données de la Lloyd's List Intelligence. Cette décision fait suite aux adresses à l'Autorité maritime de Zanzibar par une ONG basée aux États-Unis, United Against Nuclear Iran. Le suivi AIS montre que les quatre pétroliers sont actifs principalement dans le Golfe du Moyen-Orient, avec des cargaisons expédiées d'Iran vers Fujairah, et aussi vers la Malaisie.

Iran-États-Unis : la guerre des mots en écho à la dernière salve de sanction

La présidentielle peut-elle désamorcer les tensions ?

En cas de victoire du démocrate Joe Biden le 3 novembre, qu’adviendra-t-il des relations entre Washington et Téhéran ? Le candidat américain soutient toujours l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien conclu lorsqu'il était vice-président de Barack Obama. Reste à savoir si les sanctions vont survivre à l’agenda politique…

Adeline Descamps 

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