Le Royaume-Uni entend s'imposer comme le leader en matière de transport maritime rendu neutre en carbone avant l'heure. En dehors de l'UE...L'agenda international a imposé son rythme à la London International Shipping Week, où plus de 200 événements ont attiré du 9 au 13 septembre quelque 20 000 professionnels du secteur maritime de 150 pays. 

Dans son discours d’ouverture à la conférence de la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), le secrétaire général de l'OMI, Kitack Lim, a rappelé l'engagement pris par l'ONU en avril 2018 de réduire d'au moins 50 % (par rapport aux niveaux de 2008) d'ici 2050 les émissions totales de gaz à effet de serre (GES) du secteur maritime et appelé à « une vision ambitieuse » du futur nécessitant une « nouvelle révolution dans la propulsion des navires »

Emanuele Grimaldi, vice-président de l'ICS, président et directeur général du groupe Grimaldi, qui a rebaptisé l'engagement de l'OMI en matière de GES en « Accord de Paris pour le transport maritime », estime aussi vivre la plus importante révolution depuis le passage de la voile à la vapeur. « Comme dans toutes les entreprises, les gagnants seront ceux qui identifieront les opportunités et prendront les bonnes décisions ».

Lors de la London International Shipping Week, une grande partie des discussions a en effet porté sur les carburants alternatifs au fuel lourd pour réduire les émissions de GES, ainsi que sur les échéanciers à respecter. « Les carburants à émissions nulles devraient atteindre leur maturité dans 10 à 15 ans », a déclaré le professeur Paul Elkins de l'University College London.

Le GNL continue de diviser

Le GNL fait toujours l'objet d'âpres discussions, certains s'interrogeant encore sur les avantages d'investir dans un combustible qui répond aux exigences de l'OMI 2020 sur le soufre, mais ne répond que partiellement à la problématique CO2 puisqu' il est estimé qu'il ne permettrait d'éradiquer ses émissions qu'à hauteur de 20 % par rapport aux carburants marins existants.

Cependant, dans son nouveau rapport Prévisions maritimes à l'horizon 2050, DNV GL reste un ardent défenseur de cette énergie, qui, exploité actuellement par 350 navires – 170 en exploitation et 180 en commande – n'a pas encore atteint le niveau (« le point de basculement », « tipping point ») qui permettrait une adoption plus large, estime-t-elle.

Le GNL reste une technologie de transition vers un transport maritime décarboné, estime aussi le CEO Knut Ørbeck-Nilssen de DNV GL-Maritime. À court terme, avec les améliorations actuellement disponibles en matière d'efficacité des navires, il pourrait contribuer à respecter l'engagement de l'OMI de réduction de l'intensité carbone de 40 % d'ici 2030 tandis qu'à plus long terme, la société gage que l'on puisse faire évoluer les navires fonctionnant au GNL pour les rendre éligibles à l'usage du biogaz (principalement du méthane) puis du gaz synthétique comme l'ammoniac (hydrogène et azote) qui, si fabriqué à partir d'énergies renouvelables, serait neutre en carbone.

Le RU reprend le lead 

Pour sa part, le Royaume-Uni essaie désormais de se positionner – en dehors de l'UE – comme un leader dans un transport maritime rendu neutre en carbone, ayant déjà été l'une des premières économies à s'inscrire en phase avec les objectifs assignés par l'OMI dès 2008, a rappelé Nusrat Ghani, Ministre des affaires maritimes, lors de l'événement. Un créneau sur lequel il commence à y avoir du monde. Le président français Emmanuel Macron semble aussi l'avoir investi. Il a en tout cas formalisé implicitement l'intention lors du G7 à Biarritz fin août en relançant l'initiative pour la rédaction de la vitesse comme un remède-panacée efficace à court terme et peu coûteux. 

Cette année, le Royaume-Uni a déjà lancé un vaste plan maritime dans ce sens, intégrant des incitations financières vertes, et pendant le LISW, Nusrat Ghani a annoncé que Glasgow avait été choisi pour accueillir le prochain grand sommet des Nations unies sur le changement climatique (COP26) en novembre 2020. 

Robert Jaques