Christophe Castaner, président du conseil de surveillance du port de Marseille Fos depuis le 25 novembre.

Contre vents et marées, en dépit de l’agitation générée par l’annonce de la candidature de l’ex-ministre de l’Intérieur et proche du président de la République, Christophe Castaner a été élu à la tête du conseil de surveillance du Grand port maritime de Marseille face à Julien Gallardo, représentant le personnel membre du syndicat majoritaire CGT. Pour l’instant, le nouvel élu a rappelé les quatre orientations stratégiques.

Le port de Marseille Fos est désormais au complet. Et toutes les tentatives de déstabilisation n’y auront rien changé. Les membres du conseil de surveillance du Grand port maritime (GPMM), réunis en séance plénière le vendredi 25 novembre, ont élu Christophe Castaner, l’ex-ministre de l’Intérieur, par 15 voix contre deux pour Julien Gallardo, représentant le personnel membre du syndicat majoritaire CGT, d’après l'AFP. La vice-présidence revient à Laurence Borie-Bancel, présidente du directoire de la CNR.

Il aura donc fallu deux ans quasiment pour apporter les pièces manquantes – un présidence et des personnalités qualifiées (Christophe Castaner, Laurence Borie-Bancel et Stéphane Richard ont été désignés il y a quelques jours par arrêté ministériel)—, au sommet d’un des premiers ports français (80 Mt, 1,5 MEVP), ces outils que l’État considère sur le papier comme des actifs stratégiques pour le développement économique et l'aménagement du territoire.

La menace de démission d’Élisabeth Ayrault, qui assure le service à titre intérimaire au premier étage depuis le décès brutal de Jean-Marc Forneri fin 2020, aura été nécessaire pour faire bouger les lignes. L’ex-présidente du directoire de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) aura même été contrainte de rappeler à l’actionnaire le rôle du président du conseil de surveillance et les missions de l’organe, selon les règles que l’État a lui-même fixées : arrêter les orientations stratégiques, exercer le contrôle de la gestion et assurer l’équilibre du pouvoir.

Il aura fallu enfin que le président de région (Renaud Muselier) se prête à une bravade en forme d’ultimatum auprès du préfet de région (Christophe Mirmand) en se dévouant si l’exécutif était en difficulté de recrutement. « Pour le premier port de France, l'élection de Christophe Castaner à la présidence du conseil de surveillance est une excellente nouvelle. Sans présidence depuis deux ans, le Grand Port maritime de Marseille en avait besoin, au vu des enjeux industriels, commerciaux et environnementaux », a réagi sur Twitter Renaud Muselier, qui était représenté lors du vote par la conseillère régionale Isabelle Campagnola-Savon.

Sans surprise excepté...

L’issue du conseil de surveillance n’aura étonné personne, excepté ceux qui pensaient que la nomination de Christophe Castaner, sur décret présidentiel, à la tête du conseil d'administration de la société concessionnaire des autoroutes du tunnel du Mont-Blanc (ATMB), vacante aussi depuis un temps certain, l’écartait d’emblée de la première loge du GPMM et pouvait ouvrir la voie à la désignation de Stéphane Richard.

L’ex-PDG d’Orange, candidat longtemps favori de l’exécutif pour son CV parfait en tant que profil à la double compétence (privé/publique), avait été finalement mis sur la touche en raison de son implication dans ladite affaire de l’arbitrage Tapie-Crédit lyonnais quand il était le directeur de cabinet de la ministre de l’Économie Christine Lagarde. L’ex-dirigeant de l’opérateur téléphonique historique est indirectement responsable de la lenteur du dossier, l’État ayant joué la montre en attendant la décision en appel concernant l’arbitrage Tapie. Et jusqu’à sa nomination par arrêté ministériel, on le croyait disqualifié en raison de sa condamnation.

Une page se tourne

« J’ai la chance de prendre la présidence à une période charnière pour le Grand Port maritime de Marseille dont les importantes transitions énergétique, écologique et numérique sont encore à l’œuvre », indique le nouveau président dans le communiqué diffusé à l’issue du conseil d’administration, rappelant son ADN local alors que sa candidature a été précédée par un procès en « incompétence » dans les affaires portuaires et dossiers économiques du territoire.

En septembre dernier, le syndicat CGT/UGICT CGT des personnels du GPMM (trois représentants au sein du conseil de surveillance) avait promptement réagi à l’annonce de sa candidature en déposant un préavis de grève reconductible, les représentants syndicaux estimant que la dynamique économique et la stabilité sociale seraient compromises par l’arrivée du proche d’Emmanuel Macron. Et de s’inquiéter avant l’heure du contenu de son cahier des charges.

C’est oublier un peu vite qu’il fut, sous la mandature du président socialiste Michel Vauzelle (1998 à 2015), le « vice-président du conseil régional pendant 8 ans, en charge notamment des politiques d’aménagement du territoire et des affaires européennes. J’ai toujours pu prendre le pouls du rôle clé du port pour l’économie de notre Région mais aussi de notre pays », souligne aujourd’hui le nouvel élu.

Données financières pour les trois premiers ports français (©JMM sur la base du rapport d’activité APE 2021-2022)

Politique multimodale, ferroviaire et fluviale urgente

La semaine dernière, à quelques heures de la tenue du conseil, les syndicats ont remis un coup de pression, se déclarant « sur l'offensive » et craignant « l'inertie » alors que Marseille Fos a besoin « d’une politique multimodale, ferroviaire et fluviale forte » au risque d’un déclassement face à la redoutable concurrence de ses voisins du sud, Barcelone et Valence, et des ports du range Nord.

Nous nous attacherons à faire de Marseille Fos une institution encore plus apte à relever les défis environnementaux et socio-économiques, un port en grand, dont la vocation est de devenir la tête de pont de l’axe Rhône Saône », déclare encore Christophe Castaner, dans la droite ligne d’Emmanuel Macron. Le président de la République entend faire au Sud, avec l’axe Méditerranée-Rhône-Saône, ce qu’il a fait au Nord avec l’axe Seine et Haropa Port, un « grand port fluvio-maritime » agrégeant Le Havre, Paris, Rouen.

Quatre orientations stratégiques

Á l’occasion de la nomination de celui qui fut aussi l’ancien député des Alpes-de-Haute-Provence, quatre orientations stratégiques ont été rappelées : redynamisation industrielle et innovation énergétique (production d’énergies vertes, économie circulaire) ; transition numérique et nouvelles technologies ; stratégie commerciale offensive sur l’ensemble des filières et mise en adéquation des compétences internes

Il n’est pas certain qu’elles soient de nature à rassurer les responsables syndicaux. Ils avaient fait savoir la semaine dernière qu’ils solliciteront « rapidement » une entrevue avec le « futur président du conseil de surveillance » afin de connaître ses intentions. 

Adeline Descamps