Le transport de GNL est tiré par plusieurs facteurs favorables.

 

Trop tôt ou trop tard. Le boom du commerce de GNL est un fait. Il a enregistré en 2017 sa troisième année record consécutive. Les nombreux projets d'investissements devraient inévitablement doper la demande de transport maritime mais tout repose sur le bon timing de façon à ajuster la capacité de la flotte avec la demande de transport. Or, période charnière de faible croissance à prévoir.

 

Le GNL s'imposerait-il comme le combustible de choix sur les marchés du monde entier ? Après une croissance régulière ces dernières années, le commerce mondial de GNL a atteint 293,1 Mt en 2017, soit une augmentation de 12 % et de 35,2 Mt par rapport à 2016, selon le World LNG Report, la publication de référence sur l'évolution de l'industrie du GNL, présenté en juin dernier lors de la Conférence mondiale sur le gaz à Washington. Il s'agit, note le rapport, de la 3e année record consécutive et la plus forte croissance annuelle depuis 2010. En 2017, la croissance du commerce mondial s'est de surcroît produite sans l'arrivée de nouveaux entrants majeurs sur le marché mondial du GNL.

L'augmentation tant de l'offre que de la demande ont contribué à la dynamique du marché. Prix bas et flexibilité des installations flottantes de stockage et de regazéification (FSRU) ont fait le reste (cf données plus bas). Côté offre, l'Australie (11,9 Mt produits en 2017 notamment par Australia Pacific LNG et Gorgon LNG ) et les Etats-Unis (10,2 Mt, entièrement attribuables à Sabine Pass LNG) ont été parmi les plus actifs pour mettre en service de nouvelles capacités. Remarquable, au sens littéral du terme dans la mesure où pour produire 1 Mtpa de GNL, il faut investir en moyenne 1 milliard de dollars (selon Royal Dutch Shell, le premier négociant mondial de GNL sur les perspectives du secteur). 

En Louisiane, la quatrième unité du site de liquéfaction de Sabine Pass, qui a atteint sa pleine production en septembre 2017, a porté à 29 milliards de m3 par an la capacité de liquéfaction de gaz des États-Unis (hors Alaska, Hawaï et territoires américains d’outre-mer) selon l’EIA (U.S. Energy Information Administration). Une cinquième unité de liquéfaction est en construction sur le site de Sabine Pass. Dans l’État du Maryland, l’usine de liquéfaction de Cove Point vient d'entrer en opération. L’EIA fait état de 4 autres projets en cours dont la mise en service est prévue d’ici à fin 2019 : Elba Island LNG (Géorgie), Freeport LNG, Corpus Cristi (Texas) et Cameron LNG (Louisiane). Ainsi, les États-Unis devraient tripler le niveau de leurs capacités totales d’exportation de GNL d’ici à fin 2019 (de l'ordre de 100 milliards de m3 de gaz par an).

Seconde révolution gazière aux États-Unis 

Déjà premiers producteurs mondiaux de gaz naturel (750 milliards de m3 en 2016 selon BP), les Etats-Unis vivent le GNL comme « une seconde révolution » gazière (après le schiste) selon les termes de Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. Selon l'agence internationale de l'énergie, d'ici à 2022, plus de la moitié de la hausse de production gazière américaine pourrait être exportée sous forme liquéfiée. De là à devenir un des principaux exportateurs mondiaux de GNL ? Le Qatar reste toutefois le premier exportateur mondial avec une liquéfaction de 81 Mt en 2017.

Les principaux moteurs de la demande restent les pays de l'Asie-Pacifique, la Chine ayant contribué au total à hauteur de 12,7 Mt d'importations en 2017, soit la plus forte croissance annuelle jamais enregistrée par un seul pays et à elle seule plus que trois autres "gros" contributeurs : la Corée du Sud, le Pakistan et la Turquie cumulant 11,9 Mt d'importations. La Chine est dans la droite ligne de ce qu’a été mis en avant lors du 19e congrès quinquennal du Parti communiste chinois, où le président Xi Jinping, déclarant la guerre aux pollutions pour "améliorer la qualité de l'air urbain dans tout le pays", veut "écologiser" ses industries, à commencer par la conversion du charbon en gaz. 
 

Les rapports de force évoluent

S’exprimant sur le sujet le 9 août 2018, le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a rappelé qu’il attendait des prix plus « compétitifs » pour faire des Etats-Unis un partenaire stratégique pour ses approvisionnements. Les importations de GNL vers l’Europe devraient augmenter de 20 % d’ici 2040 selon l’Agence internationale de l’énergie. Avec seulement 2,8 milliards de m3 achetés en 2017, sur un total consommé en Europe de de 55 milliards de m3, le GNL "américain" reste faible dans l’approvisionnement européen, dépendant pour un tiers de la Russie mais dont la production décline. Raison pour laquelle l’UE souhaite développe de nouvelles capacités de traitement en mer Adriatique, Baltique, et Méditerranée. Toutefois, près de 40 méthaniers en provenance des Etats-Unis auraient accostés en Europe ces deux dernières années.

Méthaniers en commandes : Le délicat équilibre 

Selon Andrew Buckland, analyste spécialisé dans le GNL chez Wood Mackenzie, les nombreux projets d'investissements devraient inévitablement doper la demande de transport maritime mais tout son propos, dans une analyse postée le 21 août dernier, titrée "Is it too little too late, or too much too soon ?" porte sur le bon timing pour que la capacité soit ajustée à la demande de transport quand elle s'exprimera. Il craint que les navires en commandes soient livrés précisément à une période charnière, au creux de la vague : les projets relatifs aux nouvelles capacités de production annoncées ne devaient, selon lui, pas fournir de nouveau GNL sur le marché avant 2023 au moins et il est peu probable qu'il soit expédiable avant 2025. 

"En 2018, jusqu'à présent, 33 méthaniers ont été commandés, contre 19 en 2017 et seulement six en 2016", amorce-t-il. Selon le consultant, les décisions d'investir dans de nouveaux navires ont été motivés par des taux d'affrétement (à terme et au comptant) élevés, la croissance rapide du commerce de GNL, et du prix de construction d'un méthanier "qui n'a jamais été aussi bas" (mais qui devraient augmenter s'ils suivent la tendance des autres segments du transport maritime).

Il prévoit que l'équivalent de 114 Mt/an, issus des nouvelles capacités de production qui entreront en service dans un délai court, seront consommées entre 2018 et 2021 et que, d'ici à 2020, la production de GNL devrait augmenter de plus de 150 Mt par an.

"Pour le transport de GNL, cet essor de l'offre est particulièrement bénéfique, car une grande partie de l'offre provient du Golfe des États-Unis, qui est très éloigné des plus grands marchés du GNL en Asie du Nord-Est. 

36 nouveaux navires ont rejoint la flotte en 2018

Mais il met en garde toutefois : "les propriétaires doivent veiller à ne pas commander trop de navires, car il y a encore un grand nombre de navires commandés entre 2011 et 2014 qui restent à livrer. Aussi, les évolutions technologiques rendent les navires commandés il y a trois ou quatre ans déjà dépassés".

Or, 36 nouveaux navires ont rejoint la flotte des méthaniers depuis le début de l'année et trois d'entre eux ont été envoyés dans des chantiers de démolition. 22 navires doivent être livrés avant la fin de l'année. Si les livraisons sont effectives et qu'aucun autre navire n'est retiré de la flotte, la capacité augmentera de 13 % en 2018 (contre 6,8 % en 2017). Les 37 navires, dont la livraison est actuellement prévue en 2019, feront croître la flotte de 7,6 %. La capacité augmentera donc encore de 13 %.

Pour le cabinet d'études spécialisé, "notre prévision de croissance de 8,2 % en 2018 est en retard par rapport à celle de la capacité de la flotte". En clair, L'équilibre est délicat entre l'offre et la demande. 

Autre facteur, selon Wood McKenzie : la plus grande volatilité des taux d'affrètement de GNL en raison des "exportations américaines de GNL qui créent davantage de saisonnalité dans le transport maritime. En juin, les taux d'affrètement dans le bassin atlantique ont culminé à environ 90 000 $US/jour,alors que les taux dans le bassin du Pacifique étaient plus près de 70 000 $US/jour". 

--- Adeline Descamps ---

 

 

Liquéfaction et regazéification : 369 Mt/an et 851 Mt/an

En mars 2018, la capacité nominale mondiale de liquéfaction atteignait 369 Mt/an, avec 32,2 Mt/an de capacité de liquéfaction ajoutée entre janvier 2017 et mars 2018. Le premier projet de liquéfaction flottante (FLNG) a été mis en ligne en Malaisie, et d'autres projets doivent voir le jour cette année. 

La capacité mondiale de regazéification s'élevait à 851 Mt/an en mars 2018. Au total, 45 MTPA de capacité de regazéification ont été ajoutées en 2017, la plupart en janvier, car les terminaux qui avaient été achevés en 2016 ont commencé à fonctionner commercialement au début de l'année. Au cours du second semestre 2017, les nouvelles capacités sont entrées en service en Asie, principalement Pakistan, Thaïlande et Malaisie.

Source : LNG World report 2018

 

 

 

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