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Lors du Conseil d’administration de la Méridionale le 23 avril, la compagnie maritime a modifié ses statuts pour dissocier la présidence de la direction générale. À compter du 1er juillet, Marc Reverchon sera président et Benoît Dehaye devient directeur général. Christine Cabau-Woehrel, en qualité d’administratrice indépendante, et Alexandre Suzzoni, représentant l’actionnaire STEF, intègrent le conseil d’administration.

Marc Reverchon occupe les fonctions de président et de directeur général de la Méridionale depuis 2014. À 68 ans, il scrute l’horizon et songe à larguer les amarres… Certes, pas tout de suite même si Benoît Dehaye est full speed. Son directeur général délégué a pris du galon depuis le 23 avril. En devenant directeur général, il déleste de quelques responsabilités Marc Reverchon qui conserve la fonction de président dans le cadre d’une transition en douceur voulue par les deux hommes.

Benoît Dehaye tient déjà une partie des manettes depuis 2019. Les négociations sur la DSP avec Corsica Linea virent alors au fiasco. Il met de l’huile dans les rouages mais la tension est trop forte. Marc Reverchon tient tête aux repreneurs de la SNCM dans ce bras de fer. Une tension extrême. Le partenariat prend l’eau. Chacune des compagnies suit donc son sillage en répondant séparément à l’appel d’offre aboutissant à l’éviction de la Méridionale en octobre 2029 des principaux ports de Corse.

Navigation toujours difficile en Corse

Polytechnicien, ingénieur des ponts et chaussées, Marc Reverchon a fait carrière entre la Joliette et Arenc. Directeur du port de Marseille, il traverse la rue pour devenir directeur général de la Méridionale et cumule les mandats : président de l’UMF, élu consulaire et premier président du Conseil de développement portuaire, un organe dont il avait lui-même suggéré la création dans un rapport en pleine réforme des ports autonomes. 

S’il s’est battu de haute lutte pour réformer les ports français, il a « mouillé la chemise », comme il se plaît à le dire en 2006. À cette époque l’État privatise la SNCM et fait entrer Connex puis Véolia au capital. Autant dire, un loup dans la bergerie. Véolia non contente de dévorer à pleines dents la compagnie publique, fait valoir un pacte d’actionnaire avec Stef-TFE pour l’envoyer dans les abysses. L’audace de Véolia va jusqu’à répondre à l’appel d’offres sur la Corse avec les cargos-mixtes de la Méridionale employant le magnifique sigle TBN. Dans cette bataille navale sans nom, Marc Reverchon sort de ses gonds. Et que dire du capitaine d’industrie breton Francis Lemor, Pdg de Stef-TFE, furibond à l’idée de perdre sa danseuse ?

L’affaire ira devant les tribunaux et l’autorité de la concurrence conclura à l’abus de position dominante de la SNCM. Une situation dont l’apogée avait été l’association de la Méridionale avec Corsica Ferries. Aujourd’hui, la compagnie n’a toujours pas retrouvé les eaux calmes. Pour survivre, elle n’a eu d’autre choix que de tenter sa chance, fin 2020, sur un autre marché que la Corse en inaugurant une ligne ropax entre Marseille et Tanger. Ligne dont l’équilibre économique est aujourd’hui fragilisé par les conséquences de la pandémie.

Christine Cabau-Woehrel entre au conseil d’administration

Marseille et le Maroc, une histoire ancienne qui n’a jamais réellement abouti. C’est probablement poussé par des enjeux de développement stratégique et marketing sur le marché marocain et la nécessité de retrouver le chemin de la rentabilité que la Méridionale a proposé à deux personnalités qualifiées de se joindre au conseil d’administration.

Christine Cabau-Woehrel, à la tête des actifs et opérations du groupe CMA CGM, ex-présidente du directoire de Dunkerque et de Marseille-Fos, a accepté la proposition de STEF. « Je vais apporter mon expertise et dynamiser le conseil d’administration. J’ai bien connu la Méridionale lorsque j’étais à la direction du port de Marseille. Je vais tout faire pour les aider », a réagi Christine Cabau-Woehrel. Interrogée sur une éventuelle incompatibilité avec son employeur actuel, non seulement elle réfute cette hypothèse mais laisse entendre l’éventualité de synergies. Une position partagée par Marc Reverchon, évoquant notamment l’apport de Ceva, filiale transit et logistique de CMA CGM.

Francis Lemor, toujours au CA mais en tant que conseils

Haut dirigeant du groupe STEF chargé de l’activité Restauration hors domicile, Alexandre de Suzzoni a deux atouts dans sa manche. Originaire de Corse il connaît également le Maroc pour avoir dirigé en 2003 la distribution de la Régie Marocaine des Tabacs.

L’arrivée de ces deux administrateurs sera votée lors de l’assemblée générale du 23 juin. Robert de Lambilly, ex-PDG de la Méridionale et Francis Lemor continueront de siéger au conseil d’administration mais en qualité de censeurs, c’est-à-dire de conseils, sans droit de vote. À compter du 1er juillet, Marc Reverchon et Benoît Dehaye prendront officiellement leurs nouvelles fonctions, fixant toujours le même cap : réussir leur percée sur le Maroc et remporter la prochaine DSP « longue » sur la Corse, afin de retrouver des eaux plus calmes.

Nathalie Bureau du Colombier