Le groupe de services maritimes pour l’offshore pétrolier et gazier continue de subir les effets de la chute des investissements pétroliers.

 

Le spécialiste des services maritimes à l’industrie pétrolière Bourbon traverse une situation financière très difficile et qui s’étire. Et les derniers résultats semestriels ne contrarient pas le mauvais sort. Il a frôlé la cessation d'exploitation.

En 2017, déjà, le groupe marseillais, présidé par Jacques de Chateauvieux et dirigée par Gaël Bodénès, avait fortement creusé ses pertes (576,3 M€) et ses capitaux propres (quasiment divisés par deux). En fin d'année dernière, il devait même indiquer qu’il n’était plus en mesure de respecter plusieurs de ses engagements financiers (« covenants ») vis-à-vis de ses créanciers si bien qu’il avait dû engager des discussions afin qu’ils acceptent de ne pas exiger le remboursement de leurs crédits immédiatement.

Bourbon opère depuis plusieurs années désormais dans un environnement contraignant marqué par l'effondrement des cours du brut il y a trois ans et demi, qui a forcé les compagnies pétrolières à tailler dans leurs dépenses.

Et depuis le début de l’année, cela ne s’arrange pas vraiment. Le groupe coté en bourse publie des résultats en zone rouge. Au premier trimestre, le chiffre d'affaires était en repli de 13,2 % à 157,6 M€, pénalisé par la baisse de l'activité dans les opérations sous-marines.

« L’affaiblissement du dollar par rapport à l'euro mais aussi la surcapacité de navires ont pesé sur le chiffre d'affaires du trimestre », soulignait le groupe qui anticipait une faiblesse de l'activité des navires servant les travaux de construction, estimant que « la croissance des investissements dans le secteur offshore ne devrait intervenir que très progressivement à partir de 2019 ».

Dégradation 

Á la présentation des résultats semestriels, les marchés n’ont pas été plus cléments. L’ensemble des indicateurs a continué à se dégrader sur les six premiers mois de l’année par rapport au second semestre 2017.

L’entreprise a réalisé un chiffre d'affaires ajusté de 340,1 M€, en retrait de 9,6 % à taux de change constants, principalement impacté par la baisse des tarifs et un point bas de sa branche Bourbon Subsea Services (57,4 M€ contre 95,7 M€ enregistrés à période comparable en 2017). Bourbon affiche toujours de lourdes pertes opérationnelle (-158 M€) et nette (- 197,1 M€). La dette nette représente 3 fois ses capitaux propres, tombés à 453 M€ à fin juin (- 30 %). Grâce au non-paiement des loyers de location coque nue (négocié avec ses créanciers), le groupe a pu réduire légèrement son endettement, à 1,34 Md€ par rapport à fin 2017.

Taux d'utilisation des navires stable

Malgré tout, les taux d'utilisation moyens des navires se maintiennent (- 0,8 %) toutefois à 52,7 % contre 53,5 % au second semestre 2017. Sur la période, le nombre de navires désarmés s’est établi à 184,7 (ETP) pour une flotte totale de 505 navires. Une stabilisation reflétant une progressive remise en service des navires et la mise en oeuvre du plan de cession des navires non stratégiques, fait valoir le groupe.

Le tarif journalier moyen s’est en revanche dégradé de près de 7 % : de 7 888 $/j contre 8 453 $/j. Il était à 8 179 $ à l’issue du premier trimestre.

Obtention d’une continuité d’exploitation

Si un waiver général a pu être signé avec les crédit-bailleurs et créanciers représentant l'essentiel de la dette du groupe l'autorisant à différer le paiement de ses loyers et le service de sa dette, une incertitude « significative », selon les termes du groupe, continue de peser sur sa continuité d’exploitation, du fait de son niveau d'endettement rapporté à la faible génération de cash.

En attendant, il a obtenu le maintien de « la convention de continuité d'exploitation », ayant convaincu sur sa « recherche active de nouveaux partenaires financiers » et rassuré, quant à sa trésorerie « qui permet de faire face à ses besoins courants d'exploitation durant les 12 mois à venir ».

Perspectives ?

 Malgré un prix du baril stabilisé au-delà des 65-70$, la reprise des investissements des groupes pétroliers dans les projets à l'offshore reste pourtant faible.

« Le marché des services maritimes va continuer à être affecté par des prix durablement bas, lourdement impactés par la surcapacité persistante de navires supply sur le marché. La flotte mondiale de navires désarmés est en effet évaluée à plus de 1 000 navires qui pourraient mettre 3 ans à reprendre les opérations. La remontée des tarifs d'affrètement est donc attendue à moyen terme », indique le groupe qui s’est réorganisé en trois sociétés distinctes : Bourbon Marine & Logistics, Bourbon Subsea Services et Bourbon Mobility, selon un plan d’action baptisée #BourbonInmotion, qui vise à rendre la flotte « smart ».

En 2017, Bourbon a réalisé un chiffre d'affaires de 860,6 MEUR et opérait une flotte de 508 navires.

--- Adeline Descamps ---

 

 

 

Bourbon Marine & Logistics : Environnement toujours bridé mais ...

Les résultats du semestre pour la division Marine & Logistics, "reflètent des conditions de marché toujours difficiles, affectées par la surcapacité de navires continuant à brider notre capacité à remonter les tarifs. Les coûts restent bien maîtrisés (en baisse de 6 % par rapport au semestre précédent) et démontrent un fort engagement des équipes quant à l'efficacité des opérations", indique le groupe dans son rapport financier semestriel. 

Il voit dans les taux d'utilisation moyens des navires (130 navires en opération), en très légère hausse à 51,9 % par rapport à 51,1 % au 2e semestre 2017, portés par l'activité de l'offshore profond dont les taux sont en hausse de près de 2 points les signes d'une amélioration du marché. Et dans la reprise des appels d'offres, un indicateur de bon augure pour 2019.

Le chiffre d'affaires ajusté (182,3 M€) reste en baisse, d'environ 8 % par rapport au semestre précédent, principalement dû à une baisse de 4 % des tarifs journaliers moyens, plus marquée encore dans l'offshore profond (- 5 %).

 

 

 

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