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Hausse des trafics de produits chimiques et de GNL et progression de l’activité conteneurisée : les trafics cibles du port phocéen progressent, mais ne compensent que partiellement la chute des vracs. Le cap des 100 Mt, si tant est qu’il veuille signifier quelque chose, reste un idéal fantasmé. Ses 1,5 MEVP ne lui permettent pas de jouer dans la cour des grands ports conteneurisés européens.

L’évolution du cumul des tonnages manutentionnés n’est pas le seul indicateur de la dynamique d’un port maritime et ne reflètent pas forcément celle de la valeur ajoutée d’une place portuaire. C’est ce qui s’appelle prévenir son auditoire. Et c’est ainsi que le Grand Port maritime de Marseille, qui a connu l’an dernier une baisse de trafic de 2 % avec seulement 79 Mt, peut affirmer par la voix de son directeur général, Hervé Martel, que « 2019 est une bonne année malgré la croissance atone des filières historiques que sont le pétrole brut et raffiné et le charbon. Le port adopte une stratégie volontariste de prise de parts de marché sur des filières identifiées comme des relais de croissance. »

Le déclin structurel des rentes pétrolières historiques, aux premiers rangs desquelles les importations de brut, doit être compensé par de nouvelles activités : les conteneurs bien sûr, « segment particulièrement ciblé avec le développement de la logistique et le renforcement du lien avec l’hinterland » selon Hervé Martel, qui cite aussi le roulier, les produits chimiques, le GNL…

Avec près 6 Mt, le GNL est en effet l’un de ses produits d’avenir avec les deux terminaux méthaniers dont il dispose sur ses bassins Ouest. Le trafic a augmenté de 5 % en 2019, grâce notamment à une forte demande en octobre et novembre. Ces deux mois ont aussi vu le blocage de la raffinerie de Feyzin, près de Lyon, par des grèves dues à la réorganisation locale de la production. Malgré cela, la filière hydrocarbures progressait encore de 3 % fin novembre. Ce n’était plus le cas fin décembre 2019, avec un trafic annuel de 41,8 Mt, équivalent à celui réalisé en 2018. Sur l’ensemble de l’année, ce sont les produits raffinés qui ont trébucher cette catégorie de marchandises, avec de moindres exportations de fuel lourd et de naphta. L’ensemble des vracs liquides (45,6 Mt) progresse très légèrement de 1 % grâce aux performances des produits chimiques et des biocarburants, dont le volume progresse de 22 % pour atteindre 235 000 t.

Les conteneurs en forme

Les vracs solides, en revanche, voient leur tonnage diminuer de 15 %, ne dépassant pas 12,7 Mt. L’activité portuaire pâtit de « l’importante chute des imports de charbon et de bois destinés à la centrale de Meyreuil mais aussi de la baisse d’activité de l'usine Alteo de Gardanne continue depuis l'été, subissant le tassement de plusieurs marchés, explique-t-on au port de Marseille-Fos, qui n’a pas comme les autres années commenté ses résultats auprès de la presse.

L'activité sidérurgique continue d'être pénalisée. « ArcelorMittal fait face au ralentissement de l'activité économique de ses clients, tout en étant confronté à une conjoncture dégradée en Europe avec des importations agressives d'autre part ». Les petits vracs se redressent (+ 3 %), « grâce notamment au chargement de granulats pour le chantier de comblement de l'anse de Monaco (334 000 t au total). » Les trafics de céréales progressent de 34 %, portés notamment par récolte 2019 « bénie des dieux », avec des blés dont la qualité correspondant aux attentes des clients du Maghreb. Le secteur des marchandises diverses progresse de 2 % en 2019, son tonnage atteignant 20,6 Mt. Les diverses non conteneurisées bénéficient des bonnes exportations de produits sidérurgiques d’Arcelor Mittal, qui augmentent de 7 %.

Les conteneurs, dont le nombre augmente de 4 %, sont en forme et établissent un nouveau record en approchant le cap des 1,5 MEVP. La croissance des flux conteneurisés concerne aussi bien Fos que les bassins Est et s’explique par le renforcement des trafics à destination de l’Espagne et de Singapour et en provenance des États-Unis et de la Chine.

Les modes massifiés progressent

La part modale du fluvial (85 000 EVP) pour les transports de conteneurs à destination de l’hinterland a progressé de 10 % en 2019. Celle du ferroviaire (197 000 EVP) a quant à elle augmenté de 34 %, avec par exemple la mise en place d’une nouvelle ligne entre Fos et Vergèze (Gard), prouvant la pertinence de ce mode y compris sur des distances relativement courtes. Le bon score du ferroviaire traduit aussi les investissements qui y ont été consentis. Le fluvial devrait être favorisé par ceux prévus à Fos, avec le comblement de la rotule achevé fin 2020. Sur l’ensemble du bassin Rhône-Saône, le transport fluvial de conteneurs a atteint 88 600 EVP, soit une hausse de 5,1 % en 2019 après trois années consécutives de baisse.

Le roulier se porte aussi très bien. Les flux de véhicules neufs sont en progression de 23 % au seul second semestre 2019 due à la reprise des exportations vers la Turquie et au déménagement de Sète à Fos d’un flux d’importation. De nouvelles opportunités sont annoncées, notamment par TEA (30 000 véhicules par ans pour Hyundai) et par Gefco (28 000 véhicules par an pour PSA depuis le Maroc).

Le passager poursuit sa trajectoire de croissance surtout pour la croisière (+ 8 %) avec 1,85 million de passagers à bord des paquebots et 1,25 million à bord des ferries, soit un total dépassant pour la première fois à Marseille la barre des 3 millions. La croisière a survécu donc aux annulations d’escales en décembre engendrées par les grèves. Pour les ferries, la progression de 7 % du nombre de passagers à destination ou en provenance du Maghreb compense le passage à vide de la desserte maritime de la Corse (- 5 %).

Étienne Berrier