En six mois, l’armateur allemand aura dégagé au total près de 2 Md€ pour étoffer sa flotte avec deux séries de six porte-conteneurs 23 500 EVP au GNL. Ils seront déployés sur les services exploités par THE Alliance. 

Six mois après avoir passé commande au chantier naval sud-coréen DSME de six porte-conteneurs de 23 500 EVP bicarburant avec le GNL en propulsion principale et le LSFO en carburant d’appoint, Hapag-Lloyd remet exactement la même tournée auprès du même constructeur. Alors que la livraison des premières unités est prévue entre avril et décembre 2023, celle de la nouvelle série est attendue pour 2024.    

« Hapag-Lloyd mise sur le GNL comme solution à moyen terme. Il s’agit actuellement le combustible le plus prometteur sur la voie de l'absence d'émissions », précise l’armateur allemand, désamorçant d’emblée toutes les réticences à l’égard du faible impact du GNL d’origine fossile sur le traitement des émissions de CO2 ( d'environ 15 à 25 %). Hapag-Lloyd veut croire à l’après-GNL. « L'objectif à moyen terme est de disposer de navires fonctionnant de manière neutre sur le plan climatique en utilisant du gaz naturel synthétique (GNS) »

Prêt vert

Les six navires supplémentaires ont été financés par un prêt vert syndiqué d'un montant de 852 M$, dont l'échéance est de douze ans à compter de la date de livraison. La transaction a été conclue conformément aux principes des prêts verts de la Loan Market Association (LMA) et a été vérifiée par un expert indépendant sous la forme d'une opinion secondaire de la DNV. La facilité de crédit est garantie par la Korea Trade Insurance Corporation (K-Sure), et le syndicat est composé de dix banques. 

Au total, l’ensemble des douze mégamax représentera un investissement de près 2 Md$. Les navires seront déployés sur les lignes entre Europe et Asie (services FE) dans le cadre de THE Alliance (Hapag-Lloyd, One, HMM, Yang Ming). 

Réduire les coûts d’exploitation

« Avec cet investissement dans les nouvelles constructions, nous voulons franchir une nouvelle étape dans la modernisation de notre flotte, tant en termes de taille que d’efficience sur un plan environnemental. Dans le même temps, nous voulons répondre à la demande toujours élevée et réduire nos coûts d’exploitation », explique Rolf Habben Jansen, PDG de Hapag-Lloyd.  

À l’instar de ses homologues, Hapag-Lloyd bénéficie de la période très faste pour le conteneur, porté par une poussée de la demande sans précédent et des taux de fret à des niveaux incroyablement élevés. L’armateur allemand a très bien démarré l’année avec un bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement de 1,6 Md€, un résultat d’exploitation de 1,3 Md$ et un net de 1,2 Md€. Au premier trimestre 2021, les revenus de l’armateur allemand ont augmenté d'environ 33 % pour atteindre 4,1 Md€, tirés vers le haut par un taux de fret moyen en hausse de 38 %, à 1 509 $/EVP, et en dépit de volumes en baisse de 2,6 % (3 MEVP). 

Conversion d’un panamax

Le cinquième transporteur maritime mondial de conteneurs a pris le temps de poser ses convictions quant au GNL, préconisant pendant un temps un mix énergétique, en panachant des scrubbers (donc avec du fuel à 3,5 % de teneur en soufre), du LSFO (moins de 0,5 % de soufre). Il considère en tout cas le GNL comme un carburant de transition.  

Sur le GNL, il a commencé par opter pour la conversion au GNL de l’ex-Sajir, rebaptisé Brussels Express. Le porte-conteneurs de 15 000 EVP hérité de la flotte de United Arab Shipping Company (UASC) acquise en mai 2017, avait été pensé en « LNG ready ». Après sept mois de travaux exécutés par le chantier naval Huarun Dadong Dockyard à Shanghai et un coût de 35 M$, le panamax de Hapag-Lloyd a été remis en service en avril.  Il est jusqu'à présent le seul transporteur à avoir opéré un tel ouvrage.  

Avec cette dernière commande, Hapag Lloyd – 1,781 MEVP de capacités conteneurisées et une flotte de 252 navires – rejoint le club des compagnies ayant opté pour les 23 000 EVP. Seuls ONE et Maersk n’ont pas encore cédé à la taille XXL. Le transporteur public, qui s’était abstenu pendant de longs mois de toutes commandes, dispose de 283 200 EVP en commandes répartis sur douze navires soit 12,5 % de sa capacité en exploitation.

Adeline Descamps