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Durant le second semestre 2019, la flotte de transport sous les registres nationaux a gagné onze unités mais accusé deux sorties. La Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer attend surtout avec impatience la série de neuf porte-conteneurs de 22 000 EVP de CMA CGM, portant des noms de quartiers de Paris, pour gonfler les effectifs du Rif.

La force d’un pavillon ne repose pas tant sur ses entrées et sorties mais celles-ci restent un baromètre de son attractivité. Un indicateur décomplexe : rares sont les pays – 10 des 35 premiers pays armateurs – où le nombre de navires battant pavillon national représente plus de la moitié de leur flotte. Et un autre défie toute arrogance : plus de 70 % de la flotte (en tonnage) est enregistrée sous un pavillon étranger. Les cinq premiers pavillons (Panama, Îles Marshall, Liberia, Hong Kong et Singapour) regroupent à eux seuls 59,2 % du tonnage mondial. 

Avec les 428 navires de plus de 100 UMS composant la flotte de commerce* du pavillon national – 186 de transport et 242 services maritimes – la France se situait au 29e rang mondial par pavillon et au 22e rang mondial en tant que pays propriétaire. Par catégories de navires, ce sont les ro-pax (46 unités), les pétroliers (36) et les porte-conteneurs (30) qui représentent les plus gros effectifs du pavillon tricolore.

Par compagnies, Euronav (7 des 42 VLCC sous pavillon français), CMA CGM (pour les porte-conteneurs), Ponant (pour les paquebots), Brittany Ferries (ferry), Bourbon (navires offshore) et Socatra (tankers) apparaissent comme étant les principaux clients. Mais rapportés au nombre d’unités composant leur flotte respective, les armateurs français paraissent moins « patriotes », exceptés Brittany Ferries et Ponant, dont tous les actifs sont enregistrés sous un des régimes français. Réparti entre les différents registres d’immatriculation, le pavillon national de transport comprend 87 navires inscrits au Registre international français (Rif), 61 au registre métropolitain et 38 aux registres d’Outre-mer, dont 22 en Polynésie française. Pour la flotte de services maritimes, 95 sont inscrits au RIF, 132 au registre métropolitain et 15 aux registres d’Outre-mer.

Toute la filière maritime, au chevet du Rif

Neuf gains

Au second semestre 2019, le bataillon des navires de transport a donc gagné onze unités mais connu deux sorties tandis que les services maritimes ont enregistré huit entrées pour quatre sorties (cf. détail plus bas). Les statistiques publiées tous les six mois par la direction des affaires maritimes du ministère de la Transition écologique ne délivrent pas toujours des résultats aussi flatteurs pour le pavillon national. 

La croissance sur l’année 2019 reste inédite. Le bataillon national avait plutôt tendance à mettre le drapeau en berne ces dernières années, ayant perdu 20 % de ses effectifs en une décennie.​ Or en un an, entre le 1er janvier 2019 et 2020, la flotte de commerce est passée de 170 à 186 unités et de 5,71 à 6 millions de tpl.

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Les trois futurs VLCC d’Euronav dans le viseur 

La flotte pétrolière et gazière, où les 37 sur 42 navires sont inscrits au RI, a accueilli le second pétrolier-chimiquier neuf de Socatra : le Sedna (7 950 tpl), immatriculé sous le Rif. L’armateur bordelais avait déjà, au premier semestre, contribué à étoffer la flotte française avec son transporteur de produits pétroliers Hydra, également immatriculé au Rif. Le second semestre a aussi été animé par les mouvements du ship manager V Shipss France, qui a basculé le DHT Europe sous pavillon des Îles Marshall mais passé sous Rif le DHT Sundarbans.

Le pavillon français devrait s’enrichir en 2021 des trois transporteurs de GNL neufs, tous sous Rif, les LNG Adventure, LNG Enterprise et LNG Endurance en cours de construction chez Samsung Heavy en Corée du Sud. L’armement de ces méthaniers et leur gestion sont assurés par Gazocéan, qui gère déjà trois méthaniers exploités sous rif, les LNG Unity (ex-Provalys), LNG Alliance (ex-Gaselys) et le Global Energy. Ils font l’objet de différents affrètements, dont deux par Edison, filiale italienne du groupe français EDF et trois par Total

La direction des affaires maritimes lorgne désormais sur les trois futurs VLCC d’Euronav qui ont été commandés à l’autre chantier naval sud-coréen DSME.

 

Pourquoi le RIF peine à convaincre ​

Neuf inscriptions majeures à venir dans la flotte de charge

Au niveau de la flotte de charge (vraquiers, cargos, rouliers, porte-conteneurs), c’est CMA CGM qui animé le segment : l’armateur français a réceptionné le porte-conteneur reefer neuf CMA-CGM Fort Fleur d’Épée (3 504 EVP), immatriculé au RIF mais a dépavillonné le CMA-CGM Fort Sainte-Marie pour le pavillon maltais. Durant le premier semestre, la compagnie avait passé sous le Rif quatre porte-conteneurs précédemment sous les couleurs de l'Union Jack : les CMA-CGM Titus, CMA-CGM Saint-Laurent, CMA-CGM Cayenne et CMA-CGM Marseille mais dans le même temps, deux unités avaient quitté le drapeau français pour celui de Malte : les CMA-CGM Fort Saint-Pierre et CMA-CGM Fort Saint-Georges. En juillet également, le Capo Pinto du cimentier Vicat, a rejoint le RIF.

Neuf inscriptions majeures devraient garnir le panier : les chantiers navals chinois doivent livrer, à partir de cette année, les premiers des neuf porte-conteneurs de 22 000 EVP au GNL commandés par la CMA-CGM. Portant tous des noms de quartiers de Paris – Champs Élysées, Concorde, Louvre, Montmartre, Palais Royal Rivoli, Sorbonne, Trocadéro – ils seront tous immatriculés au Rif.

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Des dynamiques dans le passager si la conjoncture ne contrarie pas les plans

Quant au passager, le segment compte sept navires de plus au 1er janvier 2020. Parmi les faits marquants du secteur : l’immatriculation du Connemara, sous contrat d'affrètement pour Brittany Ferries, est passé sous registre Métropole DOM en novembre dernier. L’année 2020 devrait accueillir les deux yachts d’expédition de Ponant, les Bellot et Surville, qui seront immatriculés sous registre Wallis et Futuna. En 2021, la compagnie de croisière de luxe mettra en service le Ponant Icebreaker, un brise-glace doté d’une coque Classe polaire.

Parmi les inscriptions espérées, le Honfleur, ro-pax au GNL de Brittany Ferries, destiné à être exploité entre Ouistreham et Portsmouth mais dont la construction a pris du retard en raison des difficultés financière du chantier allemand FSG de Flenburg. Brittany Ferries doit aussi recevoir des chantiers chinois Avic Weihai trois sisterships pour la ligne entre Grande-Bretagne et Espagne : le Galicia fin 2020, le Salamanca en 2021 et le Santoña en 2023.

La DAM attend aussi beaucoup du A-Nepita (ex-Superfast X), affrété par Corsica Linea et actuellement sous pavillon britannique. Ce ro-pax entretient une longue histoire avec le pavillon français puisqu'il a été immatriculé sous le nom de Jean Nicoli de 2007 à 2012, sous Seafrance Molière puis Molière de 2012 à 2015.

Enfin, la compagnie danoise DFDS a commandé un navire qui rejoindra la flotte française en 2021 et en fonction de la conjoncture viendra en complément du Calais Seaways ou s’y substituera...

Adeline Descamps

*La flotte de commerce comprend une flotte de transport – pétroliers et gaziers, navires de charge, navires à passagers – et une flotte de services maritimes (navires spécialisés, offshore et certains navires portuaires et côtiers).

 

La flotte sous pavillon français au 1er janvier 2020 

➡ 428 navires d’une jauge brute de plus de 100 UMS, dont 186 de transport et 242 de services maritimes

➡ Âge moyen de 10,1 ans (flotte mondiale : 17,4 ans, flotte de l'Union européenne : 15,5 ans)

➡ Sur les six derniers mois de l’année 2019, la flotte pétrolière et gazière a connu deux entrées pour une sortie. Elle compte 36 pétroliers et 7 gaziers. L'effectif augmente de 2,4%, la hausse de la jauge brute et du port en lourd est plus modérée avec respectivement 0,3 % et 0,6 %. La plupart sont immatriculés au RIF, et seuls cinq transporteurs de produits sont inscrits au premier registre.

➡ La flotte de charge compte 67 navires au 1er janvier 2020 et a enregistré deux entrées pour une sortie ce semestre. La hausse est plus modérée pour les autres indicateurs avec 0,5 % pour la jauge brute et de 0,4 % pour le port en lourd. Deux entrées ont été enregistrées au second semestre 2019 contre une sortie.

➡ La flotte des services maritimes compte 242 uniés avec huit entrées contre quatre sorties soit une progression de 1,7 % en nombre mais une baisse de 4,1 % en jauge. 

➡ La flotte des navires à passagers s’établit à 76 unités. Deux ont été immatriculés au cours du second semestre 2019. On en compte sept de plus au 1er janvier 2020.