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Les locomotives portuaires mondiales récupèrent un cours plus ou moins normal. Mais l’amélioration récente ne pourrait être qu’un rebond temporaire. Les ports chinois se trouvent confrontés désormais à la récession économique de leurs premiers clients et aux prises avec leurs proches voisins, qui peinent à se rétablir.

La deuxième puissance économique mondiale est toujours à la peine, mais le rebond de ses exportations, bien qu’encore dans une zone négative, témoigne de sa capacité à récupérer et fait mentir les estimations. Les économistes sondés par l'agence Bloomberg tablaient en effet sur des exportations chinoises en repli de 10 % en mars par rapport à la même période de l’année précédente. Les douanes chinoises indiquent que les volumes sont en recul, certes, mais limité à 6,6 %. Elles effectuent en tout cas un rebond comparé à la chute des deux premiers mois de l’année qui, en cumulé, avait atteint 17,2 % de baisse. Mais ces deux mois étaient, il est vrai, le reflet d’une activité moribonde, les industries à l’arrêt prolongé après les vacances du Nouvel An lunaire et les ports paralysés en outre par l’absence de personnels en raison des mesures de confinement. Les ports chinois ont repris l’activité mais demeurent perturbés par des restrictions de circulation qui entravent l’accès des personnels à leur lieu de travail et perturbent le transport des marchandises. Pékin n’a encouragé la reprise du travail et de la production qu’à partir du mois de mars mais a maintenu certaines mesures pour désamorcer un potentiel risque sanitaire importé.

« Le pire est à venir », prédisent toutefois les analystes. L’arrêt de la production et de la consommation mondiales, avec 50 % de la population assignée à résidence, et la difficile convalescence des proches voisins de la Chine, assombrissent les perspectives. Selon les Douanes, les pays de l'Asean (association des nations de l'Asie du Sud-Est) sont désormais la première destination pour les exportations chinoises, devant l'Union européenne et les États-Unis.

Les importations chinoises sont restées quasiment stables en mars (- 0,9 %) par rapport au même mois de 2019, indiquent encore les douanes. La contraction avait été aussi limitée sur la période de janvier-février, de l’ordre de 4 % sur un an.

Rechute 

Au cours des deux premiers mois de cette année, le volume de fret traité par l’ensemble des ports chinois avait totalisé 1,87 milliard de tonnes, en baisse de 6 % en année glissante. Le recul était plus marqué pour les conteneurs, de 10,6 %, avec 34,48 MEVP. Aucune des étoiles portuaires mondiales n’avait échappé à la déconfiture. Pas même le leader planétaire Shanghai, en baisse de 10,7 % (5,9 MEVP), ou son second, Ningbo-Zhoushan (4,06 MEVP, - 10,7 %). Mais Shenzhen (3,5 MEVP, - 12,8 %), Qingdao (3,17 MEVP, - 1,4 %), Guangzhou (2,85 MEVP, - 13,7 %), Tianjin (2,8 MEVP, - 3,9 %), Xiamen (1,56 MEVP, - 8 %), Dalian (1,06 MEVP, - 24 %) ou encore Suzhou (790 000 EVP, - 23,9 %) avaient aussi accusé le coup.

Les cinq premiers ports de marchandises générales (les mêmes, pour certains, que les précédents) ont aussi enregistré des baisses, mais de façon moins marquée : Ningbo-Zhoushan (163,31 Mt, - 1,8 %), Tangshan (96,19 Mt, - 10,1 %), Qingdao (92,68 Mt, - 1,7 %), Shanghai (88,12 Mt, - 14,7 %), Guangzhou (82,23 Mt, - 6,6%). Comptant parmi les dix premiers du fret général, seuls Rizhao (78,97 Mt, + 4,6%), Tianjin (72,08 Mt, + 8 %) et Dalian (56,04 Mt, + 4,2 %) s’en sortaient dignement.

Pour l’ensemble du premier trimestre, la China Ports & Harbors Association estimé à 8,9 % la chute des flux de conteneurs dans les huit principaux ports chinois en année glissante avec 37,63 MEVP.

 

La chute de l’empire portuaire chinois n’aura pas lieu

En avril, ne fais pas ce qu’il te plaît

Au cours de la première et deuxième semaine d’avril, les huit principaux ports chinois de conteneurs, notamment ceux du delta de la rivière des Perles, ont accusé une baisse de respectivement 4,4 % et 6,6 %. La suppression massive de rotations par les transporteurs commencent à se matérialiser. La China Ports & Harbors Association leur promet d’ailleurs une baisse de 10 à 15 % du volume de conteneurs au cours du deuxième trimestre. En revanche, les principaux ports le long du fleuve Yangtze – Nanjing, Wuhan et Chongqing – demeurent campés dans une spirale haussière, entre 5 % et 25,2 %. Toutefois, en raison de la lenteur de la reprise de la production nationale, ces infrastructures n’échapperont pas à l’atonie de la demande. 

Sérénité asiatique

La situation n’entame visiblement pas la confiance. Haining, dans la province du Zhejiang, s’attèle activement à la construction de son premier terminal dédié au fret conteneurisé dans la zone du Haining. Les huit postes à quai disposeront d’une capacité de 150 000 EVP par an. La livraison est prévue pour la fin de cette année. Haining a traité 13 Mt en 2019 et s’attend toujours à une augmentation de 15 % cette année.

Adeline Descamps