Mercè Conesa, présidente du port de Barcelone et José Alberto Carbonell, le directeur général. ©DR

Avec 907 010 EVP manutentionnés au cours des trois premiers mois de l’année, le port catalan voit son trafic de boîtes augmenter de 25 % en base annuelle. Mais les autres segments présentent des résultats très disparates. Pour Barcelone, la facture de la crise sanitaire s’élève à 34 M€ pour l’année 2020. Le cash-flow de la société portuaire est entaillé de 32 %. Donnée importante quand les ports s’autofinancent

Le conteneur performe à Barcelone mais comme en 2020, l'évolution du trafic selon les segments reste très inégale puisque les vracs liquides ou les passagers ont plongé. Avec 907 010 EVP, le port espagnol a clôturé le premier trimestre sur un trafic conteneurisé en hausse de 25 % par rapport aux trois premiers mois de 2020.

La direction portuaire attribue cette tendance tant aux flux à l'import et à l'export qui ont progressé de 11 % (499 676 EVP) qu'au volume de transbordement en hausse de 47,9 %, à 407 334 EVP. En termes de destinations, les Émirats Arabes Unis, la Chine, l'Inde et l'Arabie saoudite ont représenté en un an des hausses de trafic respectives de 80 %, 51 %, 41 % et 33 %. Le trafic maritime de courte distance (près de 7,7 Mt) progresse de 4,2 % par rapport au premier trimestre 2020.

Dans les vracs, la reprise progressive des vracs solides (+ 1,1 %, à plus d’1 Mt) ne permet pas de compenser le naufrage des vracs liquides (- 22,3 % pour la période), à 2,8 Mt. Le trafic de véhicules neufs est également en perte de vitesse (- 14,6 % au cours des trois premiers mois) avec 138 866 unités malgré la progression de 10 % enregistrée en février. Le trafic vers les îles espagnoles a payé le plus lourd tribut à la crise sanitaire (- 37 %), précise l'établissement portuaire. Sans surprise, le nombre de passagers a complètement dévissé (- 76 %), avec 84 997 voyageurs. Dans le seul ferry, la baisse est « contenue » à 45 %.

Année 2020, victime du premier confinement

L’année 2020 avait été en dents de scie pour le port catalan, avec une scission très marquée entre le premier et le second semestre, comme partout ailleurs. À 59,5 Mt consolidées sur l’année, l'activité portuaire a perdu 11,9 % de son trafic ce 2019 en dépit de la reprise engagée au second semestre qui s’est achevée sur une hausse de 23 %.

Dans le conteneur, l'activité est en repli de 11 %, à 3 MEVP. À l'import en revanche, il manque 11 % de boîtes sur l’année par rapport à l’exercice précédent malgré un rebond de 12 % en décembre. À l’export, « il faut souligner la performance des exportations qui ont terminé l’année au même niveau qu’en 2019 », note José Alberto Carbonell, le directeur général du port. 

Les vracs en vrac 

Avec 12,9 Mt en 2020, les vracs liquides sont en baisse de 20 % tandis que l’année s’est clôturée sur un trafic en stabilité pour les vracs solides (de plus de 4 Mt). Quant au trafic de voitures neuves, « l’un des plus sévèrement touchés par le contexte d’incertitude et la crise économique dues à la pandémie », selon la direction du port catalan, il a chuté de 38 %, à 480 000 unités. Le conventionnel, qui inclut principalement le trafic ro-ro, s'est situé à 347 000 unités (- 16 %). La part des unités transportées sur les autoroutes de la mer n’a cependant baissé que de 2 % (150 000). Le trafic de cabotage avec les îles espagnoles a été pour sa part particulièrement affecté par la pandémie, plongeant de 24 % pendant l'année.

Chute sévère du nombre de passagers

Le trafic de passagers, proscrit dans le port dès le 13 mars 2020, a été le plus affecté par la pandémie à Barcelone. Si les croisières ne sont toujours pas autorisées, les ferries ont repris une activité dès juin 2020 mais les flux restent encore très limités. In fine, le nombre de passagers est passé de 4,6 millions en 2019 à 858 000 en 2020, dont 659 000 passagers dans le ferry. 

À cet égard, Mercè Conesa, la présidente du port de Barcelone, a demandé aux administrations compétentes « des procédures claires pour pouvoir reprendre l’activité croisières ». « Un an de plus sans croisière signifierait pour le port des pertes de plus de 11 M€ », rappelant que 9 000 emplois en dépendent et que le secteur contribue au PIB de la Catalogne à hauteur de plus de 560 M€. 

Intermodalité en progrès

En 2020, à près de 265 000 conteneurs entrés ou sortis de l’enceinte portuaire par voie ferrée, Barcelone est en progrès de 6 % par rapport à l’année précédente. La part du rail dans le report modal atteint les 15 %. « Un cap jamais atteint », s'enorgueillit la direction du port. En ce qui concerne les véhicules, 187 466 unités ont été transportées en train, soit 42 % du total.

Une facture de 34 M€

La facture de la pandémie s’élève à près de 34 M€, a calculé le port de Barcelone, qui termine l’année sur un chiffre d’affaires 139 M€, soit 20 % de moins qu’en 2019, à 172 M€. « Cette baisse est principalement due à la chute du trafic total, qui s’est traduite par une contraction de 25 % des taux d’utilisation de l’infrastructure et aux remises appliquées aux frais de stationnement, dont les principaux bénéficiaires ont été les terminaux de passagers et de conteneurs », a notamment souligné la présidente. 

Avec la crise sanitaire, le cash-flow de la société portuaire – de 66 M€ – est rogné de 32 %. « Il est important qu’il conserve un niveau élevé. C’est pour nous la donnée la plus significative, puisque les ports s’autofinancent et avec ces revenus nous devons faire face au remboursement de la dette et aux investissements », rappelle pour sa part la directrice adjointe du département économique et financier, Miriam Alaminos.

L’investissement s’est élevé à 27 M€ en 2020, un recul de 56 % comparé à 2019 et en retrait par rapport aux prévisions initiales. « Sur ce point, au vu des difficultés que nous avons à investir, il est plus que jamais nécessaire d’éliminer les barrières administratives qui compliquent, et beaucoup, les appels d’offres de travaux dans les ports », a ajouté Mercè Conesa.

Barcelone a réduit son endettement de 10 % en 2020, à 160 M€. Le taux d’endettement est actuellement de 11 %, un niveau jugé solvable par l’établissement portuaire pour faire face à « [nos] défis ». 

Vincent Calabrèse

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