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Depuis plusieurs jours, les prix du pétrole perdent du terrain dans les échanges européens en dépit d’un effondrement des stocks américains. Hier, le 7 septembre, l’Arabie Saoudite a annoncé avoir baissé ses taux officiels sur les livraisons de brut à l'Asie. La plus forte baisse enregistrée en cinq mois.

Les prix du pétrole étaient dans une tendance haussière mais avec des variations quotidiennes prises dans un biseau. La semaine dernière, cette oblique haussière a été cassée avec le retour d’une forte volatilité pour les indices pétroliers, entretenue par des inquiétudes concernant une éventuelle hausse des cas de Covid. Depuis le 3 septembre, ils perdent chaque jour un peu plus du terrain malgré un effondrement des stocks américains. Le 3 septembre, en cours d'échanges européens, ils abandonnaient encore quelques pourcents dans la continuité de leurs fortes baisses de la veille (- 2,5 % et - 2,9 % pour le Brent et le WTI, respectivement). Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 43,81 $ à Londres, en baisse de 1,41 % par rapport à la clôture de la veille. À New York, le baril américain de WTI (West Texas Intermediate) pour octobre perdait 1,4 % à 40,93 $. Le 7 septembre, le baril de Brent pour livraison en novembre finissait à 42,01 $ (- 1,5 %) sur la bourse ICE Futures Europe et celui du brut léger américain (WTI) lâchait 0,69 $ pour s’établir à 39,03 $ sur le New York Mercantile Exchange. Le gasoil pour livraison en septembre a perdu 7,50 $.

Ce net repli est intervenu malgré la publication du rapport hebdomadaire de l'Agence américaine d'Information sur l'Énergie (EIA) révélant que les stocks commerciaux de brut aux États-Unis, plus grand consommateur de pétrole au monde, ont dégringolé de 9,4 millions de barils s'établissant à 498,4 Mb. L’AIE indique par ailleurs que le rythme de la reprise de la demande mondiale de pétrole a notamment été freiné par la faiblesse des marges de raffinage et les incertitudes quant à la croissance économique mondiale, notamment celle du premier importateur mondial de pétrole, la Chine. 

Pétrole et gaz : des trajectoires historiquement basses

Demande chinoise en ralentissement

Selon les experts, plusieurs facteurs auraient engendré, sune baisse des cours de pétrole depuis le milieu de la semaine dernière : une demande moins forte causée par des restrictions de déplacements qui perdurent, l’ouragan Laura, le rebond du dollar. Et voilà que l’Arabie Saoudite a réduit le prix de vente officiel d'octobre pour le brut Arab Light qu'elle vend à l'Asie, le plus bas depuis mai. Ce qui envoie un autre signal : la reprise de la demande dans la région, qui abrite les deuxième et troisième plus gros consommateurs de pétrole, s'essouffle.

La Chine, premier importateur mondial de pétrole, qui soutient les prix par des achats record, a ralenti sa consommation en août et augmenté ses exportations. Les importations de pétrole brut dans le pays ont chuté de 7,4 % en glissement mensuel pour atteindre 47,5 Mt (11,2 millions de barils/jour) en août. Le ralentissement de la demande chinoise survient à un moment où le groupe OPEP+* est moins strict sur les réductions de production et augmente l'offre. 

Raffineurs américains coincés 

Selon Reuters, les raffineurs américains sont pour leur part coincés entre la satisfaction de la demande croissante d'essence et la surabondance de l'offre sur les marchés moroses du diesel et du kérosène. Les raffineurs ne peuvent produire de l'essence sans fabriquer d'autres produits comme le diesel, communément appelés distillats. La pandémie de coronavirus a réduit d'un tiers la demande mondiale et, jusqu'à présent, la consommation d'essence a rebondi plus rapidement que celle des distillats. Les raffineurs disposent toujours de stocks importants de diesel et d'autres carburants et ne veulent pas en fabriquer davantage du fait des faibles marges.

L’éventualité d’une deuxième vague épidémique en Europe et le regain en Inde, deux autres gros importateurs, pèsent également sur les prix. 

Le prix du pétrole est actuellement inférieur de 33 % à ce qu'il était au début de l'année, et même si la demande de pétrole a augmenté avec la bride des restrictions qui s’est relâchée dans le monde entier, on est encore loin du niveau de demande de pétrole qui était la norme...dans le monde d’avant-Covid.

A.D

* les 13 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) dont l’Iran, le Venezuela et la Libye exemptés de réduction compte tenu de leur faible production par rapport à leur capacité historique, et 10 pays partenaires dont le chef de file est la Russie, deuxième producteur mondial de pétrole derrière les États-Unis.

 

L'agence internationale de l'Énergie voit le pétrole moins noir