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L’économie chinoise vacille. Après la publication des données douanières, qui témoignent d’une détérioration des importations pour la plupart des matières premières et énergies et du ralentissement de l’activité manufacturière, les ports manifestent à leur tour des signes d’essoufflement alors que la congestion s’aggrave.

La Chine, dont tous les indicateurs économiques (croissance, importations, exportations...) vacillent, doit également déplorer une baisse de régime dans ses ports. Au cours du premier trimestre, le trafic a connu une croissance limitée à 2 % par rapport au premier trimestre 2021, selon le consultant néerlandais Dynamar.

De janvier à mars 2022, les ports chinois ont traité 74,9 MEVP, dont 67,4 MEVP ont transité par des ports maritimes, tandis que 7,56 MEVP ont été traités par des ports fluviaux (les ports maritimes traitent des volumes non négligeables de fret fluvial et certains ports fluviaux traitent également des conteneurs maritimes).

La hausse de 18 % de Dalian, qui avait perdu de l’attractivité ces dernières années, est notable. Le plus grand débouché du pays, Shanghai, a vu ses flux augmenter de 8 % pour atteindre 12,3 MEVP. En revanche, Shenzhen, qui a dû faire face à des mesures sanitaires au cours du premier trimestre, a perdu 10 % de ses volumes. Il est probable que le confinement auquel est soumis depuis un mois le premier port mondial, Shanghai, se matérialise de la même façon dans les résultats de trafic du second trimestre. 

Le plus grand port fluvial, Suzhou, est en croissance de 14 % pour avoir traité 2,05 MEVP. Nantong, le plus petit des trois premiers ports fluviaux chinois, a vu son trafic baisser de 11 %, à 410 000 EVP

Trafic des principaux ports chinois au cours du premier trimestre (Données Dynamar) ©JMM  

Chute inattendue des importations de la Chine

Congestion, toujours importante

Bien que l'année dernière ait semblé être l'année des records du point de vue de la congestion portuaire, le premier trimestre de l'année s'est accompagné d'une tendance générale à la hausse du nombre de navires en attente dans les ports du monde entier. Près de 4 700 navires, soit 150 navires de plus que le niveau observé au cours des trois premiers mois de 2021, patientaient au large, selon les datas de Signal Ocean. Le pic de congestion observé cette année a été atteint le 23 mars avec 4 867 navires, tandis qu’en 2021, le seuil des 5 000 avait été approché en octobre.

La gestion des flux s’est particulièrement dégradée dans les ports chinois, où la politique zéro Covid créé de graves perturbations pour l'approvisionnement des produits consommés et des matières premières.

Inquiétante congestion des vraquiers

La congestion portuaire est prégnante pour les vraquiers, indique encore Signal Ocean. Tianjin, Santos, Ningbo et Port Hedland semblent être les points chauds. Mais globalement, les ports chinois dominent dans ce classement des retards observés pour les vraquiers.

La forte augmentation du nombre total de vraquiers congestionnés dans les ports chinois au cours de la troisième semaine d'avril est principalement le fait des panamax alors qu’une semaine auparavant, les handysize et supramax étaient particulièrement concernés. Il y aurait 140 capesize, 290 panamax et 278 handysize. Plus inquiétant, ils ont augmenté plus ou moins de 10 % d’une semaine à l’autre. 

118 jours

Selon le baromètre Ocean Timeliness Indicator (OTI) du transitaire Flexport, il faudrait désormais 118 jours en moyenne entre la porte d’un chargeur chinois et la sortie d’un port en Europe, deux fois plus qu’il y a un an. Il y a un an, ce délai était d'environ la moitié.

La situation s’est dégradée sur le trafic Asie-Europe du Nord depuis le début de l’année, comme en témoignent les données de la plateforme de données Project44 (cf. données plus bas) sur les retards des navires au départ des trois grands ports chinois vers Rotterdam et Hambourg. S’ils étaient limités en janvier, ils n'ont cessé d'augmenter, atteignant 15,7 jours en mars entre Shenzhen (Yantian) et Hambourg et 11 à 12 jours depuis Shanghai vers Rotterdam ou Hambourg.

Retards observés de Yantian, Shenzhen et Shanghai vers Rotterdam et Hambourg durant le premier trimestre 2022 (données Project44) ©JMM

Les ports et l'activité manufacturière sanctionnés par les confinements en Chine

Crise politique et sociale à venir en Chine ?

Le noeud gordien en chine reste le confinement généralisé de Shanghai depuis quasiment un mois où la stratégie zéro Covid commence à provoquer des manifestations d’humeur parmi les 26 millions d’habitants et à cisailler le ciment politique à six mois du XXe congrès du Parti communiste, au cours duquel le président Xi Jinping briguera un troisième mandat.

La Chine a mis un pied à genou à terre dans le plus grand port mondial, bastion triomphant du modèle communiste. Et un quart de la population chinoise, soit 373 millions de personnes, est en confinement plus ou moins strict. La faible vaccination de la population chinoise inquiète : seuls 38 % des plus de 60 ans ont un schéma vaccinal complet à Shanghai.

Pas d’impact significatif sur les blank sailing

Selon les calculs de Sea-Intelligence, pour l’heure, le nombre de blank sailing n’a pas augmenté en 2022. Il serait même moins élevé que dans le cas d’une situation comparable, à savoir Yantian en 2021, où le confinement avait été toutefois plus strict encore qu’à Shanghai. Quelle que soit la route maritime, le cabinet danois ne note pour l’instant aucun impact significatif sur ce paramètre. 

« Cela dit, nous pourrions encore être dans une phase précoce de lockdown à Shanghai, et si les fermetures d'usines persistent, il est fort probable que le nombre d’annulations de traversées commencera à augmenter dans les semaines à venir. »

Adeline Descamps