©Karibs Link

La compagnie guadeloupéenne porte le projet de barges polyvalentes double coque, à faible tirant d’eau, capables de transporter des conteneurs, des colis lourds, des vracs liquides et des déchets, et spécifiquement adaptés aux ports en eaux peu profondes de la zone Antilles-Guyane. Au cœur de la démarche de la jeune société, l’efficience énergétique et l’innovation commerciale. 

Économique, environnementale et sociale. La démarche de Karibs Link, jeune compagnie fondée en 2020, a été pensée pour répondre à ce tryptique. Son modèle économique vise dans un premier temps les marchés des petites Antilles mais avec l’objectif d’adresser ensuite les ports riverains de la mer des Caraïbes. Avec ses caboteurs éco-conçus, elle règle quelques problématiques environnementales. Enfin, socialement, sa proposition commerciale doit permettre de réduire les coûts de transport, qui grèvent le pouvoir d’achat des ultramarins. Aussi, les navires sont désignés pour permettre une assistance aux populations en cas de catastrophe naturelle (ouragans, séismes ou éruptions volcaniques). Ils peuvent s’échouer sur les plages et décharger par leur rampe, même en cas d’indisponibilité des infrastructures portuaires.

Au cœur du projet de la jeune compagnie, remédier à la chaîne logistique maritime énergivore et peu efficiente des Antilles, explique Jean-Stéphane Roul, diplômé de l’Hydro de Marseille. L’officier de la marine marchande, martiniquais de naissance, a démarré sur des porte-conteneurs de la CMA-CGM puis embarqué sur des navires-citernes de Green Tankers avant d’opérer un retour sur terre... dans une salle de trading pour le compte du groupe pétrolier Total à Genève puis à Houston.

« Nous avons d’un côté des îles françaises relativement bien équipées, avec des infrastructures modernes, et de l’autre de îles anglophones indépendantes, dont les infrastructures sont relativement rudimentaires, peu pourvues en moyens de manutention ou sous normées, explique le dirigeant. Les transports sont souvent effectués par de vieux navires battant pavillon de complaisance, monoproduit et effectuant de nombreux trajets avec de faibles taux de remplissage, car conçus pour des installations portuaires plus profondes. »

C’est ce constat qui a servi de base à la conception d’un « navire multiproduits, adapté à une exploitation souple et permettant de passer d’une île à l’autre en conservant une haute qualité de service. »

Prêts pour la norme IMO Tier 3

Les navires en projet de Karibs Link, identifiés sous l’appellation de Karibs Unit, navigueront sous pavillon français et pourront se substituer à quatre unités classiques. Grâce à leurs spécificités adaptées à leurs zones de navigation et au transport multiproduits, le ratio entre les tonnes transportées et la consommation de carburant sera nettement amélioré à chaque voyage, assure la société. A fortiori par rapport aux navires en opération actuellement sur zone, dont la mise en service date d’une trentaine d’années. 

Équipés de moteurs diesel à injection directe (mais configurés pour que des piles à hydrogène puissent être installées à bord) et dotés de pots catalytiques SCR, ils devanceront la norme IMO Tier 3, pourtant pas obligatoire en mer des Antilles, ce qui implique de consommer des carburants cinq fois moins soufrés que leurs concurrents. Ils seront en outre dotés de citernes double-coque et pourront collecter huiles usagées et eaux chargées de mazout.

« Il n’est pas possible d’exploiter en mer de Caraïbes un navire de charge doté de techniques innovantes, comme la propulsion vélique, dont les surcoûts de construction et d’exploitation obligent à cibler des cargaisons à haute valeur ajoutée. Ces technologies nécessitent aussi des compétences que l’on ne trouve pas dans les ports que nous desservirons », arbitre Jean-Stéphane Roul. D’où le recours à une propulsion plus classique : si, sur une traversée transocéanique, la majorité des émissions vient de la propulsion, ce n’est pas le cas pour du cabotage entre des îles éloignées de quelques dizaines de milles seulement, pour lequel les émissions polluantes viennent majoritairement de la génération électrique.

Manutention innovante mais peu détaillée

Les navires afficheront un tirant d’eau inférieur à 4 m pour une longueur de 70 m et une capacité de 1 300 t de port en lourd. La partie manutention est présentée comme la plus innovante par Jean-Stéphane Roul, pourtant peu loquace sur ce point : « c’est une vraie rupture avec un mélange de ro-ro et de lo-lo afin d’éviter d’embarquer les châssis, car il faut être très efficace sur la manutention pour faire des sauts de puces entre les îles tout en respectant les horaires prévus. » 

Actuellement en phase de levée de fonds, Karibs Link espère réunir rapidement les 2,5 M€ nécessaires pour lancer début 2023 la construction de son premier navire avec un objectif de livraison fin 2023. Selon les plans de la société, la construction du deuxième Karibs Unit pourrait être lancée dès la mi-2023. La société estime à 36 le nombre d’emplois directs qu’elle pourrait créer.

Étienne Berrier