Dans une tribune libre publié dans Le Monde du 12 décembre, la conseillère de Brice Lalonde et ancienne cadre de Areva, Myrto Tripathi, s'inquiète du peu de considération que les armateurs ont pour la transition énergètique. Sous le titre "Le transport maritime est encore loin d'assumer ses responsabilités", la conseillère de Brice Lalonde s'en prend violemment aux armateurs. Elle publie cette tribune libre quelques jours après la décision de l'OMI de créer cinq centres de coopération technologique maritime qui auront pour tâche d'inciter les acteurs de la filière à adopter les mesures nécessaires à la réduction de son empreinte carbone et environnementale. "Jusqu'ici celu-ci (le secteur maritime international, ndlr) s'est réfugié dans la discrétion et dans une forme d'immobilisme technologique se concentrant sur l'adaptation des architectures et des opérations à la taille toujours croissante des navires et des flottes", indique Myrto Tripathi dans sa tribune. Elle rappelle que le maritime émet 3% des gaz à effet de serre et que les prévisions tablent sur une croissance de 200% d'ici 2050 pour cette seule filière. Elle cite les chiffres connus de la profession sur les émissions de gaz et de particules qui sont bien au-delà de ce qu'émet l'ensemble du parc automobile mondial. Et elle continue: "tout comme le secteur aérien hors vols domestiques, le transport maritime international est exempté par les accords de Paris du fait de son caractère transnational." Elle oublie, au passage, la volonté des opérateurs maritimes d'avoir plaidé pour être intégré dans l'accord de Paris. 

Elle souligne que la propulsion "des géants des mers reste le coeur du problème." Elle note malgré tout avec circonspection le récent accord entre CMA CGM, Total et Engie pour faire passer les soutes depuis le fioul lourd au gaz. "Une innovation certes, mais limitée puisqu'on est toujours dans le champ des combustibles fossiles", nuance-t-elle. Elle juge la proposition d'AirSeas, de réduire la consommation de fioul par l'ajout d'une voile à l'avant du navire, comme "insuffisante".

Le futur navire de Néoline

Aux yeux de Myrto Trapathi, la seule véritable innovation du secteur vient de la Chine qui a annoncé le 12 décembre la mise en exploitation du premier navire 100% avec une autonomie de 80 km pour une capacité de 2000 t. "À vocation industrielle, ce navire est cependant la première tentative de niveau industriel d'électrifier le secteur et ainsi de ramener les émissions d'usage à zéro", souligne Myrto Trapathi. L'électrification des moyens de transport maritime doit être la solution mais à condition "d'avoir une électricité propre et décarbonée ne nécessitant pas ou peu de stockage". Elle préconise pour cela le recours à l'électricité nucléaire dont les navires pourraient "bénéficier des réacteurs de quatrième génération, petits, intrinsèquement sûrs et à la production de déchets très faible, voire intégralement recyclabes". Plus tard, suggère Myrto Trapathi, une combinaison entre la voile et l'électricité issue d'énergie renouvelable.

Comme ancienne salariée d'Areva, Myrto Trapathi n'oublie pas ses anciennes fonctions quand elle était chargée de commercialiser les nouveaux réacteurs nucléaires d'Areva ou quand elle était en charge de la commercialisation du fuel nucléaire en Inde. Quant au retour à la voile, il est déjà entièrement réalisé avec des navires du type de Neoline qui assurent des liaisons mais avec une capacité limitée. Enfin, le nucléaire est certainement une "énergie propre"mais ses déchets présentent encore des incertitudes sur le long terme. Faire la promotion du nucléaire lors d'un colloque sur la transition énergètique nous paraît bien curieux.

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